6 mai 2026 | Mise à jour le 6 mai 2026
Depuis un an, la CGT peaufine la formation sur l'IA qu'elle met à disposition de ses syndicats : une journée d'étude pour réfléchir aux moyens d'en limiter l'usage négatif par le patronat. Le 23 janvier, une quinzaine de syndicalistes du secteur bancaire s'y collaient, au moment où la Société générale et BNP Paribas annonçaient une vague de suppressions d'emplois. Un article à retrouver dans
notre trimestriel La Vie ouvrière d’avril 2026.
L’union départementale de la Vienne, celle du Var, la fédération des cheminots, la commission départementale Ugict-CGT de l'UD du Nord, et maintenant la fédération CGT Banque-Assurances… Depuis un an, une dizaine de journées d'étude sur l'intelligence artificielle ont été dispensées par l'Ugict-CGT. « Tous les secteurs, du public comme du privé, sont concernés. Mais avec l'IA générative, les métiers d'ingénieurs, cadres et techniciens sont en première ligne, notamment dans la banque », pose Agathe Le Berder, secrétaire générale adjointe de l'Ugict-CGT et coorganisatrice du stage.
Ce vendredi 23 janvier, elle accueille une quinzaine de syndicalistes et d'élus au siège confédéral, à Montreuil (93). Ils sont venus des quatre coins du pays, de différents réseaux bancaires, mais un même sujet court sur toutes les lèvres : la veille, la Société générale a annoncé la suppression de 1 800 postes sur les 40 000 que compte l'entreprise. But affiché : simplifier les modes de fonctionnement, accroître l'efficacité et la responsabilisation grâce à l'IA. Presque en même temps, on apprenait la volonté de BNP Paribas de supprimer 1 200 emplois, soit 20 % de ses effectifs en France.
Une vague de licenciements qui concorde avec les études de grands acteurs financiers – Bloomberg, Morgan Stanley… – évaluant à 200 000 les emplois voués à disparaître dans ce secteur, en Europe, au cours des cinq prochaines années. « Dans la filiale de la BPCE où je travaille, l'IA est déjà à l'œuvre pour étudier des bilans d'entreprise, faire des préconisations d'investissements, etc., confirme Anne Blanchet, de la fédération CGT Banque-Assurances. Or, dans le même temps, nombre d'emplois disparaissent. En tant que syndicalistes, il était temps qu'on s'empare du sujet pour limiter la casse. »
Déchiffrer la stratégie patronale
Pas de grands discours ni d'introduction alarmiste sur l'IA. Les participants sont invités à entrer directement dans le vif du sujet au cours d'une matinée d'« arpentage », qui permet de découvrir le sujet par un travail en petits groupes. Une heure d'analyse d'articles, de rapports et de vidéos (Inria, CEA…) , suivie d'une restitution de quarante minutes qui, sans en faire des experts, les aura décomplexés. Qu'est-ce que l'IA ? L'IA générative ? Quels effets sur le travail, l'emploi, les compétences, l'économie, la démocratie ou l'environnement ? Cette miniformation se veut efficace. Elle s'inscrit dans la suite des travaux menés pour la contribution de la CGT au sommet gouvernemental sur l'IA de 2025 et constitue un complément au document « L'IA au travail : tout savoir sur ses droits en 16 questions », mis en ligne en juillet dernier.
Seconde partie de la journée : déchiffrage de la stratégie patronale, qui utilise l'IA comme argument marketing ou prétexte à des dégraissages massifs. Devant la vidéo d'un employeur de l'agro-alimentaire qui annonce l'arrivée de cette nouvelle technologie à son personnel, les militants ont reconnu l'éternelle antienne capitaliste. Comment s'y opposer ? Avec quels leviers syndicaux, juridiques, dans les instances représentatives du personnel ? Les questions fusent, des propositions se précisent…
On passe à la mise en situation : concrètement, un salarié sonne l'alerte quant à l'arrivée de l'IA dans son travail. Comment doit réagir le syndicat ? Que peut faire le délégué CGT ? Et l'élu au comité social et économique (CSE) ? Quelle stratégie déployer ? Comment exiger des informations-consultations à ce sujet ? L'IA peut en effet avoir un impact sur les conditions de travail, induire une exposition à des risques organisationnels ou psychosociaux (RPS). La consultation du document unique d'évaluation des risques professionnels (Duerp) peut être une option. Dans les grandes entreprises, des experts peuvent aussi être amenés à intervenir…
Dépossession du travail
« Back-office, gestion et validation, réponse aux courriels, contrôle des fraudes, techniques financières de marché, tous les métiers du secteur bancaire sont touchés, explique José Finote, de l'Ugict-CGT Banque-Assurances, et membre du collectif Télétravail et numérique. Grâce à la rapidité de ses calculs, notamment, l'IA a un impact direct sur la nature du travail. » Cette nouvelle technologie peut engendrer une intensification du travail, une perte de valeur, un conflit éthique en raison du brouillage de la responsabilité humaine…
Porteuse d'avancées dans certains métiers, l'IA peut conduire à une dépossession du travail dans d'autres. Pourtant, la majorité des salariés ne mesurent pas encore la menace qui pèse sur leur emploi. « Tant qu'il y a trop d'erreurs, les entreprises ne prendront pas le risque de nuire à leur réputation ; mais le système s'améliore, prévient le syndicaliste. Pour garder le contrôle de notre outil de travail, il nous faut anticiper et nous former pour ne pas subir. » Encore en rodage, cette journée d'étude doit rapidement intégrer le corpus général de formation de la CGT, afin d'être dispensée en toute autonomie dans les unions départementales et les fédérations CGT. À terme, un stage d'une semaine devrait être construit avec le pôle formation de la CGT.