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Reportage

« La vie chère n’est pas un accident, mais un système » : la CGT présente son plan d'action pour les Outre-mer

29 avril 2026 | Mise à jour le 29 avril 2026
Par | Photo(s) : Yannis Angles
« La vie chère n’est pas un accident, mais un système » : la CGT présente son plan d'action pour les Outre-mer

Salaires, logement, transports, accès à la santé, pouvoir d'achat... La CGT présente son cahier revendicatif pour améliorer le quotidien dans les territoires ultramarins et lutter contre les inégalités systémiques. Montreuil, 29 avril 2026

Revenus, logement, transports, pouvoir d'achat et santé : la CGT dévoile un plan en cinq axes contre la vie chère dans la France d’outre-mer, fruit d'un travail collectif mené avec ses confédérations locales, pour répondre aux inégalités économiques et sociales persistantes.

« On a eu l'ambition de construire ensemble un cahier revendicatif qui embrasse tous les enjeux liés à la vie chère. Il n'y a pas simplement la question des salaires », explique en ouverture de la conférence de presse Boris Plazzi, secrétaire confédéral de la CGT. Ce travail est le fruit de plusieurs mois d'échanges entre les différentes organisations CGT de la France d’outre-mer. Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, précise : « Ce cahier revendicatif s'est fait dans une démarche ascendante, qui respecte l'autonomie et l'expertise de nos confédérations. Ce n'est pas le produit d'une direction confédérale qui parlerait depuis Paris. »

Les secrétaires généraux des CGT Martinique, Mayotte et La Réunion étaient donc présents, aux côtés de Sophie Binet, ce mercredi 29 avril au siège de la CGT, à Montreuil, en Seine-Saint-Denis, pour présenter ce plan en cinq axes contre la « vie chère dans les pays ultramarins ». Car, malgré leurs différences géographiques, ces territoires font face à des problématiques semblables : des prix structurellement plus élevés qu'en Hexagone, des salaires insuffisants, des services publics dégradés, une dépendance économique ancienne et un chômage massif. « On partage un même constat : la vie chère n'est pas un accident, mais un système », dénonce Bertrand Capelotar, secrétaire confédéral CGT de La Réunion.

Des inégalités d’accès à l'emploi

Les taux de pauvreté atteignent des niveaux particulièrement élevés par rapport à l'Hexagone : 77 % à Mayotte, 53 % en Guyane, 42 % à La Réunion, 35 % en Guadeloupe et 33 % en Martinique. « La Martinique, c'est une belle carte postale, mais sur place, il y a d'énormes difficultés », souligne Gabriel Jean-Marie, secrétaire général de la CGT Martinique.

En matière d'emploi, les syndicats ultramarins dénoncent également des taux de chômage bien supérieurs à celui de l’Hexagone : 17 % à La Réunion et en Guyane, 14 % en Martinique, et jusqu'à 29 % à Mayotte, soit près de quatre fois la moyenne nationale. Ces problématiques ne datent pas d'aujourd'hui. Les Outre-mer ont connu de nombreux mouvements sociaux autour de la vie chère ces dernières années : en Guyane en 2017, à Mayotte en 2018, en Guadeloupe en 2021 ou encore en Martinique en 2024. Ces mobilisations traduisent la persistance, voire l'aggravation, des difficultés économiques et sociales dans ces territoires.

Le cahier revendicatif vise à répondre à ces enjeux à travers cinq axes : les revenus, le logement, les transports, le pouvoir d'achat et la santé. « À La Réunion, beaucoup de salariés travaillent dans de petites entreprises et ne touchent que le Smic. Cela entraîne une double sanction, avec des retraites faibles », explique Bertrand Capelotar. Un constat partagé dans l'ensemble des territoires ultramarins. C'est pourquoi les organisations CGT réclament « des augmentations, pas uniquement pour les salariés, mais aussi pour les minima sociaux, les retraites et les étudiants. Ce n'est pas une revendication de confort, mais de dignité ».

Au-delà des revenus, la question des prix reste centrale. « Ils restent plus élevés : se nourrir à La Réunion coûte 37 % de plus qu'en métropole, les frais bancaires 11 % de plus », poursuit-il. Une réalité qui concerne l'ensemble des territoires ultramarins : « On a des prix qui sont beaucoup plus élevés dans les territoires d'outre-mer : 10 à 15 % en moyenne, et jusqu'à 40 % pour l'alimentaire », dénonce Sophie Binet. Pour la secrétaire générale de la CGT, ces écarts ne relèvent pas d'une fatalité géographique : « On nous explique en permanence que c'est lié à l'insularité. Non, ce sont quelques groupes, hérités d'un système colonial, en situation monopolistique, qui expliquent ces prix élevés. »

Pour y remédier, la CGT propose plusieurs mesures : le développement de filières agricoles locales et coopératives, la mise en place d'un observatoire des prix doté de véritables pouvoirs de sanction, une régulation publique des prix ou encore le plafonnement des marges. La question des transports et de la mobilité figure également parmi les priorités. « À Mayotte en particulier, la mobilité est compliquée, à la fois à cause de son coût et de l'insécurité », explique Haoussi Boinahedja, secrétaire général de la CGT Mayotte. Les bus scolaires sont attaqués quasi quotidiennement, ce qui crée un climat d’insécurité particulièrement prégnant pour les parents. « Ils en arrivent à retirer leurs enfants du bus et à les accompagner eux-mêmes, ce qui représente un coût important. »

Les mêmes droits qu'en Hexagone

Autre revendication centrale : l'application des conventions collectives de l'Hexagone dans les territoires ultramarins. Les syndicats constatent qu'elles y sont souvent absentes, ce qui entraîne des inégalités importantes : « Les salariés se retrouvent avec des salaires plus faibles et une protection sociale moindre que dans l'Hexagone », dénonce Bertrand Capelotar. À La Réunion, le préfet a récemment accepté d'ouvrir des discussions sur quatre conventions collectives afin de les étendre au territoire. « Mais ce ne sont que quatre conventions sur les 200 existantes », souligne le syndicaliste.

Ils en appellent aussi au gouvernement pour qu’il remette à l'agenda parlementaire la loi dite « contre la vie chère », un sujet au cœur des manifestations qui ont secoué la Martinique à l'automne 2024. Déjà voté au Sénat, le projet de loi a depuis disparu de l'agenda parlementaire. Mais la copie doit être revenue de fond en comble, explique Sophie Binet : « Son contenu doit être considérablement renforcé pour enfin agir sur les points centraux. »