12 février 2026 | Mise à jour le 12 février 2026
Par
Marine Revol | Photo(s) : Thomas Louapre pour La Vie Ouvrière
Face aux coupes budgétaires qui touchent la culture et l'opéra, à la précarisation des agents et à l'absence de « cadres d'emploi »- les grilles salariales, grades et échelons par filières -, un collectif Spectacle vivant-CGT Service public s'est créé. Rencontre avec Maud Plantec, son animatrice.
Maud Plantec, qui êtes-vous ?
Je suis agente territoriale et technicienne lumière au sein du syndicat mixte Angers-Nantes Opéra (Smano). Je suis également représentante du personnel au sein de ma collectivité, élue au comité social territorial (CST).
Comment est né le collectif Spectacle vivant ?
Cela fait longtemps que, localement, les représentants du personnel du secteur culturel territorial se posent des questions sur leurs conditions de travail. En 2003, notre collectivité est devenue un syndicat mixte, ce qui nous a poussés à chercher des comparaisons avec d'autres villes, d'autres opéras, territoriaux ou non. Depuis trois-quatre ans, nous échangeons avec Bordeaux, Nice, mais aussi avec des camarades du privé, à Lyon ou à Montpellier. De là est venue l'idée de créer un collectif de travail. Un amendement a été déposé au congrès de la Fédération des services publics en 2023, notre feuille de route a été validée en octobre 2025. Il fallait sortir de l'isolement et harmoniser nos luttes, ne plus rester chacun à négocier dans son coin.
Dans quel contexte s'est-il créé ?
Depuis vingt ans, nous subissons un gel du point d'indice et des dotations des collectivités. À chaque départ de salariés, il y a des réorganisations, des postes non remplacés et un recours accru à l'intermittence pour faire porter les coûts sur les budgets de production plutôt que sur ceux de fonctionnement. Les budgets artistiques stagnent alors que les coûts explosent. En Pays de la Loire, par exemple, les coupes régionales et départementales ont entraîné une baisse du nombre de représentations dès la saison 2025-2026. Pour les spectateurs, c'est moins de diversité culturelle et moins de démocratisation du répertoire.
Quelles sont vos principales revendications ?
Nous voulons mutualiser nos forces. Aujourd'hui, il n'existe pas de « cadres d'emploi » pour de nombreux métiers : musiciens, choristes, danseurs, pianistes-chefs de chant, perruquiers, coupeurs… Beaucoup sont contractuels sans grille salariale nationale (hélas, cela ne prend pas en compte le coût de la vie dans chaque ville). À l'opéra de Bordeaux, des négociations spécifiques aux métiers ont permis de valoriser tous les artistes en catégorie B : ce sont des conquis précieux afin de chercher à uniformiser au niveau national. Nous revendiquons la création de cadres d'emploi, et donc d'un statut pour les métiers qui n'en ont pas, la reconnaissance de la pénibilité (pour les musiciens ou les couturières, par exemple), la sécurisation des parcours professionnels et le maintien de l'emploi permanent. Mais aussi la revalorisation des salaires.
Où en est le collectif aujourd'hui ?
Nous sommes trois membres actifs pour l'instant, issus des opéras de Nantes, Nice et Bordeaux, mais le collectif a vocation à s'élargir. Nous voulons construire un réseau national, outiller les syndicats, échanger sur la façon de négocier dans les CST et, surtout, sur nos missions, nos savoir-faire, les spécificités de nos métiers techniques (lumière, construction de décors, etc.). Pour connaître leurs conditions de travail, il faut que les personnes concernées viennent à nous. Nous forgeons nos expériences à partir de l'échange revendicatif local et nous voulons nous entraider au niveau national.