À venir
Votre identifiant correspond à l'email que vous avez renseigné lors de l'abonnement. Vous avez besoin d'aide ? Contactez-nous au 01.49.88.68.50 ou par email en cliquant ici.
HAUT
Mobilisations

L’Odéon occupé pour la culture, l’emploi, les droits sociaux

8 mars 2021 | Mise à jour le 9 mars 2021
Par | Photo(s) : Bapoushoo
L’Odéon occupé pour la culture, l’emploi, les droits sociaux

Occupation Théâtre Odéon CGT Spectacle, Paris 7 mars 2021

Accès à la culture, travail, droits sociaux, lutte contre la précarité, rejet de la réforme de l'assurance chômage… les travailleuses et travailleurs de la culture avec la CGT Spectacle occupent l'Odéon à Paris depuis le 4 mars. Plus que les déclarations de la ministre, ils réclament des mesures concrètes. La place s'est transformée en agora des luttes. Reportage.

Depuis le 4 mars, les travailleuses et les travailleurs de la culture, de l'évènementiel et du tourisme occupent avec la CGT Spectacle (Fédération Nationale des Syndicats du Spectacle, du Cinéma, de l'Audiovisuel et de l'Action Culturelle CGT) le théâtre de l'Odéon à Paris.

Depuis un an ce jour-là, ils subissent la fermeture des lieux de culture, théâtres, cinémas, salles de concerts, musées, l'annulation des festivals (dont beaucoup sans indemnisations)… et sont « dans l'incapacité de travailler et de vivre de [leurs] métiers ». Et rien n'indique quand ils pourront rouvrir. Ils réclament donc la prolongation de l'année blanche et la réouverture des lieux culturels dans des conditions sanitaires correctes.

Lieux de vie, de création et de sociabilité toujours fermés…

« Face à l'engorgement des hôpitaux, conséquence d'une casse systématique du système public de santé, le choix du gouvernement est clair : il privilégie la production, les lieux de grande consommation tandis qu'il maintient fermés les lieux de vie, de création et de sociabilité », ont-ils souligné ce dimanche 7 mars, depuis les fenêtres du théâtre où ils ont accroché une banderole dénonçant une « culture sacrifiée ».

Ce que confirme au micro ce dimanche 7 mars Christophe Prudhomme, médecin urgentiste, militant CGT et porte-parole de l'Amuf qui souligne l'ampleur des effets de la crise et de sa gestion sur la santé psychique dans la société.

Pour le retrait de la réforme de l'assurance chômage

Pour les artistes, techniciens, permanents, mais aussi « intérimaires, intermittents, avec ou sans-papiers » présents sur les lieux, ce sont à la fois la culture et les droits de celles et ceux qui la font vivre qui sont en jeu.

Le gouvernement « apporte un soutien financier massif aux grandes entreprises alors même qu'il compte faire plus d'un milliard d'euros d'économies sur le dos des chômeur·es dont le nombre ne cesse d'augmenter », rappellent-ils dans un communiqué, alors qu'il persiste à vouloir mettre en place sa réforme de l'assurance chômage qui réduit drastiquement les droits des privés d'emploi, pandémie ou pas.

Ainsi, dès le premier juillet et en dépit du refus unanime des organisations syndicales, les allocations seront revues à la baisse pour nombre de chômeurs, avec l'entrée en vigueur de la modification du calcul du salaire journalier de référence. Le gouvernement reconnaît lui-même que l'indemnisation de plus de 800 000 d'entre eux sera inférieure – en moyenne de plus de 20 % selon l'Unédic – à ce qu'ils auraient touché avec les règles actuelles. Il appelle cela de l'équité vis-à-vis de celles et ceux qui travaillent avec des bas salaires. Alors qu'il a une nouvelle fois refusé tout coup de pouce au Smic et aux premières ou premiers de corvée. À l'automne, la durée de travail requise pour ouvrir des droits devrait aussi passer de quatre à six mois sur les 24 derniers (en plus d'une période de « neutralisation » liée aux confinements).

Dans un tel contexte, les occupantes et occupants de l'Odéon exigent le retrait de la réforme de l'assurance-chômage, mais également « une prolongation de l'année blanche, son élargissement à tous les travailleur.es précaires, extras et saisonniers entre autres, qui subissent les effets, à la fois de la crise et des politiques patronales, ainsi qu'une baisse du seuil d'heures minimum d'accès à l'indemnisation chômage pour les primo-entrant.es ou intermittent.es en rupture de droit ». Avec en outre, comme l'explique Denis Gravouil, secrétaire général de la CGT spectacle, des mesures permettant aux autrices et auteurs comme à celles et ceux en emploi discontinu l'accès aux congés maternité et maladie indemnisés. Une revendication qui sera particulièrement défendue à l'occasion de la grève féministe et des défilés de ce lundi 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes.

Ils réclament également « Un financement du secteur culturel passant par un plan massif de soutien à l'emploi en concertation avec les organisations représentatives des salarié·es de la culture. », et de vrais moyens « pour garantir les droits sociaux – retraite, formation, médecine du travail, congés payés, etc. – dont les caisses sont menacées par l'arrêt des cotisations ».

En jeu aussi, explique Denis Gravouil, la possibilité de commencer à (re) travailler pour toutes celles et ceux qui font de la culture leur métier, notamment par la création nécessaire et urgente de lieux de résidence.

À Roselyne Bachelot : « nous voulons des actes concrets »

La ministre de la Culture s'est rendue samedi soir au théâtre de l'Odéon rencontrer les occupants. Disant son amour de la culture, elle a rappelé que le dispositif de « l'année blanche » pour les intermittents du spectacle, instauré en mai 2020, prolongerait en fait la durée d'indemnisation de l'ensemble des intermittents jusqu'au 31 août 2021.
« Les déclarations d'amour ne suffisent pas, il faut des preuves d'amour », plaide Denis Gravouil, alors que les travailleurs de la culture réclament la prolongation du dispositif jusqu'en août 2022, exigent dans les plus brefs délais une réunion du CNPS (Conseil National des Professions du Spectacle) avec le Premier ministre, et insistent sur le fait que leurs revendications concernent aussi l'ensemble des travailleurs précaires et des chômeurs.

Soutien des centres dramatiques nationaux

Tous les après-midis, la place du théâtre se fait agora des luttes. Ce dimanche, alors que plusieurs centaines de personnes se pressent devant l'Odéon, Robin Renucci, directeur du centre dramatique national des tréteaux de France, président de l'Association des centres dramatiques nationaux, tient à faire part du soutien de l'ACDN aux occupants.
« En décembre 2020, suite au référé-liberté déposé par l'ensemble de nos organisations représentatives, le Conseil d'État a clairement exprimé dans son délibéré que la fermeture de nos établissements ne pouvait s'inscrire dans la durée sans porter une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, dont la liberté de création et d'expression. Depuis ce jugement, nous devons nous contenter pour toute perspective de déclarations sibyllines dans la presse comme celles de notre ministre affirmant qu'elle a “la conviction profonde que nous voyons le bout du tunnel” ou bien nous entendre dire et redire qu'il faut travailler à un modèle résilient », a-t-il avancé au nom du conseil d'administration de l'ACDN.

« Mais ce modèle résilient existe. Il est sur la table de la ministre de la Culture et du Premier ministre depuis le mois de janvier. Cette proposition a fait l'objet de plusieurs concertations entre nos organisations professionnelles et le ministère de la Culture. Elle prend la forme d'un tableau gradué de reprise d'activité, indexé très raisonnablement aux différents stades d'évolution de l'épidémie », commente l'acteur.

Aussi, « Sans réponse depuis maintenant deux mois à ces propositions, nous tenons à saluer aujourd'hui la mobilisation des occupant·e·s du Théâtre de l'Odéon que nous soutenons pleinement sur l'ensemble de leurs revendications. », ajoute -t-il sous les applaudissements.

Réclamant la réouverture progressive des lieux de culture, il alerte aussi « sur les conditions de cette reprise dans un contexte où l'immense majorité de nos collègues artistes et techniciens, n'auront pu exercer aucune activité professionnelle » et estime lui aussi « indécent d'entendre le gouvernement envisager de remettre en route une réforme profondément injuste de l'assurance chômage dans un contexte où les plus fragilisé·e·s de nos concitoyen·ne·s sont déjà les grandes victimes de la crise économique que nous traversons. »

Il réclame  « à l'instar du Syndeac, notre syndicat (…) des axes prioritaires de cette politique de sauvegarde et de relance » et « notamment que soient urgemment mobilisés les crédits dédiés afin de soutenir directement l'emploi dans notre secteur, ainsi que les professionnel·le·s les plus fragiles qui sont aujourd'hui menacé·e·s par une précarité extrême. »

Dès les 10 et 11 mars, a-t-il informé, une assemblée générale est prévue « afin d'étudier collectivement les modalités de notre mobilisation à venir. »

L'Odéon, agora des luttes

L'occupation de l'Odéon se veut aussi une lutte de solidarité avec tous les précaires. C'est vrai des étudiants venus dire ce dimanche leurs difficultés notamment financières, leurs luttes et la solidarité. Ou d'un représentant d'association de personnes en situation de handicap.

Les grévistes de l'hôtel Ibis de Paris Batignolles sont là elles aussi, en lutte depuis deux ans pour des conditions de travail dignes, alors qu'elles sont contraintes à la sous-traitance, celle-ci refusant d'embaucher en dépit d'un travail trop lourd et de journées qui s'étirent. Les salaires ? Entre 700 à 1 000 euros par mois, témoignent les grévistes qui appellent à tenir bon, comme elles le font elles-mêmes, et à tenir jusqu'au bout, grâce à la solidarité.

Son téléphone relié au micro, un militant CGT de la raffinerie Gandpuits en grève depuis plusieurs semaines contre la suppression de 200 emplois chez Total et de 500 chez les sous-traitants, rappelle que 700 familles vont être impactées par les décisions de Total. Soulignant l'importance d'occuper les lieux de travail comme le font les ouvriers à Grandpuits ou les professionnels de la culture à l'Odéon, il se réjouit que la culture fasse partie de la lutte dans son entreprise, où un spectacle de deux heures sur le piquet de grève a rassemblé les familles concernées.

Au micro, les luttes contre la précarité, financière, énergétique… se disent les unes après les autres et la solidarité est plébiscitée.

La CGT a fait part de son soutien et de son engagement aux côtés des militantes et militants, tandis que Philippe Martinez, présent sur la place de théâtre, est venu en témoigner.
En régions, la mobilisation s'organise aussi. Ainsi à Clermont-Ferrand par exemple, où la CGT appelle « les professionnels du spectacle, le public et toutes personnes à soutenir l'occupation de l'Odéon en se retrouvant devant l'Opéra » en prélude au « rassemblement du 8 Mars pour la journée internationale de lutte pour les droits des femmes »
Les occupantes et occupants du théâtre de l'Odéon l'ont annoncé : ils resteront jusqu'à l'obtention des mesures concrètes indispensables qu'ils réclament. Et leur mouvement commence à faire tâche d'huile.

Suivez la NVO sur FacebookTwitterInstagram