12 février 2026 | Mise à jour le 12 février 2026
Par
Elsa Sabado | Photo(s) : Niels Mickers via Wikimedia Creative Commons
La direction de Velsia, ex-Téléperformances, veut assimiler le temps de pause pipi au temps de pause tout court. L'attaque de trop, pour des salariés qui ont vu les effectifs de leur filiale divisés par cinq en quinze ans, par une entreprise qui dégageait encore 1,3 milliards de bénéfices en 2023.
Dix ans plus tard, retour des contraintes sur les pauses pipi pour les téléopérateurs de l'entreprise Velsia, le nouveau nom de Téléperformance. « Lors du dernier CSE national, le 28 janvier 2026, Jean-François Mariotte, le DRH nous a indiqué que les pauses physiologiques seraient inclues dans les 20 minutes de pauses détente dont nous disposons lorsque nous faisons des journées de sept heures. Il considère qu'elles ne constitueraient pas du temps de travail effectif, et qu'elle ne seraient donc pas rémunérées », rapporte Hayette Tahhar, élue au CSE de Velsia, le nouveau nom, en France, de l'entreprise Téléperformance. Déjà, en 2016, le leader mondial des centres d'appels avait tenté d'imposer à ses salariés, pour se soulager, d'en faire la demande par mail à leur manager. Le scandale et la mobilisation avait été telle, que la direction avait dû rétropédaler en moins d'une semaine.
Harcèlement
La CGT a d'ores et déjà saisi l'inspectrice du travail, qui a informé les syndicalistes du droit en vigueur en la matière. « Le Défenseur des droits a rappelé que le refus de laisser un salarié aller aux toilettes en cas de besoin et en dehors des temps de pause peut être constitutif d'un harcèlement », rappelle la fonctionnaire. Si l'accord d'aménagement du temps de travail est muet sur la question, « cela ne permet pas pour autant à l'employeur d'en encadrer l'usage de manière abusive, ni de les assimiler automatiquement à des pauses de détentes », poursuit-elle, rappelant que la jurisprudence reconnaît le caractère spécifique et distinct des pauses physiologiques « des temps de pause conventionnels », et conclue en indiquant qu'une action en justice pouvait être envisagée.
Le « pause-pipi gate » ressurgit dans le cadre du CSE qui suit la signature d'un nouvel accord sur l'aménagement du temps de travail, signé par tous les syndicats de l'entreprise, excepté la CGT. L'outrage de trop, pour des salariés qui encaissent années après années les attaques. Ce nouvel accord sur l'aménagement du temps de travail survient juste après un nouveau plan de départs volontaires de 598 salariés, annoncé en novembre 2024. « Ce plan visait déjà 40 % de la masse salariale de l'entreprise en France. Mais si on regarde les personnes en congé reclassement, en réalité, c'est 60 % de la masse salariale qui a fondu », explique Samira Alaoui. Depuis 2010, les effectifs de l'entreprise ont été divisés par cinq.
10,8 millions d'euros pour le patron
Les vagues de licenciement successives et ce retour sur les acquis sociaux des employés de la filiale française, s'expliquent, selon la direction, par le coût du travail trop élevé, qui ferait perdre des marchés et diminuer le chiffre d'affaire de la filiale française. Ce sont donc les filiales « offshore » de Téléperformance qui récupèrent les marchés de clients français, comme au Portugal ou en Grèce, qui emploient de jeunes francophones pour des salaires bien inférieurs à ceux pratiqués en France. L'empire des centres d'appel compte aussi 87000 salariés en Inde, 64000 aux Philippines, et 44000 en Colombie, où le ministre avait annoncé ouvrir une enquête, en 2022, sur les conditions de travail des salariés. En 2023, Téléperformance affichait 1,3 milliards d'euros de bénéfice, et la rémunération de son patron, le français Daniel Julien, s'élevait à 10,8 millions d'euros annuels (un peu en baisse après une rémunération de 19,7 millions d'euros en 2022).
Si, florissante, l'entreprise traitait déjà ses salariés avec peu d'égards, la situation risque fort d'empirer, en France comme en Colombie. Avec les progrès de l'IA, le cours boursier de Teleperformance ne cesse de décrocher, au point de sortir, en septembre 2025, du CAC 40. Mais qu'elle parvienne à intégrer ou qu'elle se fasse tuer par l'IA, les salariés de Téléperformance risquent de trinquer, et ont tout intérêt à se défendre, pour les pauses pipi, et pour tout le reste.