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ÉDUCATION

Suspensions automatiques, soupçon généralisé, manque de moyens… Le périscolaire parisien appelle à la grève

12 mai 2026 | Mise à jour le 12 mai 2026
Par | Photo(s) : BB via Flickr
Suspensions automatiques, soupçon généralisé, manque de moyens… Le périscolaire parisien appelle à la grève

Les syndicats dénoncent l’absence totale de distinction entre les soupçons de violences sexuelles, qui doivent faire l’objet de suspensions automatiques, et des comportements inadaptés, qui relèvent de violences éducatives ordinaires et devraient faire l’objet d’un recadrage.

Une large intersyndicale (Unsa, Supap-FSU, CFDT, CGT, FO, UCP, CFTC) appelle à une grève dans le périscolaire à Paris, du 11 au 22 mai 2026, face aux suspensions automatiques d'animateurs et au manque de moyens, en dépit des annonces du nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire, et de son plan à 20 millions d'euros.

« Sept syndicats qui apposent leur logo sur un même communiqué, c'est inédit », commente Alexandre Herzog, directeur périscolaire dans le XVIIIe arrondissement de Paris et délégué CGT aux affaires scolaires, faisant référence à une déclaration commune qui clame : « Stop aux suspensions automatiques, stop à la répression institutionnelle ! Les écoles craquent ! » « Une union sacrée inédite face à la déflagration et au ras-le-bol total des personnels du périscolaire, qui subissent une pression incroyable », enchaîne Éric Leclerc, directeur périscolaire dans la capitale qui encadre une équipe de dix animateurs, et par ailleurs militant au Supap-FSU.

Virés du jour au lendemain

Depuis la révélation de graves violences physiques ou sexuelles exercées sur des enfants par des animateurs, un climat de suspicion généralisée complique encore l'exercice des missions des équipes d'animation. Les suspensions au moindre signalement s'abattent automatiquement, sans le moindre discernement. Les syndicats dénoncent ainsi l'absence totale de distinction entre les soupçons de violences sexuelles, qui doivent faire l'objet de suspensions automatiques, et des comportements inadaptés, qui relèvent de violences éducatives ordinaires et devraient faire l'objet d'un recadrage. Ils s’élèvent en outre contre le non-respect des procédures et du droit à se défendre. « La tolérance zéro semble être en adéquation avec les demandes des familles, mais elle ne correspond à rien. Des animateurs sont virés du jour au lendemain, parfois sans la moindre enquête », continue Alexandre Herzog.

« La sanction est totalement disproportionnée : un animateur peut être accusé de tout et de rien et dégagé sans ménagement. Par exemple, l’un d’entre eux a été viré après que sa hiérarchie a reçu un courriel d'un papa qui rapportait qu’on avait crié sur son enfant. L'animateur a dû s'engager à ne plus jamais travailler à ce poste pour la ville de Paris. Il n'y a eu aucune enquête, aucun contrôle », constate de son côté Éric Leclerc.

La mairie de Paris recense 78 suspensions depuis janvier 2026, dont 31 pour des soupçons de violences sexuelles. De son côté, la CGT recense entre 200 et 250 agents titulaires, contractuels ou vacataires, suspendus ou virés après un signalement. « Les animateurs vacataires [au nombre de 13 000 sur un effectif global de 25 000, ndlr] sont les plus exposés », constate Alexandre Herzog. « Ces derniers sont tétanisés, ils n'osent plus intervenir en cas de conflit entre deux enfants », ajoute Éric Leclerc.

« L’animation ne peut pas rester dans la précarité »

La crise du périscolaire à Paris, et plus globalement en France, pose en creux la sempiternelle question des moyens pour un métier déconsidéré. Le plan d'action d'Emmanuel Grégoire, adopté en conseil le 14 avril, qui prévoit notamment de débloquer 20 millions d'euros, de simplifier la chaîne de signalement, de renforcer la formation et de réaménager des espaces sensibles comme les toilettes, laisse les syndicats sceptiques. « Un budget de 20 millions, cela fait 800 € par agent ou 32 000 € par école, sachant que la moitié risque de passer dans le réaménagement des toilettes. En matière de formation, ce que nous revendiquons, c'est que la Ville finance des formations longues, sanctionnées par un diplôme d'État », explique Alexandre Herzog.

« L'animation ne peut pas rester dans la précarité. On attend que le métier ressorte plus fort de cette crise. Cela fait des années qu'on demande un meilleur taux d'encadrement, une formation renforcée, la contractualisation des vacataires », poursuit Éric Leclerc. Qui rappelle une promesse non tenue d'Emmanuel Grégoire : la revalorisation des métiers à travers le passage en catégorie A des directeurs (actuellement en catégorie B) et le passage en catégorie B des animateurs (actuellement en catégorie C).  « La seule réponse, pour l'instant, est répressive, et ne cherche pas à bâtir un périscolaire de qualité », déplore le militant au Supap-FSU. L'intersyndicale appelle à une manifestation mardi 19 mai, devant la Direction des affaires scolaires à Paris.