26 mai 2026 | Mise à jour le 26 mai 2026
En janvier, une délégation de la CGT s'est rendue dans la vallée de la Maurienne sur le chantier de la nouvelle ligne ferroviaire qui doit relier Lyon et Turin. Dédiée en majorité au fret, elle est en grande partie creusée sous les Alpes. Un article à retrouver dans notre mensuel Ensemble, dans son numéro du mois de mai 2026.
Pantalon et veste de sécurité, bottes, casque, lunettes, gants, bouchons d'oreille… La dizaine de syndiqués et élus de la CGT s'est équipée pour la visite du chantier du tunnel du Lyon-Turin, à Saint-Jean-de-Maurienne, en Savoie. Ce 22 janvier, Antoine Fatiga, représentant CGT Transports et domaines skiables, a organisé une visite afin de découvrir ce projet monumental pour la région. Celui-ci n'est normalement pas accessible, sauf occasionnellement à des élus. C'est Telt, la société gestionnaire du projet – détenue à parts égales par les états français et italien – qui est chargée de réaliser la partie transfrontalière de la ligne, et pilote l'excursion de la délégation CGT. Sous terre, les participants découvrent les portions de tunnel déjà réalisées, soit grâce à une méthode dite « traditionnelle » (recours à des explosifs, puis placement de boulons de plusieurs mètres et de béton projeté pour maintenir la forme), soit grâce à un tunnelier, engin de 180 mètres de long, qui creuse, puis fixe la structure du tunnel en plaçant des voussoirs (éléments courbes en béton). Les travaux, en cours depuis 2015, aboutiront à la création d'une ligne ferroviaire de 270 km (70 % en France, 30 % en Italie) destinée à 80 % au transport de fret et à 20 % à celui des voyageurs.
Création d'une charte sociale
Actuellement, 3 300 personnes travaillent sur le chantier, avec un pic d'activité qui prévoit de mobiliser 4 000 salariés, selon Telt. La CGT s'est engagée dès le début du projet (initié dans les années 1980) dans la démarche « grand chantier » (dispositif exceptionnel pour accompagner la réalisation des projets d'envergure réunissant plusieurs acteurs). Elle s'est impliquée, par exemple, pour que les emplois bénéficient à des travailleurs locaux. Ainsi, selon l'Observatoire du Grand Chantier Lyon-Turin, 53 % des salariés résident à Saint-Jean-de-Maurienne, Modane et Saint- Michel-de-Maurienne, et 10 % en Savoie, hors vallée de la Maurienne. « Nous avons obtenu la création d'une charte sociale, l'interdiction de la sous-traitance de niveau deux ou trois, la tenue d'un observatoire avec des chiffres de l'inspection du travail », énumère Antoine Fatiga. Le syndicat a aussi milité pour éviter la création de bases de vie sur le chantier pour les salariés et a soutenu des aides pour les propriétaires afin de rénover des logements dans la vallée. La CGT est aussi impliquée dans le CISSCT (collège interentreprises de sécurité, de santé et des conditions de travail) et la commission sociale de suivi de la préfecture, qui se réunissent régulièrement et font un suivi du chantier, notamment avec l'inspection du travail. Dans la région, le futur tunnel provoque toutefois une forte opposition. Ses adversaires questionnent son utilité, son coût (30 milliards d'euros) et son impact éco- logique. Le 11 avril, à Chambéry, ils étaient ainsi près de 650, selon les forces de l'ordre, à manifester contre ce projet dont la mise en service est annoncée, pour l'heure, à fin 2033.