À venir
Votre identifiant correspond à l'email que vous avez renseigné lors de l'abonnement. Vous avez besoin d'aide ? Contactez-nous au 01.49.88.68.50 ou par email en cliquant ici.
HAUT
École

Éducation à la vie affective et à la sexualité : les syndicalistes s'arment face aux réacs

23 janvier 2026 | Mise à jour le 23 janvier 2026
Par | Photo(s) : OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP
Éducation à la vie affective et à la sexualité : les syndicalistes s'arment face aux réacs

Des lycéens dans un établissement lyonnais.

Les nouveaux programmes d'EVARS soufflent leur première bougie le 31 janvier 2026. Réponse indispensable aux problématiques féministes qui ont émergé dans les années #Metoo, ils sont la cible de diverses associations réactionnaires. Les syndicalistes ont un rôle de vigie dans le bouleversement qu'ils opèrent dans l'éducation nationale. 

Il y a un an, le Conseil supérieur de l'éducation adoptait à l'unanimité le nouveau programme d'éducation à la vie affective et relationnelle, dans le premier degré, ajoutant, pour le second degré, la notion d'éducation à la sexualité (EVAR/EVARS). Pour les syndicalistes investis dans ce conseil, c'est une véritable avancée : le programme est enfin adopté, deux ans après qu'il a été promis. Ceux qui le qualifiaient de « véhicule de la théorie du genre », comme Bruno Retailleau, à l’époque ministre de l'Intérieur, ou le ministre délégué d'alors chargé de la Réussite scolaire et de l’Enseignement professionnel, Alexandre Portier, n'ont pas réussi à l'empêcher. « Enfin, le programme exige qu'en plus des trois séances annuelles obligatoires d'éducation à la sexualité votées dès 2001, toutes les matières fassent une place à cette question. Et la CGT a obtenu plusieurs avancées, comme une sensibilisation en seconde et première professionnelles aux violences sexistes et sexuelles au travail avant de partir en stage », précise Aude Marin-Lameslée, secrétaire départementale de la CGT Educ'action 78. 

Une forte demande

Au cœur de cette bataille politique entre une forte dynamique féministe et la résistances de courants réactionnaires, l'Éducation nationale semble faire preuve d'une certaine frilosité : « Le texte a été publié au bulletin officiel le 5 février. Mais le 30 juin, au moment de préparer l'année suivante, aucun support n'était proposé par l'Education nationale. Les collègues se posaient 12 milliards de questions », poursuit la syndicaliste. Face à cette inertie, les syndicats, en pointe sur les questions d'égalité homme-femme et fille-garçon, finissent parfois, en matière de formation, par se substituer à l'institution. Fanny Gallot, historienne et formatrice à l'INSPE de Créteil sur les questions d'égalité fille-garçon, s'est ainsi retrouvée sollicitée par de très nombreux syndicats pour délivrer ses formations, et notamment pour le stage organisé le 20 novembre dernier par Visa 78, un collectif intersyndical (FSU, CGT éducation, Sud Education, CFDT EFRP et SE-UNSA) à laquelle ont assisté une centaine de professeurs. « La demande des collègues est énorme, et encore plus avec les nouveaux programmes. Or il n'y en a pas assez : quelques formations en circonscription pour le premier degré, et celles destinées au second degré sont prises d'assaut », constate-t-elle.  

« Les enseignants ont besoin d'avoir confiance en eux, de disposer de ressources, de supports pédagogiques pour transmettre et faire vivre ce programme. Parler de parties du corps, des secrets qui sont bons ou non à garder, c'est loin d'être évident », estime la formatrice. Aussi propose-t-elle aux enseignants des références : « Cela peut passer par des ouvrages de littérature jeunesse, Dinette dans le tractopelle, ou, sur la transidentité, Je suis Camille. De très nombreuses ressources sont disponibles sur des sites comme matilda.education, ou sur le site du centre Hubertine Auclert », détaille celle qui est elle même co-autrice du manuel J'enseigne l'égalité fille-garçon, une boîte à outil à destination des professeurs (DUNOD). 

Chevaux de Troie

Les enseignants ont non seulement besoin d'être formés sur l'enseignement de ce nouveau programme en lui-même, mais aussi d'être outillés pour faire face aux différentes offensives qu'il suscite. 

On doit en partie l'adoption du nouveau programme d'EVARS à la campagne #Casd'école, menée en 2023 par le Sidaction, SOS Homophobie et le Planning familial. Un sondage IFOP montrait alors que seulement 15% des personnes entre 15 à 24 ans interrogées avaient bénéficié de plus de six séances d'éducation à la sexualité tout au long de leur scolarité, alors que le Code de l’éducation prévoit depuis 2001 que l'ensemble des élèves doit bénéficier d'une éducation à la sexualité, tout au long de leur scolarité, à raison d'au moins trois séances annuelles. Ce qui aurait dû être pour ces associations une victoire, se transforme en péril. 

L'effectivité de ces heures ouvre un énorme marché, sur lequel se positionnent différents acteurs. « Parmi eux, des entreprises privées, telles que Sylex ou Intim'ed. Mais les associations aux visées idéologiques réactionnaires se sont aussi saisies de l’opportunité, telles que Teen Star, Com je t'aime, Cycloshow, ou Kerlatio en Bretagne », détaille Rozenn Le Carboulec, autrice de récentes enquêtes sur le sujet pour La Déferlante et Basta. « Les réactionnaires ont créé des associations pour assurer une éducation à la vie affective et relationnelle en adéquation avec leur vision du monde », confirme Fanny Gallot. Le tout, pendant que le Planning Familial et le CIDFF, pourtant parties prenante de la construction du programme d'EVARS, sont quant à eux discrètement écartés de ce marché par des académies ou des ARS pour, selon Basta, des raisons politiques. En l’occurrence, « rassurer les anti-evars » qui avaient mené la bataille, en vain, contre les nouveaux programmes. Ou bien parce que les coûts des formations qu'ils proposent sont bien supérieurs à ceux des nouvelles venues sur le marché. 

Aussi le rôle du syndicat est-il d'aider les professeurs syndiqués à se retrouver dans la jungle de propositions d'associations et les inciter à la vigilance quant à celles qui interviennent dans leurs établissements, en s'assurant qu'elles visent une société égalitaire et féministe. 

Force de la rumeur

Ce combat relève aussi d’une généalogie politique plus longue. Et les enseignants ont besoin d'armes intellectuelles pour résister aux offensives des réactionnaires dont la croisade anti-EVARS s’inscrit dans le sillon de la Manif Pour Tous, et la mobilisation contre les ABCD de l'égalité en 2014, un épisode qui reste un vif trauma pour l'Education nationale. Pour autant, la donne a changé au cours de la décennie écoulée. « En 10 ans, l'offensive anti-Evars s'est reconfigurée. Aux rangs de la Manif pour Tous, qui est devenue « Le syndicat des familles », se sont ajoutées des organisations nées pendant la pandémie de Covid, comme les « Mamans louves » ou encore « Liberté Comminges ». De la bataille contre la vaccination des enfants, elles sont passées à celle contre l'EVARS. Éric Zemmour a aussi créé « Parents vigilants », sur le modèle de « Moms for liberty » qui ont aidé Trump à accéder au pouvoir. Les termes ont eux aussi changé, on est passé de la bataille contre « la théorie du genre » à celle contre le « wokisme » ou le « prosélytisme trans » », détaille Fanny Gallot. 

S'ils sont extrêmement minoritaires, ces groupes disposent de financements importants et de relais médiatiques. « Une toute petite minorité de parents conservateurs font pression sur les enseignants, envoient des courriers, distribuent des tracts, ou, au plus organisent des rassemblements contre l'EVARS. Mais ce qui est le plus difficile à combattre, ce sont les rumeurs qu'ils font courir, en disant qu'il existe des vidéos montrant des infirmières former les enfants à la masturbation, par exemple. Ces bruits parviennent à susciter des doutes parmi des parents qui n'identifient pas d'où proviennent ces rumeurs, et qui ont des inquiétudes légitimes », explique Fanny Gallot. 

L'autre résistance à laquelle doivent faire face les professeurs, au collège et au lycée, est celle de certains de leurs propres élèves. « Nombreux sont les professeurs qui observent, dans leur classe, une polarisation entre des filles féministes, et des garçons qui adoptent des discours masculinistes, allant même parfois jusqu'à expliquer que les statistiques sont woke », poursuit la chercheuse. C'est à ces questions que veut répondre l'ouvrage rassemblant des articles de chercheurs et de militants, qu'elle a publié chez Syllepse, en décembre 2025 : Education à la vie affective relationnelle et à la sexualité : sortir des polémiques, ouvrir des possibles.

Elsa Sabado