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ÉLECTIONS TPE

Une élection perturbée par la crise sanitaire

28 décembre 2020 | Mise à jour le 5 janvier 2021
Par | Photo(s) : Robert Daly/Plainpicture
Une élection perturbée par la crise sanitaire

Entre l'isolement des salariés des petites entreprises, le Covid et le nouveau report des élections professionnelles dans les TPE prévues du 22 mars au 4 avril, pas facile de faire campagne…
Cet article est extrait de la dernière édition de la NVO

Pas évident d'être cadre, ingénieur ou technicien salarié dans une petite entreprise de moins de 11 salariés (TPE). Pourtant, malgré la crise sanitaire, beaucoup s'y sentent toujours bien. « Dans le commerce, il faut être agile et partout à la fois. On exige beaucoup de nous-mêmes et des autres, explique ­Élodie, manager dans un commerce à Grenoble.

Mais, ce qui est bien, c'est que chaque décision ne tombe pas d'en haut et est prise d'un commun accord avec ma hiérarchie. » Une proximité avec ses collègues et une autonomie vécue comme un avantage. La flexibilité des horaires ? Ce n'est pas le sujet. Ni les horaires à rallonge, ni les vacances et RTT à poser pendant le second confinement, ou le salaire qui ne sera pas compensé entièrement par le chômage partiel cette fois-ci, contrairement à ce qui s'est passé lors du premier confinement.

« Les salariés des TPE sont en général contents de travailler dans de petites structures à taille humaine, confirme Gaël Tanguy, de la Scop le Contrepied, qui a formé une partie des militants CGT au dispositif dit des “porteurs de paroles”. Ils trouvent que le climat est bien meilleur que dans les grosses boîtes. Ils se sentent aussi plus ­écoutés. »

Se syndiquer reste mal vu

Jusqu'au jour où la petite taille de l'entreprise devient un sérieux handicap. « Dans une petite boîte, on en réfère directement au patron. Si l'on s'y sent mal, sauf à s'enfermer dans les toilettes, on ne peut guère s'isoler pour fuir ses collègues, ni surtout le boss », explique Julie, salariée dans une agence d'architecture. Cela peut aller jusqu'au suicide de l'une de ses consœurs, comme l'a vécu Agnès Marre, retraitée du notariat et candidate aux élections TPE.

« Dans une étude notariale, c'est très mal vu d'être syndiqué et le notaire est souvent un patron de droit divin », explique-t-elle. Une situation exacerbée par la crise sanitaire, qui met en danger des entreprises et fait monter les inquiétudes. Car « beaucoup de salariés subissent pressions et menaces de licenciement et ils n'ont pas de représentants du personnel : ils sont livrés à eux-mêmes », constate Valérie Baggiani, secrétaire fédérale à la fédération CGT des sociétés d'études (offices notariaux, huissiers, greffes et commissaires-priseurs), soit environ 78 000 salariés, dont 62 000 chez les notaires.

Des métiers déjà en butte à des réformes structurelles importantes. Et où, par peur du patron, il est quasi impossible de recruter des candidats en exercice pour les élections dans les TPE, à nouveau reportées du 22 mars au 4 avril, Covid oblige. Un coup dur pour une campagne « plus compliquée à mener depuis le second confinement, explique Alain Lecorre, coordinateur de la campagne TPE en Bretagne, les salariés des TPE – 1 salarié sur 5, en France –, étant par essence déjà difficiles à cibler à grande échelle ».

Comment, en effet, parler des élections à des salariés en télétravail, souvent plus demandeurs d'informations sur leurs droits (heures supplémentaires, congés payés, etc.) que sur le scrutin ? Impossible aussi d'envoyer dans les rues des « porteurs de paroles » pour sensibiliser les passants à l'enjeu des élections, comme lors d'initiatives qui se sont tenues à Fougères ou à Pithiviers. Une opération lancée par la CGT qui souhaite mener une campagne de proximité, et qui devait être renouvelée chaque mois dans différentes villes.

Alors, en attendant des jours meilleurs, les militants adaptent leurs stratégies. À la fédération CGT des sociétés d'études, on a différé à janvier, le lancement sur le site des quiz qui appellent les salariés à tester leurs connaissances sur les enjeux des élections. Quant à Jean François Lemaire, plombier-­chauffagiste dans une petite société de ­Quimper, élu à la commission paritaire régionale de l'artisanat et candidat aux prochaines élections, il continue à battre le pavé, même s'il ne pousse plus la porte des petits commerçants, fermés pour cause de Covid.

« Je parle des élections dans la rue, dans la famille, sur les chantiers ou dans les dépôts où je vais chercher du matériel et je demande aux gens d'en parler autour d'eux », explique-t-il. Un travail de fourmi, l'un des axes forts de la campagne, chacun des 650 000 syndiqués de la CGT étant invité à se mobiliser pour convaincre les salariés des TPE, – 34 % du corps électoral du secteur privé –, de leur entourage d'aller voter. L'enjeu ? Il est loin d'être anodin : les résultats du scrutin comptent dans le calcul de la représentativité syndicale au niveau interprofessionnel national, ainsi que dans plusieurs centaines de branches.

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