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Luttes sociales

Maroquinerie : la grève victorieuse des salariées d’Evidence

14 janvier 2026 | Mise à jour le 14 janvier 2026
Par | Photo(s) : DR
Maroquinerie : la grève victorieuse des salariées d’Evidence

64 salariés du sous-traitant en maroquinerie Evidence se sont mis en grève le 5 décembre.

À Sèvremoine (Maine-et-Loire), les salariées d'Evidence, sous-traitant de LVMH, ont obtenu une augmentation de 60 euros nets mensuels après une grève organisée par la CGT, trois ans après la création de la section syndicale.

« Je sais pas si vous connaissez les Mauges ? » demande Olivier Danieau, délégué syndical CGT chez Evidence, à Sèvremoine dans le Maine-et-Loire (49). Dans cette filiale du groupe Hofica, on fabrique des sacs à main de luxe, notamment pour LVMH. Une section CGT y a été créée en 2022 : 3 ans après, en décembre, elle a organisé une grève qui a permis à tous les salariés d'obtenir 60 euros nets d'augmentation mensuelle.

Des NAO tardives

« J'ai commencé à travailler sur les NAO en juillet » se souvient le syndicaliste. Les négociations annuelles obligatoires permettent notamment d'évoquer la politique salariale. Environ 180 personnes travaillent dans cet atelier, le quart des 700 qu'emploie le groupe Hofica dans le département. L'écrasante majorité d'entre elles sont des femmes, rémunérées entre 1 600 et 1 700 euros mensuels.

« J’ai rappelé à la direction en réunion CSE qu'il ne fallait pas perdre de temps pour les NAO et démarrer le plus tôt possible à la rentrée. Elle a fait la sourde oreille. Normalement, c’est à l’initiative de l'employeur, les ouvertures de négociations. J’ai attendu un peu. J’ai fait un courrier. Les dirigeants ont attendu trois semaines pour me répondre, pour nous pondre un calendrier. En gros, il fallait boucler les NAO en trois semaines, un mois. Ils ont voulu nous prendre de court pour ne pas qu'on puisse s'organiser. »

Insatisfaction salariale

Olivier Danieau et d'autres élus du CSE n'ont pas attendu les nouvelles de la direction pour prendre les choses en main. Pour préparer les négociations, ils ont mené une enquête d'atelier sur la satisfaction salariale. Sur 160 sondés, plus de 140 réclamaient une augmentation entre 150 et 200 €. « On arrive au premier rendez-vous de négociations avec cette enquête-là, et une pétition avec 130 signataires, déclarant que les collègues seraient prêtes à débrayer si la direction n'allait pas dans leur sens. Sans réaction de leur part. »

En deuxième réunion, le délégué syndical a précisément ciblé les réductions générales de cotisations patronales, estimées entre un et deux millions d'euros par an dans cette société. « Augmenter tout le monde de 100 ou 150 balles, ça augmente la masse salariale de 500 000 euros. On a la manne pour les financer. Les comptes sont dans le vert, notre entreprise est saine. » Pourtant, la direction continue d'ignorer ces revendications salariales, affirmant qu'elle ne négocierait pas l'enveloppe allouée par le groupe. Elle prépare de son côté une nouvelle classification interne : « Mais en fait, ça aurait profité à même pas 50 % des salariés. Et pour des augmentations qui varieraient entre 10 euros bruts et 100 euros bruts. »

Une augmentation de 3 %

Alors que Olivier Danieau et Priscillia Guillon sont en formation les 3 et 4 décembre, la direction choisit ce moment pour organiser une réunion informelle pour parler des NAO aux salariés. « Elle a convoqué les gens au pied levé dans l’atelier. Et puis, elle a fait un topo et basta. Sauf qu’il n’y avait pas de contradictoire, pas d’argumentation, rien. Le jeudi, j’ai reçu plein de messages, les collègues l'ont vraiment mal pris. Le vendredi matin, le 5 décembre, débrayage des 8 heures. »

Au bout de trente minutes, la direction sort à la rencontre des 64 grévistes, et s'étonne de voir une partie d'entre elles retourner à l'atelier. « Je leur ai dit : « les filles ne gagnent pas assez cher pour se permettre de débrayer plus d’une demi-heure. Pour leur parler, soit vous les convoquez, soit vous allez les voir sur la ligne ». Les dirigeants ont eu tellement peur qu'on a finalement obtenu 60 € nets d'augmentation, soit 3 % d'augmentation générale. »

Le syndicaliste se réjouit de ce succès qui envoie un signal fort aux salariés : « Les gens sont conscients que la mobilisation peut marcher maintenant. Ça nous conforte dans l’idée qu’il y avait vraiment quelque chose à faire. C‘est bien que ça ait marché cette année et j‘espère que ça continuera comme ça les autres années. »