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Réforme des retraites

Manifestations du 7 février 2023 : dans les petites villes, le combat s’enracine pour durer

8 février 2023 | Mise à jour le 9 février 2023
Par | Photo(s) : Régis Frutier
Manifestations du 7 février 2023 :  dans les petites villes, le combat s’enracine pour durer

Le 7 février, les cortèges en régions étaient légèrement moins fournis que lors de la journée record du 31 janvier. Essoufflement ? Pas du tout au vu de l'ambiance à Soissons et Laon (02) où nous sommes retournés prendre la température.  

« Cela faisait des décennies qu'on n'avait pas vu cela dans l'Aisne » relate José Gaspar, secrétaire général de l'UD CGT 02. Cinq manifestations étaient prévues dans cette journée du 7 février 2023 sur le département ; Saint-Quentin, Château-Thierry, Hirson, Soissons et Laon. Encadré en amont par l'énorme succès du 31 janvier et en aval par la perspective d'une retraite aux flambeaux à Saint-Quentin le vendredi à 17 h00 et de nouveaux appels à manifester le samedi 11 février au moins à Saint-Quentin et Soissons, quiconque voulait manifester n'avait donc l'embarras du choix et du moment pour les habitants du 02. La manif départementale ayant lieu le matin à Soissons, c'est là que nous rencontrons José Gaspar: « L'unité syndicale marche bien. Nous sommes fortement présents, mais chacun des syndicats a aussi amené des forces et ici ça se voit ! » explique le syndicaliste.

S'organiser dans l'unité, tenir dans la durée 

Patrice Bocheux, secrétaire de l'UNSA 02 constate la présence de nombreux adhérents de son syndicat à la manif : « Le fait que nous mobilisons bien confirme que nous avons fait les bons choix et les réunions unitaires sont très satisfaisantes. « Laetitia Mouvin, secrétaire de l'UL CFDT de Soissons et salariée de la CAF de l'Aisne se félicite elle aussi de cette unité : « Cette unité est indispensable, mais il faut tenir et ce n'est pas facile de faire grève » Et de préciser que son syndicat est le seul à rembourser à ses adhérents les journées de grève grâce à ses cotisations. En tête du cortège qui s'ébranle, David Egis, secrétaire de l'UL FO de Soissons et cheminot de son état explique que la réforme de la retraite ne passe absolument pas pour les cheminots. Mais ses collègues doivent adopter des stratégies de grève qui concilient leurs possibilités et leur volonté de résister : « Beaucoup de collègues n'ont fait qu'une heure de grève aujourd'hui, car on perd beaucoup de salaire à chaque fois, mais c'est une stratégie pour durer. » Manuel Mailly, délégué départemental Solidaires et enseignant, se réjouit de l'unité : « C'est mieux d'être 8 à tables. Jamais on a été aussi nombreux dans les manifs dans l'Aisne. On a explosé les scores dans l'Education nationale. Pour aider les plus fragiles, les AED ou les AESH, nous avons organisé des caisses de grève parce qu'on veut que tout le monde puisse tenir : les titulaires, aussi bien que les précaires. On est heureux de cette unité retrouvée qui met dans l'air un parfum de victoire ! » Yan Ruder, du syndicat CGT des finances publiques 02 se félicite aussi du haut taux de participation à la manif et à la grève. Yan note à son tour les stratégies mises en œuvre pour tenir. « Dans les impôts on a environ un agent sur trois en grève, mais ce que je remarque, c'est que c'est la troisième mobilisation et que ce ne sont pas toujours les mêmes services, ou les mêmes personnes qui viennent. C'est assez empirique, mais on dirait que se met en place un système de relais pour qu'on puisse tenir longtemps ». « On revoit ici des gens qu'on ne voyait pas depuis longtemps dans les manifs. Et puis il y a des jeunes qui nous ont rejoints » se réjouit Sarah Van Treeck, secrétaire de l'UL CGT de Soissons.  

Divers et hyper-motivés  

Dans le cortège de Soissons, on note non seulement la présence de tout le spectre syndical, mais aussi une grande diversité d'âges ou de professions avec les hospitaliers, les services publics, mais aussi des salariés du commerce et de nombreuses industries (agroalimentaire, verrerie, métallurgie) de la région : William Saurin, Vico, BSL, Tereos.  Stéphane, 45 ans est actuellement salarié de Tereos, mais a connu avant cela des métiers pénibles dans la métallurgie. Adhérent CFDT, il porte le drapeau de son syndicat et une pancarte : « mon père est mort à trois mois de la retraite ». Son positionnement est clair : « Il n'y a pas que mon père, mais aussi des collègues qui sont décédés à cause de l'amiante ou qui ont une vie de patachon à cause des déplacements permanents d'un chantier à l'autre. Alors 64 ans, non ce n'est pas possible. »    

De Soissons à Laon 

Avec près de 3000 manifestants à Soissons (29 000 habitants) la Manif à 10 h00 à Soissons était suivie d'une autre à Laon (24000) habitants, qui réunissait à son tour pas moins de 2000 manifestants. Nous avons le temps matériel de nous rendre de l'une à l'autre et en chemin nous tombons sur un imposant piquet de grève devant le SDIS 02, où des pompiers CGT partagent un barbecue avec les personnels administratifs et techniques du syndicat indépendant SNSPP PAT. Sa présidente, Isabelle Lambour explique les raisons de la mobilisation : « Nous avions décidé de nous mettre en grève avant d'avoir connaissance de l'appel national sur les retraites. Ici, ce qui nous met en colère, ce sont les manques d'effectifs et le manque d'écoute et de considération de la part de notre direction. Du coup, avec nos collègues pompiers de la CGT, nous allons manifester cet après-midi à Laon » .

Manif au cœur d'un quartier populaire 

14 heures à Laon. Toutes les couleurs syndicales sont à nouveau présentes et en plus, il y a même des lycéens qui sont venus prêter main forte. Valentin du lycée Claudel, défile à côté de son camarade Maël du lycée Méchouin… avec un drapeau CGT. « Vous êtes lycéens et vous vous sentez déjà concerné par la retraite ?

– Mais, à l'aise, on va se la prendre de plein fouet ! On est les premiers concernés » s'insurge Valentin. « Et si on laisse passer, quand ce sera notre tour ce sera combien après 64 ans, 70 ans ? »

« En plus si on ne laisse pas partir les anciens, c'est nous qui n'allons pas trouver d'emploi. Vous croyez qu'il n'y a pas assez de chômage chez les jeunes ? » renchérit Maël.

Antony Lagneaux, secrétaire de l'Union locale CGT de Laon boit du petit lait. « Le 31 janvier à Laon, ça a été monstrueux. Du jamais vu de mémoire militante. J'ai comptabilisé 3800 manifestants, même si selon la police nous n'étions que 1800. Cette fois, c'est vrai qu'on est plus proche de ce chiffre-là mais c'est quand même extraordinaire d'atteindre de telles participations ici à des moments aussi rapprochés. J'ai senti monter cette colère depuis décembre et avec les deux tracts CGT qu'on a distribué à près de 16 000 exemplaires chacun ! Les gens nous ont très bien reçus partout. En plus, aujourd'hui on a décidé de faire passer la manif au milieu du quartier Champagne. Un quartier populaire. C'est une manif joyeuse, on voit les gens aux fenêtres qui nous applaudissent et certains nous rejoignent. »

Le gouvernement et les grands médias estiment que parce qu'il y a eu un peu  moins de monde dans les rues le 7 février que le 31 janvier, le mouvement contre les retraites donnerait des signes d'essoufflement. Quelle erreur.

 Il suffit de se promener parmi les manifestants pour réaliser le sentiment dominant est que la bataille est loin d'être terminée. Personne ne se préparait pas à un sprint final ce 7 février, mais à une simple étape d'un long marathon. La date de la prochaine étape de ce marathon multiforme est d'ailleurs connue avec cet autre rendez-vous national fixé au samedi 11 février 2023.