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DÉFENSE

Porte-avions « France Libre » : la CGT mobilisée lors de la venue de Macron sur le site de Naval Group

18 mars 2026 | Mise à jour le 18 mars 2026
Par | Photo(s) : Gonzalo Fuentes / AFP
Porte-avions « France Libre » : la CGT mobilisée lors de la venue de Macron sur le site de Naval Group

Emmanuel Macron sur le site Naval Groupe - Indret.

Le président de la République Emmanuel Macron était en déplacement ce mercredi 18 mars à Indret, en Loire-Atlantique, où a débuté la construction du porte-avions de nouvelle génération. Il en a profité pour en annoncer le nom : le « France libre ». À l'appel à la grève de la CGT, s'ajoutent deux rassemblements de syndicats et d'associations pour s'opposer au projet.

Un important dispositif policier, une impossibilité de manifester à Indret ainsi qu'une interdiction des camions-sono, tel était le comité d'accueil pour les quelque 200 personnes réunies à Basse-Indre, en Loire-Atlantique, en opposition à la venue d'Emmanuel Macron ce mercredi 18 mars sur le site de Naval Group-Indret. La CGT avait appelé à grève. Le président de la République se déplaçait afin de se pencher sur la construction d’un nouveau porte-avions, censé remplacer le Charles-de-Gaulle. Il a d’ailleurs annoncé le nom de ce vaisseau encore à l’état de projet : le « France libre ».

« Ce projet majeur, annoncé par le président de la République en décembre 2025 à l'occasion de son discours aux troupes françaises engagées aux Émirats arabes unis, assurera la permanence du groupe aéronaval français et garantira à la France la capacité d'agir et de se déployer sur l'ensemble des mers et des océans. Il constituera un élément important de la stratégie de défense et de protection des intérêts français », précisait en amont l’Élysée dans un communiqué.

Alors que la guerre en Iran continue et que le contexte politique international est sous haute tension, la visite du chef de l'État sur le site de Naval Group à Indret, au sud de Nantes, a cristallisé les tensions.

À l'initiative de l'Union départementale de la CGT 44, d'autres syndicats comme Force ouvrière et des associations comme « Sortir du nucléaire Pays Nantais » ou les Soulèvements de la Terre se sont réunis pour dénoncer une opération de communication de la part de l'exécutif.

« Il a invité une centaine de journalistes pour l'occasion, et annoncer le nom du futur porte-avions… En faisant ça, il veut se redonner une légitimité de chef de guerre, et on pense qu'il veut nous emmener dans une escalade guerrière, sans mandat démocratique, sans passer par le Parlement. Et c’est ça qu’on conteste », analyse Ronan Lherbier, secrétaire de l'Union départementale CGT Loire-Atlantique.

Des milliards d'euros d'investissement

Pourtant, la communication du gouvernement est bien rôdée. La production du nouveau porte-avions va débuter à Indret, avant de se poursuivre, à partir de 2031, aux Chantiers de l'Atlantique, à Saint-Nazaire, où sera construite la coque du navire. Un investissement de plus de 10 milliards d'euros qui, selon le gouvernement, devrait bénéficier à 800 entreprises locales, dont 600 petites et moyennes.

« On peut le présenter comme un investissement, commence Damien Renault du collectif « Sortir du nucléaire Pays Nantais », mais c'est avant tout une dépense énorme. » Et le militant souligne qu’à l'heure de la sobriété énergétique, cet effort n'est absolument pas une priorité : « Avec tout cet argent, on pourrait financer des projets autres que la défense, comme la construction de navires adaptés à la pose d'éoliennes maritimes ».

Des dépenses superflues, c'est aussi ce que pense Ronan Lherbier, qui se questionne : « C'est étonnant qu'on arrive soudain à trouver autant d'argent magique alors que les finances de nos hôpitaux, de nos écoles et de l'ensemble de nos services publics sont exsangues ». Le délégué CGT estime que ceux qui en ressortiront gagnants sont avant tout les actionnaires de l'industrie de l'armement : « On a beau dire que le porte-avions est français et qu'il va bénéficier à l'économie française, ce n'est pas entièrement vrai. On dépendra de technologies américaines notamment, donc nous ne retirerons pas tous les bénéfices de ce projet. Loin de là. »

Le gouvernement a assuré que la construction du porte-avions devait aboutir à la création de plus de 1800 postes. Une aubaine potentielle pour une région qui a vu nombre de ses industries disparaître ces dernières années. Mais, alors que 41 postes au sein du site d'ArcelorMittal de Basse-Indre vont être supprimés, et qu'une usine de fabrication de Velcro a été fermée l'année dernière, la CGT rappelle qu'il existe d'autres moyens de créer de l'emploi dans la région que d'investir aveuglément dans l'armement. « Il manque du personnel partout dans les services publics, on pourrait investir et faire en sorte de nationaliser Arcelor Mittal et préserver des centaines d'emplois… La vérité c'est que nous n'avons toujours pas un plan industriel à la hauteur de l’urgence sociale et écologique. À Saint Nazaire, par exemple, General Electric délocalise massivement son activité sur l'éolien marin car ce n'est pas assez rentable selon eux », relate le secrétaire de l'Union départementale 44. Pour lui, seul un investissement massif, avec une planification de l'État, permettrait de faire vivre le tissu industriel de la région, sans pour autant avoir à abonder des projets militaires comme celui du nouveau porte-avions.

« On est attachés à notre emploi, c'est ce qui permet de nourrir nos enfants, c'est ce qui nous permet de vivre, conclut-il. Mais même si on dépend de cela, on a un droit et un devoir de critique sur le type de productions qui sont effectuées sur nos sites. »