À venir
Votre identifiant correspond à l'email que vous avez renseigné lors de l'abonnement. Vous avez besoin d'aide ? Contactez-nous au 01.49.88.68.50 ou par email en cliquant ici.
HAUT
INÉGALITÉS

Un « chèque alimentaire » pour plus de deux millions de Danois

27 février 2026 | Mise à jour le 27 février 2026
Par | Photo(s) : Ida Marie Odgaard / Ritzau Scanpix / AFP
Un « chèque alimentaire » pour plus de deux millions de Danois

Mette Frederiksen le 26 février 2026.

Face a la flambée des prix, qui a mis au jour l'inégalité en hausse constante au Danemark, le Parlement a adopté jeudi 26 février la loi sur la distribution d'un « chèque alimentaire » aux retraités et aux bénéficiaires d’allocations sociales, d’allocations familiales, et d’aides éducatives. Pour réduire les iniquités de revenus, la Confédération des syndicats danois (Fagbevægelsens Hovedorganisation, FH) prône, en plus, une hausse d'impôts pour le 1% le plus riche du pays.  

La Première ministre social-démocrate Mette Frederiksen l'avait promis lors de son discours du nouvel an. Le « chèque alimentaire » est maintenant chose faite. Ce jeudi 26 février, le Parlement a approuvé en procédure d'urgence le projet de loi L 115 qui en règle le versement. Cette nouvelle loi est issue de l’accord conclu le 27 janvier dernier entre le gouvernement – composé par le Parti social-démocrate (Socialdemokratiet), le Parti libéral (Venstre) et le Parti modéré (Moderaterne) – et les deux partis de l'opposition de gauche, le Parti populaire socialiste (Socialistisk Folkeparti) et la Liste de l'unité (Enhedsliste, l'alliance rouge et verte). 

Versée une seule fois à plus de deux millions de Danois (sur six millions d'habitants), cette aide financière, dont le coût total s'élève à 4,5 milliards de couronnes (plus de 602 millions d'euros), diffère selon les bénéficiaires : 5 000 couronnes (669 euros) pour les familles avec enfants bénéficiaires de l'allocation familiale ; 2 500 couronnes (334 euros) pour les retraités et les bénéficiaires d’aides sociales ; 1 000 couronnes (133 euros) pour les bénéficiaires de l’aide éducative d’État (Statens Uddannelsesstøtte, SU) et d'autres aides scolaires et éducatives, ainsi que pour les apprentis, ajoutés cette semaine, à la suite de l'insistance des syndicats.  

Après le vote du Parlement, la Première ministre a surpris l'audience en annonçant convoquer les législatives pour le 24 mars prochain (la décision de la date est une prérogative du chef du gouvernement au Danemark), soit dans moins d'un mois, alors qu'elle avait jusqu'au 31 octobre. Elle a lancé dans la foulée la campagne électorale de son parti, évoquant une reforme des retraites et un nouvel impôt sur la fortune, qui concernerait moins de 1 % de la population et devrait générer six milliards de couronnes (803 millions d'euros) de recettes, afin de « permettre de réduire les inégalités», a-t-elle assuré. 

L'égalité en baisse constante

Le Danemark est le pays de  l’OCDE où les inégalités ont le plus augmenté ces trois dernières décennies. Selon une analyse du centre de recherche de la Confédération des syndicats danois, le Arbejderbevægelsens Erhvervsråd, ce sont principalement les revenus du patrimoine (intérêts, dividendes et plus-values) qui ont contribué à la croissance des inéquités sociales depuis 2012. L'autre facteur déterminant a été la politique adoptée par les gouvernements successifs, dont une baisse d'impôts sur le revenu qui, depuis 2006, s'élève à 84 milliards de couronnes (11,2 milliards d'euros) par an, baisse dont ont largement profité les plus aisés. Résultat : les Danois les plus riches possèdent aujourd'hui un quart du patrimoine net total. En moyenne, selon Oxfam Danmark, une personne appartenant au 1 % le plus riche de la population détient plus de 500 fois plus de richesses qu’une personne appartenant à la partie la plus pauvre de la population. Face à un tel écart, le « chèque alimentaire » est considéré par beaucoup comme dérisoire.

Les partis de l'opposition de droite ont été les plus critiques, et certains ont même accusé la Première ministre d'agir davantage en prévision des élections législatives que pour réduire les inégalités, d'autant plus que les conditions fixées pour en bénéficier permettent d'inclure une minorité (162000 sur 2 millions selon les calculs du gouvernement) loin d'apparaître dans le besoin. Mais pour Morten Skov Christiansen, le président de la Confédération des syndicats danois, Fagbevægelsens Hovedorganisation, FH, qui avait soutenu dès le début cette initiative, ceux qui critiquent le « chèque alimentaire » ne tiennent pas compte du fait que « cette aide fait une réelle différence pour les personnes qui ont du mal à joindre les deux bouts. » 

La proposition de FH contre les inégalités

Un « chèque alimentaire » est aussi inclus dans la proposition pour contrer les inégalités présentée par FH le 15 janvier dernier. « Afin que le Danemark demeure un pays où les différences sont minimes et la cohésion forte, il est indispensable d’avoir la volonté politique de s’attaquer aux domaines où la richesse s’est le plus concentrée », a déclaré, le 23 février, le vice-président de FH, Flemming H. Grønsund, en relançant le débat sur cette proposition. Celle-ci se compose de deux mesures ciblant les citoyens aux revenus faibles et modestes : un « chèque alimentaire » annuel (jusqu'à 2030), destiné aux personnes à faibles revenus, aux retraités, aux bénéficiaires de prestations sociales et aux familles aux revenus modestes, et une réduction d’impôt pour les travailleurs aux salaires les plus bas.  

FH propose de financer ces deux mesures « en permettant aux plus riches de contribuer davantage », d'une part via un impôt de 0,3 % sur la partie du patrimoine excédant 20 millions de couronnes (plus de 2,6 millions d'euros) ciblant le 1 % le plus riche du pays. Et d'autre part, via l'ajustement de l’impôt sur les plus hauts revenus. Cette reforme fiscale devrait rapporter une recette de 6,7 milliards de couronnes (plus de 896 millions d'euros). La moitié de la population pourrait soutenir ce plan. Selon une enquête menée par Epinion pour FH, 50 % de Danois sont totalement ou partiellement d’accord pour instaurer un impôt sur la fortune ciblant les plus riches. 

Giannina Mura