24 février 2026 | Mise à jour le 24 février 2026
Par
Sarah Delattre | Photo(s) : Chabe01 via Wikimedia Creative Commons
Une ville, une problématique. Avant les municipales 2026, NVO.fr met en lumière l’état des communs dans nos territoires. Deuxième épisode : Montreuil. La ville de l'Est parisien, historiquement ancrée à gauche, a mis la santé au cœur de ses politiques publiques. Ses trois centres municipaux de santé répondent en partie à la désertification médicale dans un département sous-doté et favorisent l'accès aux soins. Le premier volet de la série est à retrouver ici.
« Prenez une infirmière, un neurologue, un médecin généraliste. La discussion roule, les cerveaux fument, vous vous retrouvez à chercher des financements afin de lancer un atelier de danse destiné aux patients atteints de la maladie de Parkinson », s'amuse Vincent Kaufmann, directeur santé de la ville de Montreuil, en Seine-Saint-Denis, en référence à l'expérimentation de danse thérapie coordonnée par un médecin généraliste, par ailleurs danseur professionnel, qui exerce à temps partiel au centre municipal de santé (CMS) Savattero.
Tous salariés de la commune
Inauguré en 2019, fusion de deux anciennes annexes, le centre favorise par essence ce travail en réseau entre différentes disciplines médicales. Installé au 4e étage de la tour Altaïs, place Aimé Césaire, à deux pas de l'hôtel de ville, le CMS qui s'étale sur 1500 m2, est le navire amiral des trois établissements de ce genre que compte cette banlieue de l'Est parisien, les deux autres de taille plus modeste étant situés sur les hauteurs de la ville.
90 salariés dont 25 médecins (soit 18 équivalent temps plein, parmi lesquels des généralistes, des spécialistes en gynécologie, pédiatrie, cardiologie, ORL etc.), dix dentistes (soit sept équivalent temps plein), deux infirmières en pratique avancée ont choisi d'y exercer, la plupart à temps partiel. Ils sont de fait tous agents de la commune, contractuels ou fonctionnaires.
Une prérogative qui ne relève pas stricto sensu de la ville mais…
La fédération nationale des centres de santé comptait 3036 établissements en France en 2024, dont 313 gérés par les collectivités. À Montreuil, viscéralement ancrée à gauche, aujourd'hui encore dirigée par un maire communiste, Patrice Bessac, les CMS font partie de l'ADN. « Les villes de la banlieue rouge se sont historiquement engagées à rendre accessible les soins à travers des dispensaires. Si la santé ne relève pas stricto sensu des prérogatives des villes, les maires peuvent s'en emparer au titre de la clause de compétence générale », explique Vincent Kaufmann.
Un service public apprécié dans ce bassin de plus de 110 000 habitants, classé « zone fragile » par l'Agence Régionale de Santé en termes de densité médicale. En Seine-Saint-Denis où la population a augmenté de 6,2%, les effectifs médicaux ont diminué de 1%. « Une grosse partie de l'Île-de-France est considérée en tension, en particulier les départements de Seine-Saint-Denis et de Seine-et-Marne sont sous-dotés. La population s'accroît, vieillit, les besoins de santé augmentent et l'offre se réduit, du fait notamment du départ à la retraite des médecins libéraux », observe Vincent Kaufmann. Savattero, estampillé plus grand centre municipal de santé d'Europe par le quotidien Le Parisien, et qui accueille 17 000 patients par an, permet de résorber en partie la désertification médicale. En pratiquant le tiers payant intégral, ces structures favorisent d'une part l'accès aux soins, y compris pour ceux qui n'ont pas de couverture maladie et d'autre part, une prise en charge globale.
De l'immigré au réalisateur primé
Selon un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) sur le modèle économique des centres pluriprofessionnels publié en 2025, « une part importante des centres prennent en charge des populations socialement défavorisées, avec un taux moyen de patientèle bénéficiaire de la complémentaire santé solidaire et de l'Aide médicale d'état qui s'établit à 18%, soit près du double du taux moyen national ».
À Montreuil, Amandine Labarthe, médecin cheffe des CMS constate que « la patientèle est à l'image de la ville. Cela va du primo-arrivant au réalisateur primé, en passant par la maman solo, la personne âgée, le parisien qui a emménagé et qui ne trouve pas de médecin acceptant une nouvelle patientèle, des personnes sans-droits qui peuvent ainsi s'inscrire dans un parcours de soins ». Salariée du centre, la médecin cheffe apprécie « le confort que procure le tiers payant intégral, le fait de se dire que les patients ne vont pas renoncer aux soins pour des raisons financières. Et puis, si je tombe malade, l'équipe peut recevoir mes patients en consultation ».
Travail en réseau
Son confrère André Nguyen Van-Nhieu, médecin généraliste qui anime l'atelier de danse pour patients atteints de la maladie de Parkinson apprécie lui, le côté pluridisciplinaire. « On dirige vers un gynécologue en cas de besoin, on croise les avis et c'est par la conjonction des savoirs qu'on parvient à définir un parcours de soins adaptés », pose-t-il. En plus d'abriter une consultation pour les futurs pères, une permanence d'accès aux soins de santé, un centre de santé sexuelle (ex-planning familial), le centre Savattero travaille aussi en réseau avec l'hôpital de Montreuil André Grégoire, les écoles, les acteurs de la santé et du médico-social, les associations de quartier… Sophie Messaïli, infirmière en pratique avancée en santé mentale reçoit des jeunes en souffrance.
« Les Centres médico-psychologiques sont pleins. L'idée, c'est de voir avec le réseau associatif quelle alternative proposer en attendant », explique celle qui a obtenu sa spécialité par le biais de la formation continue et qui travaille à temps complet. Elle aussi apprécie « de pouvoir consacrer une heure à un patient si besoin, c'est un vrai confort ». Un confort qui a un coût. La ville consacre une enveloppe de près de 8 millions à la santé, sur un budget global de 271 millions. Question de choix politique.