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INDUSTRIE

Teisseire: la justice donne raison aux salariés

9 janvier 2026 | Mise à jour le 9 janvier 2026
Par | Photo(s) : Alex MARTIN / AFP
Teisseire: la justice donne raison aux salariés

Des salariés de Teissiere en grève depuis l'annonce de l'arrêt de la production de sirops sur le site historique de Crolles, en Isère.

Le tribunal judiciaire de Grenoble, saisi par le CSE et la CGT de Teisseire, a jugé illégal le recours à la sous-traitance pour la fabrication de sirops, alors que les salariés sont en grève depuis l’annonce de l’arrêt de la production sur le site historique de Crolles, en Isère. Un rappel à l’ordre salutaire qui devrait permettre aux salariés de peser dans les négociations.

Du temps et un moyen de pression supplémentaire. Voilà pour résumer les gains obtenus par les salariés de Teisseire à travers la décision rendue par le tribunal judiciaire de Grenoble le 23 décembre 2025. Saisi par le CSE et la CGT de Teisseire, propriété du groupe Calsberg depuis 2025, le tribunal a jugé illégal le plan de continuité d'activité (PCA) et a ordonné sa suspension sous peine d'une amende de 10 000 euros par jour.

Depuis l'annonce de l'arrêt de la fabrication de sirops sur le site historique de Crolles programmée pour avril 2026, les salariés sont en grève depuis le 9 octobre 2025, les machines sont à l'arrêt. Sous prétexte d'assurer ses engagements envers ses clients, la direction avait décidé d'activer son PCA, consistant à sous-traiter temporairement la production à la société Slaur-Sardet, au Havre.

Délit d'entrave

Considérant que « ce plan est de nature à entraîner des conséquences importantes sur l'organisation du travail au sein de l'entreprise », selon l'ordonnance de justice, il aurait dû faire l'objet d'une information-consultation du CSE, ce qui n'a pas été le cas. Raison pour laquelle la justice considère que le PCA est constitutif d'un délit d'entrave et d'un « trouble illicite ». « Nous avons par ailleurs plaidé le fait que ce PCA bafouait le droit de grève puisqu'il en anéantissait les effets », complète Flavien Jorquera, avocat du CSE et de la CGT Teisseire. Dans un communiqué, la Fnaf CGT s'est félicitée d'« une bataille gagnée ». « Cette décision nous permet de rebondir », complète Damien Ferrier, de la Fnaf CGT Rhône-Alpes. Pour Fathi Ghiloufi, délégué syndical CGT et élu CSE, « cette décision change les choses dans le sens où on récupère notre levier de négociation par la production ». Un rappel à l'ordre salutaire qui, s'il ne remet pas en cause les ambitions funestes de Teisseire, permet au moins aux élus des salariés d'infléchir le rapport de force au moment de négocier un Pan de Sauvegarde de l'Emploi (PSE). Pour rappel, le projet de réorganisation de Teisseire, qui consiste à sous-traiter définitivement la production en France à la société havraise Slaur-Sardet, se traduirait par la suppression de 205 postes, dont la totalité de la production sur le site de Crolles. La CGT et le CSE contestent la légitimité de ce PSE.

Une lutte acharnée depuis octobre

Dans le cadre d'une procédure d'information-consultation pour projet important qui a débuté le 5 janvier 2026 suite à l'ordonnance de justice, le CSE a fait appel aux cabinets Elabore conseil et PNL pour travailler pendant les deux mois suivants sur des solutions alternatives à la fermeture du site. Pour Jean-Vincent Koster, directeur du cabinet Elabore conseil, « le site de Crolles est viable économiquementLe secteur des sirops, des boissons sans alcool est en croissance et la marque est bien identifiée ».  Pour cet expert, comme pour les élus CGT, le groupe Calsberg a créé un déficit artificiel pour accélérer la fermeture du site, en faisant remonter les bénéfices de Teisseire à la holding du groupe, à hauteur de 144 millions. Un montage capitalistique somme toute classique, qui assèche des usines par ailleurs rentables.

Le bras de fer se prolonge entre la direction et les salariés, dont une centaine continue la grève. Pour Damien Ferrier, « l’objectif premier, c’est d’éviter la fermeture et de proposer une solution pour produire les sirops Teisseire à Crolles. » « Ça fait trois mois que les gens passent l’hiver dehors […] psychologiquement le moral est au plus bas » souffle Fathi Ghiloufi. Les représentants des salariés et leurs experts ont été reçus au ministère de l'industrie mercredi 7 janvier 2026 afin de trouver une issue favorable et d'assurer un avenir au site. Même si la rencontre s'est avérée « décevante » d'après Jean-Vincent Koster, les salariés et leurs élus n'ont pas l'intention de lâcher.