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ENTRETIEN

Cuba : « Il faut enrayer l'exode des personnels les plus qualifiés formés par la Révolution… pour résister »

9 mars 2026 | Mise à jour le 9 mars 2026
Par | Photo(s) : Azath05 via Wikimedia Creative Commons
Cuba : « Il faut enrayer l'exode des personnels les plus qualifiés formés par la Révolution… pour résister »

Vue de La Havane.

Depuis le raid américain du 3 janvier, à Caracas, et l'arrestation de Nicolás Maduro au Venezuela – principal allié de Cuba et fournisseur historique de pétrole – , les États-Unis ont encore renforcé le blocus de Cuba, vieux de plus de soixante ans. Embargo total sur les importations de pétrole vers l'île, menaces de représailles aux pays qui seraient tentés de contourner ces sanctions… Début février, le secrétaire général de l'ONU, António Guterres en dénonçait l'impact humanitaire dévastateur sur les onze millions de Cubains. Dans la foulée, la CGT dénonçait un « choix criminel » et de « nouvelle violation flagrante du droit international » dans une lettre adressée à Emmanuel Macron et au Quai d'Orsay qu'elle appelle à agir. C'est au cœur de cet étouffant tableau marqué par l'arbitraire impérialiste américain que nous avons interviewé Osnay Miguel Colina Rodríguez, secrétaire général de la CTC, la Centrale des travailleurs cubains.  

Quelle est la situation à Cuba ? Quel est l'impact de l'embargo économique des États-Unis sur les travailleurs ?  

La situation sociale est marquée par un durcissement du blocus imposé par le gouvernement américain et l’inscription de Cuba sur la liste des pays soupçonnés de soutenir le terrorisme. Ceci empêche l’accès au crédit international, perturbe les échanges commerciaux avec de nombreux pays par crainte de sanctions économiques et pénalise des secteurs clés pour Cuba, tels que le tourisme, les exportations de nickel et l’approvisionnement en carburant. Cette situation est exacerbée par une crise énergétique, aggravée depuis le 29 janvier par le décret présidentiel de Donald Trump. On observe également une baisse de la qualité des services de santé, de la collecte des déchets et de la production alimentaire. 

Sur le marché du travail, la population active a connu une restructuration avec l’ouverture de l'emploi privé ces dernières années, notamment au sein des petites et moyennes entreprises (PME). On constate également une émigration importante, en particulier des jeunes, encouragés par leur haut niveau de formation professionnelle. Cela a engendré une pénurie de personnel dans de nombreux secteurs, y compris les secteurs publics comme la santé et l’éducation, mais aussi les secteurs commercial et scientifique. 

Quels sont les secteurs économiques les plus touchés par la crise actuelle ? Y en a-t-il qui résistent ou qui se développent ? 

Pratiquement tous les secteurs sont touchés par la crise actuelle, car la crise énergétique, avec ses coupures de courant prolongées, perturbe le tissu économique national. Parmi les secteurs les plus impactés, on peut citer l’énergie, la construction, les transports, l’agroalimentaire (œufs, lait, viande, légumes-racines, fruits et légumes), la santé publique (fournitures chirurgicales, médicaments, équipements), l’industrie manufacturière et lourde, la filière sucrière et le secteur de l’eau. 

Au sein de ces secteurs, des stratégies sont mises en œuvre pour surmonter la crise et assurer la croissance, notamment la transformation du mix énergétique national afin de réduire la dépendance aux énergies fossiles et d’atteindre 30 % d’énergies renouvelables, principalement grâce aux parcs photovoltaïques, dont une centaine devrait être opérationnelle d’ici 2026. Le secteur du tabac résiste et se développe, avec une hausse des ventes sur le marché international (hors États-Unis). L’apiculture (production de miel) et le tourisme, avec des offres de plus en plus attractives (malgré les obstacles, les campagnes médiatiques et l’absence d’accès au marché américain), contribuent également à cette croissance. 

Comment l’inflation et les pénuries de produits de première nécessité ont-elles affecté le pouvoir d’achat des travailleurs cubains ? 

Les salaires ont perdu du pouvoir d’achat en raison d’une inflation sans précédent, malgré le maintien des tarifs d’électricité subventionnés, le fait que 90 % des Cubains soient propriétaires de leur logement et ne paient pas de loyer, et que les services de santé et d’éducation restent gratuits. L’impact le plus important se fait sentir sur le coût du panier alimentaire de base, qui ne peut plus être assuré par l’État comme auparavant. Aujourd’hui, ce panier est largement complété par un secteur privé émergent qui utilise les forces du marché pour fixer les prix, ce qui entraîne des prix très élevés pour des produits essentiels tels que le riz, les haricots, le lait, la viande et le pain.  

La Centrale des travailleurs cubains a concentré sa lutte sur cette question : diversifier les revenus non seulement par les salaires, mais aussi par la participation aux bénéfices des entreprises, par la mise en place de contrats de travail multi-emplois, par la mise en place de circuits fermés afin de favoriser la création de devises convertibles et en élargissant les activités sociales des entreprises. 

Quels sont les principaux défis auxquels sont confrontés les travailleurs de l’île aujourd’hui ? 

Être capables de continuer à résister au blocus économique imposé par le gouvernement américain et le surmonter en augmentant la production nationale, grâce à une plus grande créativité et une meilleure utilisation de nos ressources naturelles. Il s’agit également de réduire le nombre d’entreprises publiques déficitaires ; de resserrer et mieux coordonner les liens de production entre l’État et les secteurs privé ou coopératif ; d’encourager les investissements étrangers ; de stabiliser le taux de change entre la monnaie nationale et le dollar afin que les salaires jouent pleinement leur rôle dans l’économie ; et d’enrayer l’exode des personnels les plus qualifiés formés par la Révolution, tels que les scientifiques, les médecins, les professeurs, les entraîneurs, etc. 

Quel est l’impact de la pénurie de médicaments et de nourriture sur le quotidien des Cubains ?  

Elle complique la vie quotidienne et engendre désespoir, épuisement et perte de confiance dans le système politique et social. De plus, elle exacerbe la corruption, le vol et le détournement de fonds, et accroît le nombre de personnes vulnérables dont les pensions ou les salaires sont insuffisants pour se procurer des médicaments, de la nourriture et d’autres services essentiels.