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Europe

Législatives en Allemagne : le triomphe extrême des droites

27 février 2025 | Mise à jour le 27 février 2025
Par | Photo(s) : Tobias Schwarz / AFP
Législatives en Allemagne : le triomphe extrême des droites

Alice Weidel (au centre), représentante de l'AfD, lors des résultats des élections légilatives anticipées du 25 février, qui ont vu le parti d'extrême droite arriver en deuxième position derrière les conservateurs de la CDU/CSU.

Les conservateurs de la CDU/CSU ont remporté dimanche 23 février les élections législatives en Allemagne, devant le parti d'extrême droite AfD qui réalise, avec 20,8 % des voix, un score historique. Le chef de la CDU, Friedrich Merz, pourrait cependant former une coalition avec les socio-démocrates d'ici Pâques.

« C'est une catastrophe ! », s'exclame Michael Lemm, secrétaire de la Confédération des syndicats allemands (DGB) dans le sud de la Thuringe, à l'est du pays. « Je ne comprends pas comment autant de personnes peuvent aller voter contre leurs propres intérêts. L'AfD défend une ligne néolibérale et veut mettre à mal l'État social. Il entend réduire les allocations chômage, s'oppose à l'augmentation du salaire minimum, au renforcement de la taxation des plus riches, aux investissements dans la construction de crèches… » Dimanche dernier, lors des élections législatives anticipées en Allemagne, le parti d'extrême droite AfD (Alternative pour l'Allemagne) est arrivé en deuxième position, avec 20,8 % des suffrages, doublant son score par rapport aux précédentes élections du Bundestag (le Parlement allemand) en 2021. Dans les territoires de l'ex-Allemagne de l'Est, les résultats de l'AfD sont particulièrement élevés : le parti a raflé 38,6 % des voix dans le Land de Thuringe, 37,3 % en Saxe et est arrivé en tête dans 45 des 48 circonscriptions de l'ancienne République démocratique allemande (RDA).

Les difficiles conditions d’une coalition

La partition de la géographie électorale est frappante, puisque l'ouest du pays a largement plébiscité les conservateurs de la CDU/CSU. A l'échelle de tout le pays, ce sont bien eux qui l'emportent avec 28,5 % des voix. Leur chef de file, Friedrich Merz, va très certainement devenir le prochain chancelier, une fois les négociations terminées pour former un nouveau gouvernement – il s'est fixé jusqu'à Pâques. Le « cordon sanitaire » en vigueur rend invraisemblable toute collaboration avec l'AfD. Le plus probable est qu'une « grande coalition » voit le jour, alliance entre les conservateurs et sociaux-démocrates du SPD, arrivés troisièmes, avec 16,4 % des voix, son score le plus bas depuis la Seconde Guerre mondiale. Mais les négociations s'annoncent ardues, tant les divergences sont nombreuses entre les deux partis. La CDU/CSU veut réformer le Bürgergeld (allocation citoyenne, équivalent du RSA français) qui ferait, selon ses plans, office de revenu universel, tandis que le SPD veut le conserver. Les sociaux-démocrates veulent réintroduire un impôt sur la fortune et encourager les investissements des entreprises à travers des réductions d'impôts. De leur côté, les conservateurs misent tout sur des baisses d'impôts générales, notamment en exonérant les heures supplémentaires pour pallier le manque de main-d'œuvre dans le pays. Autre sujet de discorde, l'immigration : « Nous voulons un arrêt immédiat des admissions », annonce les conservateurs, tandis que les sociaux-démocrates insistent sur les besoins du pays en matière d'immigration – notamment en main d'œuvre qualifiée – pour maintenir sa prospérité.

S'agissant des autres partis, les Verts sont arrivés en quatrième place avec 11,6 % des voix, suivis du parti de gauche radicale Die Linke qui, avec 8,8 %, a fait mentir tous les sondages, qui le situaient plus bas. Les libéraux du FDP – à l'origine de l'explosion de la coalition précédente – et le parti de gauche populiste BSW n'ont pas dépassé pas le seuil des 5 %, qui leur aurait permis d'entrer au Bundestag.

Une économie à redresser

Le futur gouvernement aura un objectif : améliorer la situation économique. « Nous sommes en récession depuis trois ans et nous devons en sortir », assurait ainsi Friedrich Merz, à l'annonce des résultats. Depuis plusieurs années, l'économie allemande est à la peine, et ce, pour deux raisons : son modèle économique, fondé sur les exportations, est remis en cause par la montée en gamme des productions chinoises ; et, dans le cadre des sanctions imposées à la Russie depuis le déclenchement du conflit en Ukraine, elle n'a plus accès au gaz russe, particulièrement abondant et  bon marché.

Face à cette situation, les syndicalistes et les économistes identifient une priorité : réformer le frein à la dette (loi constitutionnelle qui limite l’endettement structurel de l’État fédéral à 0,35 % du produit intérieur brut), de manière à rendre possibles les investissements publics nécessaires à la rénovation des voies ferrées, des routes ou encore des ponts. De ce point de vue, la sortie des libéraux du Bundestag est perçue comme une bonne nouvelle : « Cela va nous offrir la possibilité d'avoir un débat moins empreint d'idéologie sur la réforme du frein à l'endettement », se réjouit Sebastian Dullien, économiste en chef à la fondation Böckler, liée au DGB.

L’autre priorité : lutter contre la précarité

« Il faut que la future coalition investisse massivement dans la transformation de l'industrie pour l'adapter aux enjeux climatiques », complète Sami Mokdad, secrétaire général d'IG Metall dans le Bade-Wurtemberg. Et insiste sur la nécessité de protéger l'État social : « En tant que syndicalistes et démocrates, nous devons lutter contre la précarité à laquelle sont confrontés les travailleurs, en réévaluant le salaire minimum et en instaurant une garantie d'emploi. C'est en y parvenant qu'on pourra mettre à mal l'AfD. »

Un constat partagé par Sebastian Dullien, qui met en avant un autre poste de dépenses qu'il ne va pas falloir négliger, tout en se gardant de rogner sur les aides sociales : la défense. Après le discours du vice-président des États-Unis, J. D. Vance, à Munich, marqué par une opposition aux démocraties européennes, l'Allemagne va devoir « assumer un rôle beaucoup plus important qu’auparavant dans la défense européenne », explique l'économiste. Qui prévient : « Financer la défense et les autres investissements nécessaires au pays en réduisant les prestations sociales renforcerait encore davantage l'extrême droite. »