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Télétravail

Cadres, ingénieurs, techniciens : le télétravail toujours plébiscité, mais à condition de l’encadrer

8 septembre 2021 | Mise à jour le 9 septembre 2021
Par | Photo(s) : Infographies Ugict-CGT
Cadres, ingénieurs, techniciens : le télétravail toujours plébiscité, mais à condition de l’encadrer

Un an après « Le travail confiné », publiée en avril 2020, l'Ugict-CGT a réalisé une nouvelle grande enquête intitulée « Télétravail, un an après ». Réalisée avec le concours des statisticiens de la Dares et de la Dress, cette deuxième étude apporte de nouveaux éclairages sur le télétravail, ses avantages, ses inconvénients et ses limites.

Témoignage. « Je travaille sur ma table de salle à manger, faute de place et de mobilier. Le manque d'un siège se fait sentir dans mon dos ! Je pensais que je serais trop facilement attirée par d'autres activités en télétravail, mais j'ai découvert qu'au contraire j'étais plus concentrée. En tant que salariée, les conditions sont favorables. En tant que manager, j'éprouve des difficultés à maintenir l'esprit d'équipe. Je ne me sens pas assez formée aux outils numériques collaboratifs. »

Stéphanie, manager d'une équipe de 25 personnes agents de terrain et sédentaires pour la production opérationnelle d'informations

Cette deuxième enquête sur le télétravail de l'Ugict-CGT confirme une tendance de fond observée en 2020 : le télétravail en mode dégradé du premier confinement tend à s'imposer en norme pour le seul bénéfice des employeurs, au détriment des salariés. Pour l'Ugict-CGT, il y a donc urgence à encadrer le télétravail afin d'en faire un vecteur de progrès pour les salariés.

Principal marqueur de cette enquête, 98 % des 15 000 sondés continuent de plébisciter le télétravail, et ce, malgré des conditions toujours aussi dégradées que durant le premier confinement, voire plus encore. Plusieurs facteurs objectifs expliquent la persistance de cet engouement pour le télétravail : les gains d'efficacité et d'autonomie dans l'organisation du temps de travail, les économies voire la disparition des temps de transport, la possibilité de redéfinir ses priorités dans le travail et dans son articulation avec la vie privée… Bref, le télétravail imposé à l'improviste par la crise sanitaire aura permis aux salariés de goûter à cette fameuse flexibilité dans le travail qui était jusque-là l'apanage des seuls employeurs.

Pour autant, si 83 % des sondés déclarent bien vivre le télétravail et que 98 % disent vouloir continuer à pouvoir télétravailler, seuls 14 % souhaitent le faire à temps plein. En cause, notamment, la très forte augmentation du temps, de la charge et de l'intensité du travail. Mais aussi la perte de son sens et de sa finalité, ses impacts non négligeables sur la santé psychique et physique et surtout, l'isolement (2/3 des répondants).

Cumul télétravail et garde d'enfants : la double peine pour les femmes

Une année très difficile même si j'étais dans de bonnes conditions matérielles et familiales. » Réponse anonyme reçue via l'enquête nationale

À quoi s'ajoutent, pour les salariés-parents, des contraintes spécifiques supplémentaires comme de devoir s'occuper des enfants pendant les heures de télétravail et la difficulté à séparer les deux univers, professionnel et familial. L'étude montre ainsi que 8 parents sur 10 ayant fait cette expérience l'ont vécue comme pénalisante, et tout particulièrement les femmes : 1/4 d'entre elles signale que ce cumul télétravail/garde d'enfant était fréquent (versus 20 % des hommes) ; 61 % déplorent d'avoir dû assumer cette charge seules, contre 31 % des hommes.

Une double peine pour les femmes qui, pour 33 % d'entre elles, n'avaient pas la possibilité d'adapter leurs horaires de travail contre 21 % des hommes. Par ailleurs, 64 % des répondants, femmes et hommes, déclarent avoir rencontré des tensions avec leurs enfants et pour 50 % d'entre eux, avec leur conjoint-e. Sans compter que seuls 9 % ont eu accès à l'activité partielle pour garde d'enfant, tandis qu'un tiers des sondés y ayant eu droit déclare avoir continué de travailler durant cette période. Cela confirme la persistance de la fraude massive à l'activité partielle pratiquée par les employeurs déjà relevée en 2020.

Santé au travail : la bombe à retardement

L'enfer ! Crises d'angoisse suivies d'une dépression. » Réponse anonyme reçue via l'enquête nationale

Qu'il s'agisse de la santé psychique ou de la santé physique, tous les voyants sont au rouge : sédentarité, explosion des troubles musculo-squelettiques (TMS), forte augmentation des migraines et gênes oculaires… Autant de troubles qui, d'après l'enquête, résultent pour grande partie du non-respect ou de la non-application du droit à la déconnexion et de la diminution des pauses et de leur durée, de la disparition des « temps morts » et de socialisation au bureau. Le tout aggravé par l'accroissement significatif des exigences de productivité et des pressions du management, ainsi que l'ont signalé 2/3 des interrogés.

Cette tendance à travailler plus, au-delà des horaires règlementaires et y compris durant les congés a d'ailleurs entraîné une explosion du travail au noir (heures supplémentaires non rémunérées). Avec des conséquences lourdes pour la santé psychique. L'enquête relève ainsi que 45 % des interrogés se déclarent en alerte dépressive, 19 % présentant des symptômes effectifs de dépression. Les encadrants – le management – n'échappent pas à cette spirale vicieuse de pression-dépression induite par le télétravail. Cette catégorie de cadres juge d'ailleurs très négativement l'impact du télétravail sur leur capacité à encadrer leurs équipes, 1/3 d'entre eux estimant avoir perdu des marges de manœuvre et le soutien de leur hiérarchie tandis que 57 % déplorent la disparition des temps informels avec leurs collègues.

Encadrer le télétravail, une exigence européenne

Au vu des données, révélations et signaux d'alerte dégagés de cette deuxième enquête, l'Ugict-CGT estime qu'il y a urgence à exiger et obtenir que le télétravail soit encadré par le Code du travail et que des formations au télétravail soient dispensées. Pour prévenir les risques santé, certes, mais aussi et surtout pour éviter que le télétravail ne se transforme en sous-statut, comme le laissent présager les nombreuses tentatives du patronat d'assimiler le télétravail à un privilège, de sorte à pouvoir s'exonérer des règlementations fondamentales en ubérisant le salariat de l'intérieur. Or, cette exigence de l'Ugict-CGT, loin du cas isolé ou spécifique à la France, est aussi portée par la CES (Confédération européenne des syndicats) et par Eurocadres (association regroupant les syndicats de cadres, dont l'Ugict-CGT) qui revendiquent l'ouverture urgente d'une négociation européenne sur le télétravail.

Télétravailleurs déconfinés, mais désenchantés

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