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Réforme des retraites

Les syndicats des Hauts de Seine se préparent à la mobilisation contre la réforme des retraites

18 janvier 2023 | Mise à jour le 19 janvier 2023
Par | Photo(s) : DR
Les syndicats des Hauts de Seine se préparent à la mobilisation contre la réforme des retraites

À la veille de la mobilisation interprofessionnelle contre la réforme des retraites, le 19 janvier, une soixantaine de militants CGT – bien remontés – assistaient à l'Assemblée générale de l'UD 92, à la Bourse du travail de Gennevilliers. Au cours de cette journée de préparation, les réactions oscillaient entre colère et détermination.

Malgré un froid de canard, ce 17 janvier, une soixantaine de militants venus de différents syndicats des Hauts de Seine (Cap Gemini, Groupama, éducation nationale, services publics territoriaux, etc) s'étaient réunis à la bourse du travail de Gennevilliers pour une assemblée générale au sujet évident : construire la journée nationale de mobilisation interprofessionnelle et intersyndicale du 19 janvier contre la réforme des retraites annoncée par la première ministre, Elisabeth Borne, quelques jours auparavant.

Mobilisation en construction

Divers aspects pratiques et d'organisation de la mobilisation ont été discutés durant la matinée. Plusieurs signes sont encourageants. « Nous avons initié une intersyndicale du département, on va avoir des retraites aux flambeaux, des AG en visio, on va organiser des lendemains de manif…, explique Delphine Colin, membre du bureau de l'UD 92. Le matin du 19 janvier sont prévues quatre AG de grévistes dans l'éducation à Malakoff, Gennevilliers, Bagneux et Nanterre, et des actions de visibilité dans trois points sur le département avec un slogan « Pour nous la retraite c’est à 60 ans à taux plein ! » »

 

Cette réforme n'est pas justifiée. Oui, il y a un déficit mais il y a d'autres leviers de financement

 

L'après-midi a été consacrée à disséquer les différentes dispositions de la nouvelle réforme. « Cette réforme n'est pas justifiée. Oui, il y a un déficit mais il y a d'autres leviers de financement que le report de l'âge légal et l'allongement de la durée de cotisation. Notamment si on va chercher l'argent là où il est, c'est-à-dire en augmentant les cotisations, en élargissant l'assiette de cotisation, et en mettant à contribution le capital avec une autre répartition capital-travail », a martelé Régis Mezzasalma, un des monsieur Retraites de la CGT. « Ou bien simplement en commençant par faire respecter l'égalité salariale entre les femmes et les hommes ce qui représenterait à elle seule un bénéfice de 5,5 milliards d’euros de cotisations, a rebondi Rachel Silvera, économiste maîtresse de conférence à l’Université Paris – Nanterre. Et de citer une liste de dispositions servant à déconstruire la communication gouvernementale, selon laquelle les femmes seraient les grandes gagnantes de cette réforme des retraites. « 40 % des femmes partent en retraite avec des carrières incomplètes contre 32 % d'hommes. Avant le départ en retraite, 37 % de femmes se retrouvent sans emploi ni retraite contre 28 % d'hommes. Bref, sachant que la retraite est le miroir du parcours professionnel, il est clair qu'en réalité, les femmes sont, globalement, les grandes perdantes des réformes de retraites successives. »

Qui voudra m'embaucher ?

Cette tendance, Véronique (le prénom a été modifié), 57 ans, AESH à temps partiel (30 heures) dans un collège de Nanterre, l'avait bien comprise mais avait besoin de se la faire préciser. « Je suis venue pour comprendre dans le détail et pour voir comment je peux m'investir dans la mobilisation. Je ne sais pas si je pourrai faire grève pour des raisons financières. Je gagne 1000 euros par mois, j'ai un peu d'aide au logement et une pension de la CAF mais j'ai aussi un enfant étudiant à charge, pas de pension de mon ex… Avant la réforme je devais travailler jusqu'à 67 ans pour avoir une pension à taux plein – en espérant que je puisse garder mon emploi. Avec la réforme, il faudrait que j'aille jusqu'à 69 ou 70 ans et je ne me vois pas du tout aller jusque-là. J'essaie de me reconvertir dans l'aide sociale à l'enfance mais c'est un travail physique et j'ai commencé à avoir des problèmes cardiaques, de dos… Je ne sais pas combien de temps je pourrai tenir en travaillant. Mon seul espoir est de créer ma société, de me mettre à mon compte car qui va vouloir m'embaucher à la veille de la soixantaine ? »

D'autant que « les retraites étaient jadis indexées sur les salaires mais depuis la réforme Balladur, elles sont indexées sur les prix, ajoute Patrick Fernand, de la commission départementale Ugict 92. L'engagement du conseil de la résistance était de verser une pension équivalente à 75 % du dernier salaire (taux de remplacement). Dans les années 1980, après la réforme Balladur, on est tombé à 72 %. Aujourd'hui, c'est 67 % et dans 40 ans, selon le COR (conseil d'orientation des retraites), elle sera de 51 %. »

« Une journée de grève, c'est un caddy »

Nadira, 56 ans, 1800 euros nets mensuels et trois enfants, Atsem dans une école maternelle de Gennevilliers. « Je m'inquiète pour la suite de ma carrière et pour ma retraite. Je devais partir à 62 ans mais avec la réforme qu'on nous réserve, je ne partirai qu'à 67 ans si je veux une retraite à taux plein., alors que j'ai commencé à travailler à 19 ans, que je n'ai pas pris de congé parental… J'irai manifester jeudi et j'ai proposé de manifester le samedi comme les gilets jaunes. Autour de moi, il y a beaucoup de petits salaires pour qui c'est dur financièrement. Une journée de grève c'est 70 euros, c'est un caddy de courses. Dans mon école, nombre d'enseignants devraient suivre le mouvement et j'espère que l'école sera fermée. »

Bruno, 69 ans, cadre chez CapGemini, part en retraite au 1er juillet. « Je suis là pour me battre pour les copains, pour prendre les arguments afin de convaincre les jeunes qu'il faut venir se battre avec nous parce que sinon, ils n'en auront pas de retraite, eux. Nous avons déjà fait deux distributions de tracts chez Cap Gemini (40 000 personnes en France). Mais je suis aussi là pour préparer l'action interprofessionnelle qu'on va mener au niveau de l'UL CGT d'Issy-les-Moulineaux où je suis trésorier.

Décote générale annoncée

Cécile, 49 ans, professeur de lettres en zone d'éducation prioritaire, dans un collège de Bagneux. « Je suis venue chercher de l'information afin de la transmettre aux autres. J'avais besoin de repères clairs sur le risque de déconstruction du droit social que suppose cette réforme. L'information est la première clef pour lutter contre la résignation, c'est notre grand ennemi. Il y a toujours un problème de déclenchement, il faut déployer beaucoup d'énergie pour convaincre, on a du mal à perdre des heures de salaire pour des combats qui semblent pas gagnés.(…) Pourtant, personne ne se voit, parmi les profs, travailler plus longtemps. On a l'impression que notre métier n'est pas pénible mais il y a cette question du lien, de l'énergie, du bruit, de la contrainte émotionnelle, d'être placé dans l'impuissance et même face à la violence de certains publics d'éducation prioritaire, par exemple, c'est fatigant. C'est pour ça qu'on s'insurge contre ce risque annoncé de décote généralisée qui, au fond reste une privatisation rampante même si elle est beaucoup moins mise en avant qu'avec le système de retraites par points. »