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EMPLOI

Polytechnyl  : placés en redressement judiciaire, les sites de Valence et de Saint-Fons résistent

26 février 2026 | Mise à jour le 26 février 2026
Par | Photo(s) : John Thys / AFP
Polytechnyl  : placés en redressement judiciaire, les sites de Valence et de Saint-Fons résistent

Yves Bonte, patron de DOMO Chemicals.

Quel sera le sort de Polytechnyl ? La filière française du groupe belge, DOMO Chemicals, vit au rythme des tourments de sa maison-mère, déclarée en cessation de paiement en décembre dernier. Ainsi, le 8 janvier, le fleuron français de la chimie de pointe a-t-il été placée en redressement judiciaire et l’inquiétude est grande pour les salariés des sites de Valence et de Saint-Fons Belle Étoile. En attendant d’éventuels repreneurs et l’action de l’État, sur place, c’est l’heure de la riposte syndicale.

Depuis son acquisition par le groupe belge DOMO Chemicals en 2020, la filiale française du groupe, Polytechnyl, est dans la tourmente. Ce fleuron de la chimie de  haute performance qui produit notamment de la fibre polyamide 6.6 (aussi appelée nylon 6.6, un matériau technique très performant)  se découvre soudainement, fin 2025, obéré d'une dette de 200 millions d'euros résultant d'une gestion que les syndicats de l’entreprise (CFE CGC-CGT-UNSA) qualifient de « sabotage » et de « pillage ». 

Déclarée en cessation de paiement depuis décembre 2025 en raison de l'insolvabilité de sa maison-mère, DOMO Chemicals, Polytechnyl, a à son tour été placée en redressement judiciaire le 8 janvier. Cela fait succède à une cascade de mises en faillite des filiales allemandes et espagnoles survenues entre fin 2025 et début 2026.  

Dans l'attente et l'espoir de repreneurs  

Depuis cette annonce, les sites de Valence (Drôme, 88 à 90 salariés) et de Saint-Fons Belle-Etoile (Rhône, 450 salariés) ont enclenché le mode survie. Durant la période d'observation de six mois initiée par la procédure de redressement judiciaire du 8 janvier, les salariés espèrent que des repreneurs sérieux se manifestent afin d'éviter une mise en liquidation judiciaire qui pourrait être entérinée d'ici fin juillet. En attendant, les syndicats s'activent sur tous les fronts.  

Dans le Valentinois, le 14 janvier dernier, un rassemblement était organisé devant le site de Polytechnyl Valence. L’événement a mobilisé les salariés du site – dont 70 étaient en grève -, ainsi que des élus locaux – dont le député du cru, Paul Christophle (PS) qui, à l'Assemblée nationale, a fait part de son inquiétude pour l'avenir des deux sites.  « À l’heure où l’État affirme la nécessité de consolider les capacités productives nationales et de sécuriser les filières industrielles stratégiques, la situation de Polytechnyl suscite une vive inquiétude quant à l’avenir du site de Valence et à la sauvegarde des emplois et des savoir-faire industriels qui y sont attachés » a plaidé le député de la Drôme lors de la séquence des « questions au gouvernement » du 21 janvier.   

La souveraineté industrielle pour crédo

« Il s'agissait d'alerter les pouvoirs publics sur l’enjeu stratégique de souveraineté industrielle de cette filière chimie-textile qui produit des matériaux de hautes performances et d'intérêt majeur pour d'autres industries comme l'automobile ou l'aéronautique », fait valoir Sébastien Seauve de la CGT-Polytechnyl Valence, également élu du CSE, revenant sur la mobilisation. 

Dans ce laps de temps, deux réunions entre les syndicats de Polytechnyl et le ministère de Bercy ont eu lieu. Elles ont à ce jour permis d'attirer l'attention du ministère sur la spécificité du cas Polytechnyl, ainsi suspendu au devenir de la société belge qui en a le contrôle et prise en étau entre les liquidations et placements en redressement judiciaire de ses homologues allemandes et espagnoles entre fin 2025 et début 2026. L'effet « domino » de cette chute des entités du groupe DOMO n'a évidemment pas épargné les entités Polytechnyl France, alors que leurs activités seraient viables et même, très rentables. « On est blindé de commandes, depuis la France et jusqu'à l'étranger et c'est fou de s'imaginer être sans travail demain, alors qu'on a les moyens industriels et les compétences humaines de répondre à la demande », explique Sébastien Seauve.  

Un crime de « cols blancs »

Dans sa « Chronologie d'un vol en plein jour », Jean-Claude Garcia, président du syndicat CFE-CGC Chimie Dauphiné-Savoie relate : « Derrière DOMO Chemicals se cache un actionnaire principal : la famille belge De Clerck, une des grandes fortunes du pays, connue pour des faits de malversations financières, de fraudes et de transferts d’argent illicites ».

Dans cette interview, Jean-Claude Garcia dénonce l'anéantissement en cinq ans d'un demi-siècle de savoir-faire stratégiques. Il pointe aussi la gabegie de la gestion de Polytechnyl, avec le défilement de cinq directeurs et de cinq DRH en six ans sur le seul site de Belle-Etoile à Saint-Fons. « Certes, il arrive qu’un site ferme à cause d’une mauvaise gestion mais ici, les décisions prises sont d’une incohérence telle que les excuses d’erreurs ou de mauvaise gestion nous apparaissent comme celles d’un sabotage avec prédation financière. C’est un crime de « cols blancs » avec l’intention d’absorber un maximum d’argent avant de se débarrasser de la carcasse ».  

Dans ce droit fil, la CGT-Polytechnyl Valence (seul syndicat représentatif sur ce site)  indique dans son communiqué du 18 février que « les expertises financières réalisées dans le cadre de la période d'observation du redressement judiciaire dévoilent toute l'étendue d'une gabegie financière,  à l'œuvre depuis cinq ans ». Voilà des arguments qui doivent interroger le gouvernement et son ministère de l'industrie, notamment sur les moyens qu'il entend déployer afin d'assurer la continuité de l'activité et la sauvegardes des empois. Verdict dans les mois à venir.  

Dix candidats à la reprise dans la data room

Dans cet intervalle, l'intersyndicale CGT-CFECGC-UNSA se mobilise. Des assemblées générales sont régulièrement organisées afin d'informer les salariés, en temps réel, sur les évolutions de la procédure de redressement judiciaire en cours. Ce vendredi 27 février, les syndicats restitueront leur analyse des offres de reprise enregistrées dans la data room qui a été clôturée le 23 février. « Nous tiendrons une visioconférence avec les administrateurs et notre cabinet de conseil, Secafi, suivie d'une conférence de presse pour présenter une présélection des dix acteurs candidats à la reprise », explique Véronique Buttez, secrétaire CGT du CSE de Polytechnyl Valence. Ce site, le seul à produire le fameux polyamide 6.6 semble très convoité par de potentiels repreneurs étrangers, notamment des acteurs chinois, coréens ou encore, italiens. « Quand ils visitent notre site, ils constatent l'excellent état de notre appareil de production et de notre carnet de commandes. On voit bien qu'on intéresse du monde », se félicite Véronique Buttez.  

Il ne tient donc plus qu'à l'Etat, et à son ministère de l'Industrie de soutenir l'entreprise durant la période d'observation de six mois, afin d'éviter la liquidation judiciaire qui menace.