À venir
Votre identifiant correspond à l'email que vous avez renseigné lors de l'abonnement. Vous avez besoin d'aide ? Contactez-nous au 01.49.88.68.50 ou par email en cliquant ici.
HAUT

Journalistes menacés de mort : en France aussi

Emmanuel Vire
19 avril 2021 | Mise à jour le 19 avril 2021
Par | Secrétaire général du SNJ-CGT
Birmanie, Afghanistan, Kenya, Grèce… Ces dernières semaines ont amené leur lot d’arrestations massives et d’assassinats de journalistes dans le monde. En France également, s’intéresser à des sujets sensibles peut valoir des intimidations et des menaces de mort. Le SNJ-CGT demande au ministère de l’Intérieur de prendre ses responsabilités.

« Les journalistes birmans paient un lourd tribut face aux militaires qui tentent de bloquer l’information pour cacher leurs crimes. » Dans une motion votée le 13 avril en comité national, le SNJ-CGT dénonce la situation en Birmanie, où « depuis le coup d'Etat du 1er février perpétré par une junte militaire, le peuple birman est victime d'une sanglante répression qui a déjà fait plus de 750 morts, dont cinquante enfants, plus de trois mille arrestations, des centaines de disparus et 20 000 déplacés ».

Les violences, agressions et entraves perpétrées contre la presse se multiplient : « Au moins 40 de nos confrères ont été arrêtés tandis que plusieurs autres ont été blessés par les fusillades et les bastonnades des militaires. La junte envoie ses sbires dans les organes de presse pour intimider les journalistes et ordonne l’arrestation de civils qui osent parler aux médias pour témoigner des exactions quotidiennes ».

Birmanie : les affaires continuent pour Accor, Total et Vivendi

Ce qui n'empêche pas des groupes comme Accor, Total ou Vivendi de continuer à faire des affaires dans ce pays. Pendant que l’actionnaire majoritaire de Vivendi, Vincent Bolloré, fait taire toute critique au sein de Canal+ et censure les sujets qui ne lui conviennent pas, la chaîne est toujours diffusée en Birmanie, dans un bouquet satellite qui comprend la chaîne de la télévision d'Etat Myanmar Radio and Television (MRTV). Une chaîne de sinistre réputation, puisque « c’est sur cette antenne que depuis des semaines, les visages des activistes, élus, citoyens, et même artistes sont placardés avec leur avis d’arrestation ».

Les rapports annuels de la Fédération internationale des journalistes (FIJ) indiquent qu’« en 30 ans, la profession a perdu près de 2 800 journalistes dans le monde, soit deux par semaine » et que ce n’est plus seulement « dans les pays en guerre qu'on [les] assassine », rappelle, le 13 avril, une lettre ouverte signée par la FIJ, la Fédération européenne des journalistes (FEJ), le SNJ-CGT, le SNJ, la CFDT-Journalistes et Reporters en colère.

En quelques semaines, des journalistes assassinés en Afghanistan, au Kenya, en Grèce…

Le 2 mars, en Afghanistan, Mursal Wahidi, Sadia Sadat et Shahnaz Roafi, trois jeunes femmes journalistes pour la télévision Enikass TV, ont été assassinées dans une embuscade. Le 7 avril, au Kenya, la journaliste de la télévision nationale Betty Mutekhele Barasa a été abattue de deux balles dans la tête chez elle, à Nairobi. Les meurtriers sont repartis avec son ordinateur et portable et son téléphone. Le 9 avril, en Grèce, Giorgos Karaivaz, journaliste de télévision spécialisé dans les affaires criminelles, a subi le même sort, devant chez lui.

En France, menaces et intimidations

« Le modus operandi est toujours le même : viser des journalistes pour les faire taire, pour les empêcher de faire leur travail », souligne la lettre ouverte, qui ajoute que « plus aucune démocratie n'est épargnée aujourd'hui ». Exercer son métier de journalistes en France peut aussi valoir des intimidations, des menaces et des agressions.

Morgan Large, journaliste à Radio Kreiz Breizh (Côtes-d’Armor), a retrouvé sa voiture, fin mars, avec deux boulons retirés d’une de ses roues. Depuis des mois, elle reçoit des appels anonymes à son domicile. Deux tentatives d’effraction dans les locaux de la radio ont été constatées en décembre et, en janvier, Morgan Large a retrouvé son chien empoisonné. Cette journaliste, qui enquête sur les pratiques de l’industrie agro-alimentaire bretonne, avait témoigné dans un documentaire diffusé en novembre sur France 5.

Le 8 avril, la journaliste et créatrice de la chaîne Speak-Up Channel, Nadiya Lazzouni, annonçait avoir reçu une lettre contenant des menaces de mort, ainsi que des insultes racistes, sexistes et islamophobes. L’AFP précise que « ce courrier est arrivé une semaine après qu'elle a repartagé sur son compte Twitter un passage d'une émission de LCI datant de 2019 au cours de laquelle elle s'opposait à l'interdiction du port du voile aux mères accompagnatrices lors des sorties scolaires, selon la plainte [déposée par la journaliste] ».

Le ministère de l’Intérieur doit assurer la protection des journalistes menacés

Notre lettre ouverte du 13 avril met clairement le ministère de l’Intérieur face à ses responsabilités, exigeant de Gérald Darmanin qu’il assure la protection policière demandée par Morgan Large et Nadiya Lazzouni. Nous réclamons également que la France réponde aux alertes déposées, dans ces deux affaires, par la FIJ et la FEJ auprès de la plateforme du Conseil de l’Europe pour renforcer la protection du journalisme et la sécurité des journalistes.

Comme le rappelle la conclusion de notre courrier : « Il en va de la liberté d'expression. Il en va de la démocratie ».

Suivez la NVO sur FacebookTwitterInstagram