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Souffrance en milieu engagé : une enquête sur le management dans les entreprises sociales

14 février 2020 | Mise à jour le 12 février 2020
Par | Photo(s) : DR
Souffrance en milieu engagé : une enquête sur le management dans les entreprises sociales

Les associations telles qu'Emmaüs, France Terre d'asile, le groupe SOS ou encore les mutuelles comme la Macif ou Chorum, porteuses d'une forte éthique militante ont de graves difficultés dans leur rôle d'employeur. La confusion du militantisme et du lien de subordination nuit à la santé.

C'est une alerte que lance Pascale-Dominique Russo sur l'émergence de la souffrance éthique des professionnels des entreprises de l'économie sociale et solidaire. Au travers de différents témoignages, l'auteure s'est plongée dans la culture bien particulière du monde mutualiste (Macif, Chorum) d'associations (Emmaüs, France Terre d'asile) ou d'un groupe (le groupe SOS) qui, parce qu'ils symbolisent le sens même de l'engagement, ont quelque peu tendance à considérer que la noblesse de la cause justifie tous les sacrifices pour celles et ceux qui y  travaillent (mais pas forcément pour leurs dirigeants).

Appliqué à des salariés soumis au lien de subordination, ce mode de management est extrêmement délétère puisqu'il se double de cette servitude volontaire que dénonçait La Boétie dès le XVIe siècle. Contester, dénoncer les dérives, relever les contradictions entre les principes affichés et la réalité du vécu, c'est s'exposer à l'accusation de trahison de l'institution et de ses idéaux. Une contradiction d'autant plus intense que les porteurs de la dissonance, sont souvent celles et ceux qui y sont le plus attachés.

Les cas de burn out explosent

Bref, on l'aura compris, sauf à être dans l'accompagnement permanent, l'activité syndicale est paradoxalement mal acceptée au sein des entreprises militantes. Selon son degré de naïveté ou de cynisme, de résignation ou d'indignation, le lecteur se plongera avec tristesse ou délice, avec résignation ou colère dans les exemples du côté obscur des plus belles réalisations militantes.

Les dégâts de la culture macroniste

Au-delà du témoignage sur la souffrance au travail, qui sont malheureusement assez connus dans la multitude des lieux où s'appliquent désormais le lean management ou le new public management, l'auteure met le doigt  sur l'évolution de l'économie sociale et solidaire dans le cadre de la politique européenne et de la macronie.

L'introduction des appels d'offres conformes à la politique Bruxelloise de la concurrence libre et non faussée tend à transformer l'ensemble de l'économie solidaire en entreprises commerciales concurrentes. Les appels d'offres – qui se substituent aux subventions – introduisent un dumping social au sein même des entreprises d'ESS.  Ainsi, le sociologue Matthieu Hély, cité par l'auteur, fait-il part de sa surprise à la lecture d'un appel d'offre de  l'agence de santé Rhône Alpes  qui stipule : « Pour être compétitive, l'association pourra bien sûr préférer appliquer un accord d'entreprise plutôt qu'une convention collective de branche ».

Reconnaître le burn out

Les plus gros raflent tous les marchés, absorbent les plus petites associations en leur imposant des nouvelles directions, une nouvelle culture, celle du management, celle  du chiffre, et celle des résultats. A cet égard, on lira aussi avec grand intérêt les pratiques du groupe « SOS » dirigé par Jean-Marc Borello, un proche d'Emmanuel Macron.

La journaliste  décrypte le personnage : « sa conception entrepeneuriale de l'économie sociale et solidaire est en parfaite harmonie avec celle adoptée par Emmanuel Macron : développer le secteur, c'est faire du « social business » avec une croissance à deux chiffres. »  Et l'auteur d'exhorter les organisations patronales des ESS à prendre d'urgence la mesure de ces évolutions en redonnant leur place au syndicalisme et ceci « pour ne pas perdre leur âme. »

Souffrance en milieu engagéDe Pascale-Dominique Russo. Éditions du Faubourg,180 pages, 18 euros.
Parution le 20 février 2020.