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JEUNESSE

Patrons, politiques de l’État : la voie étroite des professionnels de l’orientation au service des jeunes

14 avril 2026 | Mise à jour le 14 avril 2026
Par | Photo(s) : Matthieu COLIN / Divergence
Patrons, politiques de l’État : la voie étroite des professionnels de l’orientation au service des jeunes

France, Bouches-du-Rhône (13), Marseille, Mission locale de Marseille, rue Vacon, Mission locale pour l'insertion professionnelle et sociale des jeunes, réunion atelier

Les professionnels de l'orientation se démènent pour trouver une formation, voire un poste. Mais les places sont chères, les moyens en baisse et les employeurs exigeants.

Alors que le Medef fantasme un nouveau contrat pour sous-payer les jeunes, des professionnels se démènent sur le terrain pour aider leur insertion professionnelle. Julie (dont le prénom a été modifié) est psychologue à l'Éducation nationale (PsyEN) en Ille-et-Vilaine, spécialité éducation, développement et conseil en orientation scolaire et professionnelle. Elle intervient aussi bien en lycée général qu'en lycée professionnel, hôtelier… « Les problématiques sont différentes en fonction des secteurs, affirme-t-elle. Dans certains, il y a plus de places que de candidats. Nos jeunes sont attirés par les métiers du commerce, l'industrie est moins attractive. »Ailleurs, c'est au manque de places que les élèves se heurtent. « Je peux, certes, conseiller à un élève de s'orienter vers une seconde professionnelle “métiers de la relation clients” parce que cela correspond à son projet. Le problème, c'est que 80 jeunes vont se positionner, alors qu'il n'y a que 60 places, explique Julie. Je dois alors travailler avec lui sur un deuxième, voire un troisième projet pour obtenir une affectation dans un établissement. Il peut se retrouver dans une formation par défaut. »

Problèmes d'angoisse et de dépression

Comme le signalait l'historien Jérôme Martin dans Le Monde, en 2025, « les décisions en matière d'orientation des élèves restent aux mains des chefs d'établissement, donc de l'État. D'autre part, c'est encore l'État qui décide de l'offre de formation, du nombre de places disponibles dans tel ou tel établissement, dans telle ou telle formation ». Ainsi, Julie remarque que le rectorat demande aux chefs d'établissement de ­fermer des classes préparant à l'obtention du bac STMG (sciences et technologies du management et de la gestion). « On réduit certaines filières pour en favoriser d'autres en mal de recrutement. Ces mesures sont des décisions politiques. »Dans le même esprit, la « réforme » des lycées professionnels voulue par Emmanuel Macron en 2023 prévoit de fermer toutes les formations considérées comme « trop peu insérantes » et d'ouvrir des formations dans les métiers « en tension » ou « d'avenir ». Mais il s'agit surtout, en réalité, d'adapter le contenu des diplômes aux demandes des entreprises, en faisant fi des souhaits des lycéens.« Il y a quelques années, un jeune venait à la mission locale pour chercher du travail, parce qu'il ne voulait plus aller à l'école, témoigne Nora Djamai, conseillère en insertion sociale et professionnelle dans le Val-d'Oise. Aujourd'hui, on se retrouve avec de plus en plus de jeunes désireux de poursuivre leurs études mais ne trouvant pas de place. Souvent, c'est la filière professionnelle qui ne peut pas accueillir tout le monde et encore moins les élèves de seconde générale qui voudraient se réorienter. Cela me met en colère que le système scolaire lui-même fabrique ces décrocheurs. »Avant de trouver une formation ou un emploi aux jeunes, encore faudrait-il leur donner les moyens de se projeter dans l'avenir. « Beaucoup ont des problèmes d'angoisse ou de dépression, souligne Émilie Girodolle, conseillère en insertion sociale et professionnelle à la mission locale des Hauts-de-Garonne (Gironde). Ils ne sont pas prêts pour le marché du travail. » Un constat partagé par Nora Djamai : « J'entends nos politiques parler de la jeunesse et de sa santé mentale mais, sur le terrain, on ne voit rien arriver du tout pour faire face à cette difficulté majeure, s'emporte-t-elle. On baisse même nos budgets. »Les missions locales ont vu leurs crédits amputés de 8 % pour l'année 2026 mais les moyens en faveur de l'insertion des jeunes s'effritent. « La loi de 2023 pour le plein-emploi (entrée en application le 1er janvier 2025, NDLR) a changé beaucoup de choses, constate Émilie Girodolle. Nous devons sans cesse nous adapter aux nouvelles règles d'accompagnement. Avec davantage de travail administratif, nous passons beaucoup de temps derrière l'ordinateur, alors que les jeunes ont besoin qu'on se consacre à eux. Depuis janvier, nous ignorons si la mission locale pourra mettre du budget sur le parcours contractualisé d'accompagnement vers l'emploi et l'autonomie (PACEA). Ce dispositif dégageait des allocations temporaires pour défrayer le transport des stagiaires, par exemple. Le deuxième dispositif principal est le contrat d'engagement jeune (CEJ), dont la durée ne pouvait excéder douze mois. Dans ma mission locale, pour des raisons de budget, on commence par six mois de suivi. »

Même certains fast-foods exigent des diplômés

Les professionnels se heurtent également au comportement de certains employeurs, qui ne veulent pas de jeunes sans formation. « Avant, on pouvait accéder à un poste de vendeur ou d'employé de fast-food en étant simplement bon à l'entretien, constate Nora Djamai. Aujourd'hui, les entreprises recrutant à ces postes demandent des diplômes et de l'expérience ! C'est discriminant pour le public des missions locales qui, souvent, n'a pas le bac. Pourtant, nous avons des jeunes extrêmement matures, avec un potentiel énorme. » Même ceux qui parviennent à décrocher un apprentissage ne sont pas certains d'obtenir un emploi pérenne. Kenny-Jones Asselie, chargé des relations entreprises au centre de formation d'apprentis EVE à Évry (Essonne), observe deux dynamiques. « Certains employeurs, plutôt des grands groupes, recrutent des apprentis dans le but de les former puis de les recruter, l'apprentissage étant vu comme une longue période d'essai, explique-t-il. Des structures plus petites, ayant peu de budget, transforment rarement l'apprentissage en contrat, même si ça s'est bien passé avec l'apprenti. »