« Le 21 février, l'extrême droite était 3200 dans la rue. Aujourd'hui, en se réunissant entre midi et deux, sans appel à la grève nous sommes déjà 600, constate le secrétaire de Solidaires Rhône, qui souhaite garder l'anonymat. Ce rassemblement, c'est une stratégie de reprise de la rue après les attaques de l'extrême droite. On a besoin de se rassembler, de se voir, de se compter ». Ce mardi 3 mars, une intersyndicale (CGT, FO, FSU, Solidaires, Unsa, CNT SO et CNT) avait appelé à un rassemblement à 12h30 devant la Bourse du travail, dans le 3e arrondissement de Lyon.
Il s’agissait du premier rassemblement pour défendre les libertés syndicales depuis la mort du jeune militant néofasciste Quentin Deranque et la marche, autorisée par le ministre de l'Intérieur, organisée consécutivement par des groupuscules d'extrême droite. Après une période de prudence, dans une ville rythmée par l'ambiance électrique des dernières semaines, les syndicats et militants voyaient là une façon de se retrouver et de réaffirmer leurs valeurs antifascistes. « Quand on se réunit, on se sent plus fort », glisse un groupe d'amis venus à la manifestation. Au micro, les prises de parole se succèdent pour dénoncer un climat de violences et épauler la lutte syndicale en faveur d’« une société plus juste ». « Il est important de rappeler que la ville ne se résume pas aux groupuscules fascistes, ajoute Aline Guitard, élue PCF dans le 4e arrondissement de Lyon. L'attaque contre la CGT n'est pas neutre, elle a toujours été un compagnon de lutte contre le fascisme donc c'est important d'être ici en soutien. »
Car, oui, à la suite de la mort de Quentin Deranque, les milieux syndicaux et militants ont été particulièrement visés par les identitaires, nationalistes ou fascistes. Ce sont d’abord les locaux de Solidaires à Lyon qui ont été attaqués à la barre de fer au cours de la nuit du 14 au 15 février. Une plainte a été déposée. Et une semaine plus tard, c'était en effet au tour de la CGT Ville de Lyon de faire l'objet d'une menace d'attaque à la bombe (via un mail envoyé à toutes les mairies d'arrondissement) par des individus se réclamant de ces idéologies réactionnaires et violentes.
102 attaques de l'extrême droite à Lyon en 15 ans
Depuis des années, Lyon a acquis la triste réputation de capitale de l’extrême droite, à cause de la forte implantation de groupuscules fascistes. Fin 2025, le média indépendant Rue89Lyon effectuait un recensement inédit : entre 2010 et 2025, les journalistes ont compté 102 « attaques, agressions et actes haineux » en provenance de ces derniers. Pour 70% d'entre elles, « aucune réponse pénale ou policière n'a été apportée ».
Ces agressions et menaces du mois de février n'étaient pas une première dans l'histoire syndicale lyonnaise : Solidaires avait par exemple déjà fait l'objet d'attaques par le passé. Il y a quelques mois, leur serrure avait été dégradée ; en août dernier de nombreux autocollants de Némésis avaient été apposés autour de leur entrée ; un militant avait été agressé devant leur précédent local. Rue89Lyon recense encore 51 agressions, attaques, actes haineux et dégradations de l'extrême-droite ciblant des opposants politiques, parmi lesquels l'agression de deux militants Solidaires devant la librairie libertaire La plume noire (2020), des tags sur les locaux de l'UL CGT Lyon 5-Lyon 9 (2018), des vitrines du PCF ou de la CNT brisées à plusieurs reprises, des militants de la CNT Education violemment agressés (2010).
« La mort de Quentin Deranque a été l'occasion de reprendre l'historique des attaques de l'extrême droite à Lyon et de nous rendre compte que ces actes sont banalisés. Nous éprouvons de la colère face au laxisme des pouvoirs publics », réagit Maud Millier secrétaire générale de la CGT Rhône. Sébastien Douillet, secrétaire général de la CGT Ville de Lyon, confie le « sentiment de panique » lorsqu'il a eu connaissance du mail de menace. « Mes camarades sont formidables, on ne veut rien lâcher. » Mais à deux semaines à peine des élections municipales, il confie son inquiétude devant l’hypothèse de l’accession à la mairie du candidat Jean-Michel Aulas, favori des sondages. Celui-ci, soutenu par les différentes composantes de la droite et Renaissance, avait demandé au maire de Lyon d'accrocher le portrait de Quentin Deranque sur l’Hôtel de Ville. D'ici là, les différents syndicats ont appelé à se mobiliser dans la rue le dimanche 8 mars, à l'occasion de la journée internationale des droits des femmes.