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PORTRAIT

Solveig Anspach n'est plus, son cinéma lumineux demeure.

23 mai 2014 | Mise à jour le 2 mai 2017
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Solveig Anspach n'est plus, son cinéma lumineux demeure.

La cinéaste Solveig Anspach avait été révélée avec l'autobiographique Haut les cœurs, parcours d’une femme – magnifiquement incarnée par Karin Viard – apprenant simultanément qu’elle est enceinte et atteinte d’un cancer. La maladie a rattrapé la réalisatrice montreuilloise, ce 7 août, à l’âge de 54 ans.

NVO : Vous avez fait des études de philosophie et de psychologie clinique. Voilà qui ne conduit pas nécessairement à devenir réalisatrice…

Solveig Anspach :  Mon père était très cinéphile, juif né à Berlin, il a fui à New York la montée du nazisme, puis a participé au débarquement en Normandie. Communiste, il a subi le maccarthysme et a choisi de revenir à Paris où il a rencontré ma mère. Chacun d'eux a fait un pas vers la culture de l'autre et mon père a même appris l'islandais. Il nous emmenait toutes les semaines, ma sœur et moi, à la Cinémathèque française. Dès l'âge de huit ans, je voulais faire des films. J'ai effectivement fait un DESS de psychopathologie, des études de philo et travaillé avec des enfants psychotiques. Je pense que tout ce qu'on fait nous sert, nous nourrit. Comme mes collaborations à L'Autre Journal, de Michel Butel, ou à la revue Le cinématographe. J'ai aussi fait un livre sur les femmes en prison. Après avoir raté deux fois le concours de l'Idhec, j'ai finalement intégré l'école de cinéma lorsque c'est devenu la Femis. Ce sont les hasards de la vie.

 

Vous réalisez documentaires et fictions et votre « grain de fantaisie » m'évoque, par exemple, Agnès Varda… Quels sont les films ou Les cinéastes qui vous ont influencée ?

Ken Loach, les frères Dardenne et les grands documentaristes comme Frederick Wiseman, car les personnes m'intéressent plus que les films. Pour les films, plutôt le cinéma américain des années 1970 comme Un après-midi de chien, avec Al Pacino, ou Panique à Needle Park. J'aime aussi beaucoup Atlantic City [de Louis Malle, NDLR]. J'ai fait presque dix ans de documentaires, parfois sur des sujets assez graves. Quant au côté « folie burlesque », je crois que ça vient de moi, et peut-être aussi de Jean-Luc Gaget.
Les personnages féminins de vos films se rebellent souvent, sortent du rôle ou du moule qu'on voudrait leur imposer. Sont-elles pour vous le vecteur du changement ?

Ce n'est pas impossible. C'est sans doute beaucoup lié à l'image de ma mère, qui fut la première femme architecte de son pays, l'Islande, alors colonisé par le Danemark. Née dans une petite île, elle est allée au lycée à Reykjavik, puis a été acceptée aux Beaux-Arts, à Paris. C'est pour moi l'image d'une femme forte qui se battait pour ce en quoi elle croyait. Quand j'ai parlé de faire du cinéma, elle a trouvé ça très bien.

Construire une histoire c'est un peu comme construire une maison… Et Fritz Lang n'était-il pas architecte ? En Islande, les femmes étaient souvent très fortes, d'autant que les hommes étaient souvent absents, en mer. Nous avons eu l'une des premières femmes présidentes, et notre ancienne première ministre a aussi été la première Islandaise à épouser une autre femme. Et puis je pense que je comprends peut-être mieux les femmes !

Quand j'écris un scénario avec Jean-Luc Gaget, on se projette aussi bien dans des personnages d'hommes que de femmes. Mais un homme peut être le rôle pivot. Par exemple, dans Lulu femme nue, il y a un beau personnage d'homme que joue Bouli Lanners.

Construire une histoire,
c'est un peu comme construire une maison…

 

Vous avez participé à la mobilisation des cinéastes en faveur des travailleurs sans papiers. Y a-t-il d'autres causes pour lesquelles vous avez envie de vous engager ?

En ce moment, j'ai plusieurs projets en route et ça m'occupe pas mal. Donc je suis très concentrée sur ce que je fais. Déjà, pour trouver les financements d'un film, c'est un gros travail et on n'est sûr de rien. Tout cela prend beaucoup d'énergie.

 

Vous avez tourné successivement Queen of Montreuil, un scénario original, puis Lulu femme nue, adaptation de la BD éponyme d'Étienne Davodeau. Est-ce que les démarches sont très différentes ?

Pour Queen of Montreuil, on a tout inventé de A à Z, alors que pour Lulu, on avait un point de vue sur comment l'adapter sans faire une photocopie de la BD. J'ai tenu à faire lire toutes les versions à Étienne Davodeau et ainsi il y a eu un aller-retour de propositions et on a décidé ce qu'on gardait ou pas. Nous avons eu plein de débats ensemble. Et il a été d'accord, même quand j'ai, de manière assez radicale, changé la structure en nous mettant «  dans les baskets  » de Lulu plutôt qu'en faisant raconter son histoire par une voix off. On a surtout gardé l'esprit.

Aujourd'hui, quel genre d'histoires avez-vous envie de raconter ?

Le prochain film devrait s'appeler L'effet aquatique et sera un peu le troisième volet après Back Soon et Queen of Montreuil. Il sera tourné un tiers à Montreuil et deux tiers en Islande. Après, je vais adapter La fille de nulle part, un roman noir de Fredric Brown où c'est une fille qui mène l'enquête. Après, je devrais réaliser un film qui raconte une histoire d'amour entre une femme de 79 ans et un homme de 49 ans. Une sorte ­d'Harold et Maude (1)…

(1) Harold et Maude, réalisé en 1971 par Hal Ashby, est un film culte, à la fois comédie romantique et satire sociale racontant l'histoire d'amour entre un jeune homme de 20 ans et une femme de 79 ans.