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54e congrès de la CGT

« Nous sommes là, nous nous battons » : le syndicaliste indien Gautam Mody revient sur la plus grande grève du monde

2 juin 2026 | Mise à jour le 2 juin 2026
Par | Photo(s) : Enzo Hanart
« Nous sommes là, nous nous battons » : le syndicaliste indien Gautam Mody revient sur la plus grande grève du monde

Gautam Mody, secrétaire général du syndicat indien NTUI, au 56e congrès de la CGT.

Il y a 6 ans, l’Inde connaissait la « plus grande grève du monde », mobilisant peut-être jusqu’à 250 millions d'Indiens. Depuis, les réformes saccageant le Code du Travail ont continué à susciter d’autres grèves générales jusqu’en novembre dernier. Le secrétaire général du syndicat NTUI Gautam Mody, présent au 54e Congrès de la CGT, insiste sur l'importance de la lutte collective sous toutes ses formes, alors que le gouvernement nationaliste de Narendra Modi continue ses offensives antisociales et islamophobes.

Dans le cadre du volet international de son 54e congrès, la CGT recevait le 2 juin le syndicaliste indien Gautam Mody, secrétaire général de la New Trade Union Initative (NTUI). L’idée était notamment de revenir sur la grève de novembre 2020 qui s'opposait aux réformes du travail du premier ministre d'extrême droite Narendra Modi, au pouvoir depuis 2014. Une grève qui a connu plusieurs répliques, générales, jusqu’à ce qu’en novembre dernier, le gouvernement achève de graver sa réforme dans le marbre, et de la mettre en application. Les syndicats représentant moins de 51 % des salariés sont désormais exclus des négociations collectives. Les licenciements sont facilités et l'emploi temporaire favorisé. Le gouvernement a également supprimé la loi Mahatma Gandhi sur la garantie de l'emploi rural (MGNREGA), qui garantissait aux plus pauvres 100 jours de travail manuel par an, rémunérés par l'État.

Un tableau esquissé six ans auparavant donc. À l’époque, déjà, le gouvernement prévoyait de réviser 29 textes de loi pour les réduire à quatre nouveaux codes, sacrifiant les protections des salariés et les libertés syndicales. La mobilisation, lancée alors par 13 confédérations, est souvent qualifiée de « grève la plus grande de l'histoire mondiale » avec 250 millions de travailleurs mobilisés. Mais comme tous les moments historiques, celui-ci recèle sa part de légende. C’est ce que Gautam Mody a montré devant son auditoire : « Quand on vient d’un pays comme l’Inde, tout est à peu près le plus grand. Les chiffres sont impressionnants mais cela ne signifie pas pour autant que le mouvement soit parvenu à créer la différence. Les attaques contre le droit du travail ont continué et même progressé. Par ailleurs, si 250 millions d'Indiens avaient véritablement été en grève, l'économie aurait été complètement paralysée avec des conséquences à l'international. Cela n'a pas été le cas et on estime plutôt que 40 millions de travailleurs au maximum ont effectivement débrayé ce jour-là. »

Il faut dire qu’en Inde, 80 % des emplois sont « informels », sans garantie, contrat ni statut. Ces travailleurs ne sont pas syndiqués, n'ont pas les moyens de perdre une journée de salaire et, risqueraient de toute manière de perdre leur travail s'ils faisaient grève. Seules les personnes qui ont des emplois formels sont syndiquées, soit 20 % des actifs. Gautam Mody estime ainsi à 25 millions le nombre de syndiqués. « En revanche, il est vrai que plus de 200 millions de personnes ont participé au processus de mobilisation, par d'autres moyens. Les travailleurs informels, en fin de journée, allaient participer à des meetings, à des manifestations, pouvaient parfois porter des badges indiquant leur soutien au mouvement. Et ça, c’est important. Ces actions symboliques, même si elles ne nous apportent pas de gains, nous permettent de nous propager, pour signaler à l’extrême droite que nous sommes là, que nous nous battons. »

Abolir les tensions

Car, outre les revendications des travailleurs, les mobilisations et grèves ont également une portée humaniste plus large, alors que le parti de Narendra Modi, le Bharatiya Janata Party (BJP), défend un programme islamophobe et de suprémacisme hindoue. En avril, pour les élections régionales, le gouvernement a forcé un redécoupage électoral qui a, sous prétexte d'éliminer les doublons et les personnes décédées, radié des listes plus de 55 millions de votants, prioritairement dans les bastions de l'opposition comme le Bengale-Occidental (qui a basculé après les élections au BJP), et ciblant les musulmans. « Les mobilisations s'adressent aussi très ouvertement et très publiquement aux attaques au droit, à l’islamophobie, à l’attaque sur les castes discriminées, à l’attaque sur les institutions de l’État. Il y a une unité de la gauche aux centristes contre le gouvernement, tout le monde fait partie de la force. En parallèle, la répression est sans précédent. »

Les tensions religieuses sont exacerbées par des groupes d'extrême droite comme le Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), ou par l'influence croissante du BJP qui revendique 180 millions d'adhérents, ce qui en ferait le plus grand parti au monde. « La force de la grève c'est aussi d'abolir ces tensions. Il y a beaucoup de pratiquants hindous parmis les grévistes. Mais la situation est telle que chacun réalise que l'ensemble du système démocratique est attaqué et que l'on doit s'unir. », a encore posé Gautam Mody.