16 janvier 2026 | Mise à jour le 16 janvier 2026
Face à l’internationale réactionnaire et au durcissement constant des lois sur l’immigration qui entravent les conditions de vie des salariés étrangers, avec ou sans titres de séjour, la CGT réfléchit aux moyens d’action. Avec comme objectif de défendre l’unité de salariat, à rebours des discours visant à monter les uns contre les autres.
Mamadou, Samia, Dulce, Cheik, Boubacar, Christiane, Lassana vivent et travaillent en France depuis des années. Professeur d'espagnol, médecin, gouvernant d'hôtel, manager en restauration rapide, ancien employé de nettoyage, ces hommes et ces femmes venus d'ailleurs ont en commun un long chemin vers la régularisation. La majorité ayant participé à d'importants mouvements de grèves de travailleurs sans-papiers en 2008, en 2021 ou plus récemment en 2023. « Les travailleurs sans-papiers ne sont pas sans-papiers, ils ont une carte d'identité. Mais ils sont sans droits, contraints de dire oui à tout pour ne pas perdre leur emploi », témoigne Mamadou Kébé, régularisé en 2010 après s'être battu aux côtés d'autres grévistes. Naturalisé en 2014, il continue de militer à l'Union Locale CGT de Bobigny.
Une question instrumentalisée par une partie de la classe politique
Jeudi 15 janvier 2026, la CGT organisait une conférence sur les luttes et droits des travailleurs migrants, alors qu'une internationale réactionnaire gagne du terrain dans le monde et où en France, une succession de lois ont durci les conditions de vie des salariés d'origine immigrée. « La question migratoire est instrumentalisée par une partie de la classe politique ; les droits des personnes migrantes sont bafoués. Pour la CGT, l'enjeu, c'est celui de l'unification de la classe des travailleurs et des travailleuses pour l'égalité des droits, la défense de nos garanties collectives, le progrès social et la solidarité », déclare en préambule Gérard Ré, membre du bureau confédéral en charge de ces questions. En ligne de mire des quelque 200 personnes présentes, les circulaires Retailleau, dont l'une publiée en janvier 2025 durcit encore les conditions de régularisation, en imposant notamment sept ans de présence sur le territoire, la certification d'une maîtrise de français, l'absence d'Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF). Cette circulaire abroge celle de 2012, dite Valls qui permettait selon la CGT à environ 35 000 personnes par an d'être régularisés par le travail. Selon les propres chiffres du ministère de l'Intérieur, le volume de régularisations est en chute de 42% sur les neuf premiers mois de l'année 2025, avec 11 012 titres délivrés contre 19 001 sur la même période de 2024.
Une impérieuse lutte pour la défense des droits des travailleurs étrangers
La numérisation des démarches administratives, la difficulté d'accès aux guichets des préfectures ont aussi engendré des délais d'instruction à rallonge, pouvant aller jusqu'à plusieurs années. « Plusieurs milliers de dossiers de renouvellement de titres de séjour sont bloqués en préfecture, avec des conséquences dramatiques, les personnes concernées perdent parfois leur travail faute d'avoir pu renouveler leurs papiers dans les temps », constate Gérard Ré. Le durcissement constant des lois sur l'immigration engendre une insécurité de tous les travailleurs étrangers, avec ou sans titres de séjour, temporaires ou pluriannuels, selon la CGT. C'est ce constat qui oblige le syndicat à redimensionner son activité « pour passer de la lutte des travailleurs sans-papiers à la lutte pour la défense des droits et des travailleurs étrangers », explique Gérard Ré. « L'enjeu n'est plus seulement les centaines de milliers de travailleuses et travailleurs sans-papiers arrivés depuis quelques années sur le territoire. L'enjeu, ce sont les 4 millions de travailleurs étrangers, dont certains sont là depuis 5, 10, 20 ou 30 ans et qui sont aujourd'hui fragilisés, faute de pouvoir renouveler leurs titres de séjour », enchérit Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. Entre autres, la CGT veut se battre pour rétablir des procédures plus ouvertes de régularisation par le travail. Tout au long de la journée, des témoignages ont rappelé la force de la CGT dans ces combats : « dès que je mentionne la CGT à la préfecture, les employés au guichet deviennent plus cordiaux, plus souriants », s'amuse Dulce Gomez, professeur d'espagnol d'origine mexicaine, régularisée grâce au soutien de la CGT. « La CGT m'a appris à revendiquer, elle m'a fait comprendre que j'avais des droits à revendiquer. Elle m'a donné une voix, une dignité », témoigne Christiane Ngassam Pamen. Diplômée en design d'intérieur en Belgique, la jeune femme, employée de maison par nécessité, a obtenu un titre de séjour en 2025.
Sarah Delattre et Emil Dromery