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L’intelligence artificielle, nouvelle pierre de l’édifice ordolibéral ?

1 mars 2019 | Mise à jour le 22 février 2019
Par | Photo(s) : DR
L’intelligence artificielle, nouvelle pierre de l’édifice ordolibéral ?

Faire de la France un centre de l'intelligence artificielle, c'est le souhait du président Macron. Le philosophe Éric Sadin est manifestement moins enthousiaste, non sans raison…

Après nous avoir alertés dans un précédent ouvrage sur une inquiétante « silicolonisation » du monde, le philosophe Éric Sadin revient nous prévenir cette fois-ci des dangers de l'intelligence artificielle, annonciatrice selon lui d'un « antihumanisme radical ».

Car si cette nouvelle technologie va, nous annonce-t-on, bouleverser nos vies, reste à savoir de quels bouleversements il s'agit. Derrière les promesses d'un avenir radieux, c'est en effet un dispositif d'une extrême sophistication qui est mis en place afin de nous « souffler la bonne trajectoire à suivre ». Nous ouvrir les portes d'une Data Driven Society dont l'objectif est « une gouvernance sans faille et une forme achevée et perpétuelle de perfection ».

Une nouvelle « vérité » algorithmique donc, qui s'appliquera de manière « incitative, prescriptive ou coercitive » sur les sociétés, prévient le philosophe. Qui en effet pour remettre en question une intelligence artificielle, établie en fonction de critères utilitaristes et financiers purement capitalistes, ce qu'il ne faut jamais oublier, qui entend avoir raison de tout, sur tout. Mais réduit l'être humain à évoluer dans une société pilotée par des serveurs informatiques. Dévitalisée, déshumanisée.

Et Éric Sadin de rappeler qu'il est « illusoire de compter sur un législateur au service de politiques qui soutiennent cet “ordotechnolibéralisme” » pour faire avancer les choses. « Aujourd'hui les ingénieurs, les programmeurs, les techniciens, les scientifiques, Cédric Villani en premier et tant d'autres, sont inféodés aux intérêts économiques et au monde de l'industrie », déplore le philosophe. « Il est temps que les syndicats ne se préoccupent plus seulement des salaires ou des conditions de travail, mais de ce dispositif qui bafoue la dignité humaine. » Message passé.

L'Intelligence artificielle ou l'enjeu du siècle : anatomie d'un antihumanisme radicalÉric Sadin. Éditions L'échappée, 304 pages. 18 euros.