« Le juste prix, c'est celui qui paie le travail »
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Alors que les arnaques à la consommation se multiplient, l'Institut National de la Consommation et son magazine historique sont menacés de disparition. Paris. 2026
La menace qui plane sur le sort de l'INC et de son précieux magazine, 60 millions de consommateurs, n'est pas récente. On peut même en situer l'origine vers 2018-2019, lorsque les investissements dans le service commercial du mensuel se sont subitement taris. Les conséquences économiques et financières étaient non seulement prévisibles, mais inévitables : une chute significative des ventes de la publication qui n'a plus eu les moyens de mener des campagnes d'abonnement et, concomitamment, une baisse des recettes de l'INC dont les deux tiers provenaient des ventes du magazine. En 2024, l'INC affiche ainsi un déficit de 719 000 euros pour un chiffre d'affaires de 11,6 millions d'euros.
C'est au prétexte de cette situation financière jugée « très dégradée » que, dans le cadre du projet de loi de finances 2026, le Sénat a pris cette décision délétère. En effet, le magazine, service d'utilité publique à large spectre, informe et éclaire les citoyens dans le labyrinthe des arnaques consuméristes en tous genres. Il lance des alertes sur les fraudes détectées et met à la disposition du plus grand nombre le décryptage de questions complexes et protège le citoyen face aux pratiques commerciales trompeuses, aux scandales sanitaires et aux atteintes aux droits des consommateurs.
Et c'est dans un contexte de multiplication et d'intensification des arnaques et de la désinformation du public que le Sénat vient pourtant de voter la dissolution de l'INC. Cherchez l'erreur ! « Nous liquider pour 719 000 euros de déficit après nous avoir privés pendant des années des moyens de nous développer, c'est, comment dire, un peu étrange », s'insurge Lionel Maugain, élu au CSE et délégué syndical du SNME-CFDT à l’INC. « Il va être difficile de dire que l'INC et son journal auront ruiné la France », ironise-t-il.
Parmi les associations de consommateurs de tous secteurs, comme l’UFC-Que Choisir ou l’Unaf (Union nationale des associations familiales) ou encore, la CNL (Confédération nationale du logement), aucune n'est dupe des visées purement politiques dans la tentative de destruction d'un contre-pouvoir indispensable aux citoyens. Ces associations, qui travaillent avec l'INC, chacune dans leur domaine d'expertise, s'opposent farouchement au projet de liquidation de l'INC et appellent les parlementaires à ouvrir une véritable concertation pour garantir la pérennité de « 60 Millions de consommateurs ».
Idem dans le camp syndical : « Renoncer à cette protection est un projet dangereux et rétrograde », prévient ainsi la CGT de Malakoff qui, dans son communiqué de soutien aux salariés de l'INC, dénonce une idéologie de casse des agences de défense des droits des citoyens et de l'environnement. Tenant pour « nécessité absolue » le maintien d'une politique de protection des consommateurs, la CGT Malakoff (où siège l'INC, Hauts de Seine) a lancé un appel aux parlementaires, aux syndicats et aux associations afin de s'opposer par tous les moyens à la privatisation de l'INC et de son journal.
Dans un communiqué public du 18 décembre, la ville de Malakoff dénonce à son tour « une tentative du Sénat de prendre prétexte des difficultés financières de l'INC pour se débarrasser d'un organisme de presse libre et indépendant afin d'en confier la gestion au privé » et appelle le Parlement à revenir sur la décision du Sénat afin de garantir la pérennité du journal.
Avec son association Un bout des médias, l'économiste Julia Cagé accompagne 60 Millions de consommateurs depuis deux ans. L'enjeu de la disparition de ce média indépendant, ou de sa reprise par un acteur privé, porterait selon elle atteinte à l'information des consommateurs et au pluralisme dans un paysage médiatique français de plus en plus concentré.
Dans son entretien du 22 décembre accordée au journal en ligne Reporterre, Julia Cagé considère cet arbitrage budgétaire comme une pure aberration. « Il y a une énorme pression des annonceurs et des politiques sur ces sujets du quotidien relatifs à notre santé, à notre alimentation, à ce que nous mettons sur notre peau… On ne peut pas avoir qu'un seul son de cloche sur ces sujets », prévient-elle.
Forts de ces soutiens, les 60 salariés de l'INC (ingénieurs, économistes, conseillers en éducation, juristes…), dont une vingtaine de journalistes, multiplient les mobilisations. « Depuis deux ans, on a écrit des lettres ouvertes à notre ministère de tutelle (ministère de l’Economie, ndlr), la répression des fraudes, des tribunes largement relayées par divers médias, lancé une pétition très soutenue par nos lecteurs et des alertes majeures comme celle, récente, des poupées pédopornographiques vendues sur le site chinois Shein que 60 millions de consommateurs a révélée au grand public », énumère Lionel Maugain.
Les arguments qui plaident pour le maintien et le développement du magazine sont pléthore. Néanmoins, la volonté politique ne semble pas s'inscrire dans le sens de l'intérêt public. « Et tout cela pour une bagatelle de 3,5 millions d'euros par an que Bercy refuse de nous accorder » précise Lionel Maugain. Il suffirait en effet que le gouvernement consente à définir un contrat d'objectifs et de moyens (COM) subventionné à cette hauteur pour maintenir à flot l'INC et son indispensable publication. Telle est d'ailleurs la principale revendication portée par les salariés de l'INC. A défaut, un plan B est déjà à l'étude. « Soit l'Etat assume de nous accorder une COM, soit on s'autonomise. Mais en aucun cas l'option de nous céder à un acteur privé ne sera acceptée, ni viable, car, dans ce cadre-là, nous ne pourrons plus remplir nos missions historiques d'intérêt public », explique Lionel Maugain. Et de prévenir : « La stratégie consistant à nous faire traîner notre misère au travail, ça ne va plus être possible Nous avons encore un énorme capital de crédibilité et d'utilité auprès de nos lecteurs.»
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