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SALAIRE

Pôle emploi : les agents se mettent en grève le 1er février

31 janvier 2022 | Mise à jour le 31 janvier 2022
Par | Photo(s) : Raphael Lafargue / ABACA
Pôle emploi : les agents se mettent en grève le 1er février

Réception des demandeurs d'emploi à l'antenne Pôle emploi d'Argenteuil, dans le Val-d'Oise.

À Pôle Emploi, la pression monte des deux côtés du guichet. Mardi 1er février 2022, une large intersyndicale (CGT, CFDT, CFTC, CGC, FO, SNU, SUD, Unsa, STC et Snap) appelle à la grève pour « revaloriser les salaires et les traitements », « stopper la dégradation des conditions de travail » et « redonner du sens au travail pour améliorer la qualité du service au public ».

Ce mouvement, dans la continuité des mobilisations sur les salaires du 27 janvier, est assez inédit dans l’histoire de Pôle emploi, fruit de la fusion entre l'ANPE et les Assedic en 2008. Si les derniers chiffres du chômage sont en baisse, cette embellie se fait au prix d'une plus grande précarité. Par ailleurs, la France compte encore 5,6 millions de demandeurs d'emploi toutes catégories confondues.

Pas d’augmentation générale des salaires depuis 2017

Alors qu’il n’y a pas eu d’augmentation générale des salaires depuis 2017, les négociations annuelles obligatoires, démarrées le 24 janvier dernier au sein de l’établissement public, risquent de se solder par un échec, la direction proposant « une augmentation de 1 à 1,5 % maximum et une enveloppe de 9 millions d’euros sous forme de primes à la performance », selon Sylvie Espagnolle, déléguée syndicale centrale CGT à Pôle emploi. D’après elle, « les agents relevant du droit privé ont perdu 10 % de pouvoir d’achat ». Avec des disparités assez fortes entre les niveaux hiérarchiques. Selon le rapport social de Pôle emploi, un agent de catégorie A gagne 28 270 euros brut annuels, un cadre dirigeant, 124 890 euros.

Une perte de sens du travail

En interne, la « réforme » de l'assurance-chômage, la succession de plans d'aide au retour à l'emploi, l'augmentation de 25 % des contrôles se sont accompagnés d'une dégradation des conditions d'exercice et d'une perte de sens au travail. « À quelques mois de la présidentielle, Pôle emploi devient le bras armé du gouvernement, c'est un grand classique. Mais l'accumulation à un rythme accéléré des plans sur les chômeurs de longue durée, les plus de 50 ans, les jeunes, les métiers en tension, etc. font que les agents n'arrivent plus à assumer correctement leurs missions », explique Brigitte Meyer, déléguée syndicale centrale CGT à Pôle emploi. Les conseillers chargés de l'accompagnement se retrouvent à suivre, plus ou moins de loin, un nombre élevé de demandeurs d'emploi. « Dans mon agence, un conseiller peut superviser un portefeuille de 1 334 demandeurs d'emploi jugés autonomes, dont 563 véritablement actifs ; un autre, un portefeuille de 294 à 529 demandeurs d'emploi en accompagnement guidé. En accompagnement renforcé, les conseillers devraient suivre en théorie 70 personnes, ils en ont plus du double », précise Véronique Bleuze, conseillère Pôle emploi dans l'Oise.

On doit accompagner des décisions injustes et violentes à l’égard des chômeurs.Stéphanie, conseillère Pôle emploi en gestion des droits dans le Nord

La situation n'est pas plus reluisante du côté des conseillers en charge de l'indemnisation. Ces derniers, qui ont vu leurs effectifs réduits sous prétexte d'automatisation du traitement des dossiers, doivent digérer les nouvelles modalités d'indemnisation. « On doit accompagner des décisions injustes et violentes à l’égard des chômeurs, en appliquant un schéma de calcul radicalement différent, qui prend en compte aussi bien les jours travaillés que les jours non travaillés. Pour évaluer les droits à indemnisation, on doit remonter deux à trois ans en arrière », témoigne Stéphanie, conseillère en gestion des droits dans le Nord.

Le déploiement du conseiller référent indemnisation (CRI), séduisant sur le papier, fait peser une charge nouvelle. « Chaque agent va se retrouver avec un portefeuille dont il aura la charge exclusive, comme si la direction de Pôle emploi se désolidarisait des conséquences de la “réforme” », critique Sylvie Espagnolle. « L'objectif est que chaque conseiller gère un portefeuille de 700 demandeurs d'emploi, enchaîne Stéphanie. Ce suivi “individualisé”, qui laisse espérer aux demandeurs d'emploi des réponses instantanées, s'ajoute aux courriers à traiter, aux opérations de recouvrement en cas de trop-perçus, aux mises à jour des dossiers… C'est un puits sans fond, on n'arrive jamais au bout. Dans le même temps, dans mon service, on est passé de douze à dix collègues. Les agents  les plus expérimentés sont partis, pour trouver le temps d’en former un nouveau, c'est compliqué. »

Des recrutements uniquement en CDD

Pour lutter contre le chômage, Pôle emploi a certes recruté, mais essentiellement en CDD. Selon un rapport de la Cour des comptes sur la gestion de l’opérateur public dix ans après sa création, couvrant la période 2012-2018, « l'augmentation des effectifs est sans commune mesure avec des celle des publics indemnisés et accompagnés ». Le nombre de demandeurs d'emploi pris en charge a ainsi augmenté de 21,8 % pour les personnes susceptibles d'être accompagnées et de 11,8 % pour celles indemnisées. Dans le même temps, les effectifs ont varié de 5,3 %.

En 2020, sur 57 611 salariés, Pôle emploi comptait 6 488 CDD, soit 11,3% des effectifs. Les CDD représentant actuellement 80 % des recrutements.

En 2020, sur 57 611 salariés, Pôle emploi comptait 6 488 CDD, soit 11,3% des effectifs. « Les CDD représentent actuellement 80 % des recrutements. En comptant les collègues en service civique, en apprentissage, des sites fonctionnement avec 30 % de contrats précaires, essentiellement dédiés à l’accueil. Un avenant à la convention collective fixe à 15 %, contre 5 % initialement, le volume de CDD pour motif d’accroissement temporaire d’activité, avec prolongement de leur contrat à dix-huit mois », fustige à son tour Laurent Dubost, secrétaire général CGT dans les Hauts-de-France.