5 mai 2026 | Mise à jour le 5 mai 2026
À l'appel d'une intersyndicale, les salariés des laboratoires de biologie médicale sont en grève depuis lundi 4 mai. Ils dénoncent des salaires qui stagnent et une organisation du travail délétère, pointant la responsabilité des quelques grands groupes médicaux qui détiennent ces activités. Dans ce secteur assez peu syndiqué, le mouvement est plutôt bien suivi, malgré des disparités territoriales.
Une intersyndicale (CGT, CFDT, CFTC, Unsa) a appelé à la grève à partir du lundi 4 mai dans les laboratoires de biologie médicale en ville, un secteur qui emploie aujourd’hui 50 000 personnes dans l'Hexagone. Les organisations dénoncent l'emprise croissante, depuis une décennie, de six géants sur les labos français : Biogroup, Cerba Healthcare, Eurofins, Inovie, Synlab et Unilabs. « On est passé de 4 000 laboratoires en 2010 à un peu moins de 300 en 2025 », développe un communiqué de la CGT. Ces mastodontes, en effet, privilégient les grands plateaux d’analyse à la multiplicité des sites de prélèvement, misant sur les économies d’échelle et entraînant, de fait, la réduction de la masse salariale. « Le nombre de salariés est passé de 55 000 en 2019 à 49 000 aujourd'hui », précise Murielle Morand, secrétaire fédérale de la CGT Chimie (Fnic-CGT), chargée des laboratoires d'analyses médicales. L'intersyndicale demande donc aujourd’hui des recrutements et une revalorisation des salaires de 15 %, alors que « les trois quarts » des salariés seraient au smic.
Des revendications visiblement fédératrices. « Clairement, ça a été plutôt bien suivi », se félicite Cédric Cochez, secrétaire général CGT chez Synlab France. « Biogroup Nord annonçait lundi 70 % de grévistes sur son plateau technique [là où les prélèvements des patients, réalisés dans les sites pré-analytiques situés en région, sont envoyés pour être analysés]. » Sur les huit sites de Cerballiance implantés dans les Côtes-d'Armor, 50 % des salariés ont suivi la grève lundi, rapporte le Télégramme. Et 29 sites sur 35 auraient fermé dans le Nord, selon l'AFP.
Ripostes patronales
La mobilisation a toutefois été hétérogène selon les territoires. « C’est très variable. Dans certains endroits, on a 70 % de grévistes ; dans d’autres, zéro. […] La mobilisation était forte notamment dans l’agglomération lilloise, à Brest, Saint-Brieuc, Dijon ou Toulouse », a précisé Loïc Le Noc, secrétaire national CFDT Santé-sociaux, auprès de l’AFP. Cédric Cochez voit néanmoins « une bonne surprise » dans l'engagement des salariés des laboratoires : « Traditionnellement, le milieu des laboratoires d’analyses médicales est assez peu réceptif à la grève, il n'est pas très syndicalisé. Et c’est assez rare d’avoir un mouvement qui, pour le coup, soit suivi à l’appel des principaux syndicats. Là, on voit quand même que les salariés sont arrivés au bout de ce qu’ils pouvaient supporter. Il y a un point critique qui a déjà été atteint dans certains groupes. Dans ceux où ça se passe relativement moins mal en ce moment, on sent l’anxiété arriver. Je pense que maintenant, les salariés ont bien compris qu’ils n’étaient plus à l’abri. »
La grève, qui a continué sur certains sites mardi 5 mai, a été marquée par des ripostes patronales. « Une camarade de la CGT, de Biogroup Lorraine, a été victime d’une campagne de dénigrement de la part de sa direction pour essayer d’étouffer le mouvement avant qu'il ne prenne de l’ampleur. Des directions ont mis, à partir de la fin de semaine dernière, une grosse pression sur les salariés pour essayer de savoir qui était gréviste, qui ne l’était pas, pour pouvoir réorganiser les plannings et minimiser l’impact du débrayage. Lundi matin, des collègues ont été appelés de leur site d’affectation initiale vers d’autres sites pour compenser l’absence des grévistes », rapporte Cédric Cochez.
Un nouveau jalon dans l'histoire de la relation tourmentée entre direction et syndicats dans ce secteur. En 2024, déjà, alors que les organisations patronales des biologistes fermaient des laboratoires pour protester contre la baisse des tarifs des actes imposée par l'Assurance maladie, la Fnic-CGT avait dénoncé « une prise d'otage » des salariés, « forcés de poser des congés », et déploré « la mise à pied d'une secrétaire du CSE [et] des licenciements pour motifs fallacieux ».