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Surveillance au travail : à la Caisse des dépôts et consignations, les agents dans l'œil de Teams

5 mai 2026 | Mise à jour le 5 mai 2026
Par | Photo(s) : Copyleft
Surveillance au travail : à la Caisse des dépôts et consignations, les agents dans l'œil de Teams

Le siège social de la Caisse des dépôts et consignations, à Paris (VIIe arrondissement).

Installé depuis près de cinq ans dans toutes les antennes de la Caisse des dépôts et consignations, le logiciel Teams, vendu par Microsoft, est censé faciliter la communication entre collègues. Mais il permet également à la direction de surveiller le personnel. Alertée par deux salariés de l'antenne de Bordeaux, la CGT-CDC monte au créneau en saisissant la Cnil et la Défenseure des droits.

« Où étais-tu et que faisais-tu de telle heure à telle heure, puisqu'on a vu que tu n'étais pas devant ton ordinateur ? » La question, intrusive, a été posée par la directrices des ressources humaines de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) à deux salariés de l'antenne bordelaise lors d’une réunion du conseil économique et social (CSE). Ils ont ensuite tous deux reçu un avertissement disciplinaire. Rien de grave à ce stade, mais sûrement de quoi s'inquiéter pour l'avenir. Interpellés par ces deux salariés sanctionnés, les élus au CSE de la CGT-CDC ont donc décidé d'y regarder de plus près. Et ont découvert le pot aux roses : « Les pastilles colorées de Teams, qui varient selon l’état de connexion, permettent à la direction de surveiller le temps de travail des personnels, leur activité devant l'écran, leurs allées et venues… Au final, ce discret espionnage permet de trouver des prétextes pour des sanctions disciplinaires », explique Marc Dujon-Deshaires, secrétaire de la CGT-CDC.

Les salariés auraient dû être préalablement informés de cette surveillance, ainsi que le disposent le code du travail et le Règlement général sur la protection des données (RGPD). Ce texte européen, adopté en 2016, s'applique à tous les pays de l'Union européenne depuis le 25 mai 2018 et constitue le cadre principal en matière de protection des données personnelles. En France, il est supervisé par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil).

Une question qui revient fréquemment

On semble n’être plus si loin des mécanismes étudiés par le philosophe Michel Foucault qui dans son Surveiller et punir notait que le pouvoir comme le savoir venaient tout droit de l’observation et qu’ajouter la menace disciplinaire permanente à la surveillance était le plus sûr moyen de s’assurer la docilité d’autrui. « Nous n'en sommes pas encore à ce stade. Néanmoins, nombre de collègues commencent à se résigner, à s'adapter », déplore Marc Dujon-Deshaires. Les syndicats, eux, tentent de résister à cette pente glissante. En 2023, déjà, le sujet de la surveillance des personnels de la CDC par l’intermédiaire de Teams avait été abordé en CSE, après des remarques de salariés qui pointaient la tendance de leurs managers à dévoyer cet outil à des fins de flicage. Bis repetita en décembre 2025, où les élus CGT ont questionné leur hiérarchie sur l’utilisation du logiciel pour surveiller le temps de présence des personnels. La direction avait alors botté en touche et assuré : « En aucun cas, Teams ne saurait être utilisé à des fins de surveillance du temps de présence ou d'activité. Ce serait impensable, inadmissible et contraire au “Grandissons ensemble” [slogan de la CDC]. »

Sauf que, voilà, les sanctions infligées aux deux agents de l'antenne bordelaise ont bien été validées par la DRH. Et ce, uniquement sur le fondement des données fournies par Teams. « Nous avons la preuve que certains managers utilisent ce logiciel pour surveiller, de façon dissimulée et abusive, les horaires de connexion, les temps d'activité ou d'inactivité des agents et leurs échanges, pour justifier des sanctions disciplinaires », dénonce le communiqué du syndicat CGT-CDC du 29 avril.

« La surveillance généralisée à la CDC n'est encore qu'embryonnaire à ce stade. Mais nous savons que la direction s'y essaie, alors nous anticipons en lui mettant la pression et en lançant l'alerte », précise Marc Dujon-Deshaires. Avec son syndicat, il a déjà saisi la Cnil et la Défenseure des droits pour exiger l'arrêt immédiat de toute utilisation de Teams à des fins de surveillance, la suspension des procédures disciplinaires fondées sur ces données et la transparence totale sur les outils et données collectées.