12 janvier 2026 | Mise à jour le 12 janvier 2026
Les sapeurs-pompiers du Nord sont désormais obligés de se raser chaque jour pour garantir l'étanchéité de leurs masques respiratoires, selon leur direction. Une mesure de sécurité contestée par la CGT et l'ensemble des syndicats, qui dénoncent une décision déconnectée du terrain et estiment que d'autres urgences sanitaires et matérielles pour les pompiers sont plus prioritaires.
Depuis le 1er janvier 2026, les pompiers du Nord sont contraints de se raser le visage à blanc tous les jours. Une question de sécurité, d'après la direction du Service départemental d’incendie et de secours (SDIS) 59 : les masques ARI (appareil respiratoire isolant) utilisés par les pompiers en intervention adhèreraient mieux à une peau rasée.
Une décision contestée
« Tous les syndicats dont la CGT qui est majoritaire dans le départment, ont voté contre cette mesure » explique Marc Lehoucq, secrétaire général de la CGT SDIS 59. La direction s’appuie sur deux études scientifiques concluant que le poil de barbe favoriserait la contamination aux fumées toxiques. « C'est peut-être vrai pour des barbes exposées, mais pour nous il n'y pas de problème d'étanchéité des masques. On n'a jamais eu d'accident en plus de 20 ans et jusqu'à récemment, on portait les masques sur des cagoules, il n'y avait donc pas d'adhésion à la peau. D'ailleurs, la notice du fournisseur indique que le poil de la barbe est autorisé tant que le masque est étanche. »
Pour le syndicaliste, il s'agit d'avantage d'une question d'apparence que de protection des agents : « C’est peut-être que certains sapeurs-pompiers ont des barbes un peu prédominantes, un peu longues. Et ça ne plaît pas forcément à la direction. C'est une mesure qui nous paraît déconnectée de la réalité du terrain alors qu'en parallèle, on a des besoins urgents en effectifs. L'année dernière, il n'y a eu aucune création de poste. »
Des urgences plus prégnantes
Pour Sébastien Devaloux, sapeur-pompier dans le Maine-et-Loire (49) et animateur du réseau CGT SDIS auprès de la fédération CGT des services publics, des mesures plus urgentes sont à mettre en place pour la santé des pompiers : « Nos engins, par exemple, sont conçus pour être nettoyés après une intervention, et puis une fois que tu as nettoyé le matériel, tu es censé te nettoyer, toi. Le problème, c’est que aujourd'hui, si on a 30 centres de secours en France qui fonctionnent de cette manière, sur 6 000, c’est le bout du monde. Aujourd’hui, nos engins ne sont pas conçus pour être nettoyés, nos centres de secours ne sont pas aménagés pour cela, et les cagoules filtrantes qui existent sur le marché depuis 2019 sont très faiblement déployées dans le pays. »
Sur la question des masques ARI, le fonctionnaire déplore que des masques s'adaptant au différentes morphologies de visages, qui existent sur le marché, soient très rarement mis à la disposition des agents, et ce à l'échelle nationale. « Quelqu’un qui a la tête de Clint Eastwood, un masque, s'il est conçu pour les visages ronds, aura des fuites sauf si l'agent gonfle ses joues pendant toute l'intervention. »
En 2022, le Centre international de recherches sur le cancer a reconnu le métier de sapeur-pompier comme cancérogène. « On a 58 % de chances de plus de développer un mesothélium [cancer de la plèvre, le tissu qui entoure les poumons, ndlr] que la population globale. Et 18 % de plus pour le cancer de la vessie. » Or, la contamination par la fumée peut être également cutanée, pas seulement respiratoire. « Donc, quand on aura interdit les PFAS dans nos tenues, qu’on aura des centres de secours aux normes de sécurité, qu‘on aura baissé le temps de travail des sapeurs-pompiers qui, pour la majorité, travaillent plus de 2 000 heures, là, on pourra parler de la barbe. »