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DISCRIMINATION SYNDICALE

Vinci Autoroutes prise en flagrant délit de fichage de salariés

13 février 2020 | Mise à jour le 13 février 2020
Par | Photo(s) : Éric Piermont/AFP
Vinci Autoroutes prise en flagrant délit de fichage de salariés

La société Vinci a constitué un fichier des salariés, un CSE central extraordinaire est convoqué sur cette question et les organisations syndicales préparent des actions en justice.

Le 6 février dernier, Mediapart révélait, grâce à un lanceur d'alerte, l'existence au sein de la société Vinci Autoroutes, dans le secteur des anciennes Autoroutes du sud de la France (ASF), d'un fichier illégal où étaient stockées des informations et commentaires sur le personnel.

Gwenaëlle Labarthe est déléguée centrale CGT ASF, c'est à elle qu'est revenu l'insigne honneur de commenter les révélations sur l'existence de fichier illégal. En face des noms des salariés, des commentaires factuels et d'autres moins, sur leur état d'esprit, leur attitude, leur comportement, leur tendance à la grève, leur engagement syndical… Bref, un fichier vaste constitué sur le personnel de l'entreprise.

Elle raconte : « Notre environnement de travail est stressant, il y a déjà eu des menaces suite à des préavis de grève, des pressions faites à l'oral, faites aussi à un·e salarié·e devant un groupe ». Qu'un tel fichier existe n'est malheureusement pas une surprise pour elle. Cette habitude des petites phrases aux salariés pour leur dire qu’ils n'auront pas ce qu'ils peuvent demander ou espérer comme augmentation individuelle, parce qu'ils ont été gréviste, notamment, voilà la routine ou presque.

Une inquiétude profonde chez tous les salariés

À l'annonce de l'existence de ce fichier illégal, les salariés, même les moins susceptibles d'être fichés, en dehors des « encartés CGTistes grévistes » sont inquiets. Légitime pour Gwénaëlle Labarthe « Les salariés sont inquiets de ce qui a été écrit sur eux, ils veulent savoir ce qu'il y a en face de leur nom, c'est normal. L'entreprise se refuse à le faire. Elle prétend avoir détruit ce document à sa découverte, et au vu de son contenu sichoquant” ».

À la suite des révélations de Mediapart, elle a contacté toutes les organisations syndicales pour soutenir la demande d'un CSE central extraordinaire. Peu d'appui au début et le soir, même la direction des ressources humaines l'a contactée, « mal à l'aise, pourse parler” ».

La direction refuse de commenter et utilise un fusible

Préférant parler d'un document, plutôt que d'un fichier, trop connoté… Il s'agit pourtant d'un tableur aisément partageable et modifiable collaborativement. Aujourd'hui, l'employeur a convoqué la responsable des ressources humaines — en place depuis le 1er juillet 2019 — en conseil de discipline. Pour Gwenaëlle Labarthe, l'entreprise a choisi de lui faire jouer le rôle bien pratique du fusible.

« Le fichier est d'une telle ampleur, aussi ancien, qu'il est nécessairement issu du travail de plusieurs strates de l'encadrement », avec des « remontées de l'encadrement de terrain ». Cette responsable vient de l'extérieur, elle n'est pas de l'entreprise, « les organisations syndicales ne sont pas dupes du rôle qu'on lui fait jouer » précise Gwenaëlle.

Des suites juridiques évidentes

Mercredi 18, un CSE central extraordinaire est convoqué, « la question sera posée des conditions qui ont permis l'élaboration d'un tel fichier ».

La CGT ASF a pris contact avec des avocats, aidée par la Fédération des transports, les syndiqués demandent à ce que des plaintes soient déposées afin d'obtenir, enfin, des réponses. « L'entreprise aurait pu déposer plainte aussi, ne serait-ce que pour se couvrir, rappelle Gwenaëlle, mais l'absence de cette démarche illustre le manque de volonté de l'entreprise pour faire la lumière sur les faits qui se sont déroulés. »