26 janvier 2026 | Mise à jour le 26 janvier 2026
Sudip Dutta est l’un des cadres du Centre of Indian Trade Unions (Centre des syndicats indiens, ou CITU, l’une des principales centrales du pays). Il nous aide à y voir plus clair sur l’offensive d’ampleur lancée par le gouvernement Modi contre le droit du travail indien. Une entreprise de démantèlement qui vise entre autres à restaurer la journée de douze heures et fragilise le droit de grève.
Quand on parle d'attaque contre le droit du travail en Inde, de quoi s'agit-il ?
Entre 2019 et 2020, quatre Codes du travail ont été adoptés, abrogeant vingt-neuf lois existantes, fruits de plus d'un siècle de luttes depuis la loi syndicale de 1926. Après cinq grèves générales, ces textes ont été notifiés en bloc le 21 novembre 2025. Ces codes excluent une grande partie des salariés, généralisent l'emploi temporaire, remettent en cause la journée de huit heures, restreignent le droit syndical et affaiblissent les mécanismes de contrôle et de sécurité. Pour les travailleurs en colère, il s'agit d'un basculement historique.
Comment les syndicats peuvent-ils agir dans ce contexte ?
La première difficulté est la restriction croissante de l'espace démocratique. À Delhi, les manifestations sont désormais interdites. Les travailleurs ne se laissent pas intimider. En Inde, la grève reste un outil central. Lors de la dernière, plus de 200 millions de travailleurs ont cessé le travail. Le 12 février, dix centrales syndicales, dont la CITU appellent à une autre grève nationale. Nous nous attendons à une mobilisation encore plus large. Même avec des rassemblements restreints, la production et les services peuvent être stoppés dans tout le pays.
Quels sont les principaux défis du syndicalisme aujourd'hui ?
Le gouvernement justifie ses politiques au nom de la « facilité de faire des affaires ». Cette logique n'a pas conduit à une industrialisation accrue. Des centaines de milliers d'usines ont fermé et les capitaux se dirigent vers la spéculation. Les syndicats doivent affronter un État pro-patronal et un capital de plus en plus financiarisé. L'évolution du monde du travail reste un défi majeur. L'Inde se tourne vers les services et le travail de plateformes. Les travailleurs des applications s'organisent, avec des formes de mobilisation nouvelles, qui échappent aux structures syndicales héritées du XXe siècle.
Que dites-vous aux syndicalistes français ?
Les travailleurs indiens mènent une lutte intense, qui fait écho à ce que vivent les syndicalistes en France face aux reculs sociaux et à la remise en cause du droit de grève. Ce que nous affrontons n'est pas isolé : mêmes recettes, même pression sur les salaires, même volonté de discipliner le travail au nom de la compétitivité. C'est par une solidarité concrète entre travailleurs du Nord et du Sud que nous pourrons faire reculer la finance globale et les gouvernements qui la servent.
Côme Bastin, à Bangalore