9 juin 2026 | Mise à jour le 9 juin 2026
Saviez-vous qu'à Rome, on faisait des réunions aux toilettes ? Sur sa chaîne YouTube, « C'est une autre histoire », et dans son spectacle, « 300 000 ans », Manon Bril, ex-professeure des écoles, raconte l'histoire avec humour et déconstruit les mythes du roman national. Un article à retrouver dans notre mensuel Ensemble, en date du mois de mai.
Vous êtes historienne de formation, à quel moment avez-vous ressenti le besoin de sortir du cadre académique ?
J'ai été professeure des écoles, et j'ai repris mes études d'histoire afin de rédiger une thèse. J'ai participé à « Ma thèse en 180 secondes », le concours organisé par le CNRS, et j'ai reçu le prix du public de la région Midi-Pyrénées. Puis, avec un ami caméraman, nous avons ouvert la chaîne YouTube avec des formats comme, par exemple, « Pourquoi les statues ont des petits pénis ? ». La chaîne a 10 ans et elle a même financé la fin de ma thèse !
Vous avez une démarche de vulgarisation. Que veut dire « bien vulgariser » ? On pense qu'en vulgarisant, on appauvrit un propos. Je ne suis pas d'accord. Ce qui est problématique, c'est de tordre le cou aux informations. C'est très différent de les simplifier. On ne peut pas traiter l'intégralité d'un sujet dans une vidéo d'une minute trente : il faut adapter son vocabulaire, expliquer les mots techniques et choisir des sujets sur lesquels on peut tronquer un certain nombre d'informations. Si c'est trop périlleux, je fais un format plus long.
Vous passez également au crible des notions comme « roman national » ou « Français de souche »…
J'ai à cœur de déconstruire certaines idées reçues qui sont détournées pour des raisons identitaires. C'est un choix militant, tout comme parler de féminisme. Mais je ne déforme pas les faits pour arranger ma cause. Il ne faut pas confondre subjectivité et malhonnêteté. Nous parlons tous d'un point de vue, même dans les sciences « dures ».
Il s'agit de l'un des sketchs préférés de votre public. Alors, dites-nous : c'est quoi un « Français de souche » ?
L'extrême droite dira que c'est un Français blanc, de culture catholique. Mais l'idée qu'il y aurait un ADN hérité de nos ancêtres les Gaulois n'a aucune véracité scientifique. C'est une construction sociale et nationale héritée du XIXe siècle, une époque où l'État a eu besoin de se fédérer, notamment pour affronter les Allemands, qui nous avaient piqué l'Alsace-Moselle.
Vous êtes en tournée actuellement, qu'est-ce que la scène autorise que YouTube ne permet pas ?
Ce n'est pas une conférence gesticulée. J'ai trié les informations pour que ce soit vraiment un spectacle de stand-up où l'on rit. Cela me permet aussi de rencontrer un autre public, venu par le bouche-à-oreille. Il y a des étudiants, des gens qui viennent avec leurs parents. ça élargit le public et ça ramène aussi de nouveaux venus vers ma chaîne YouTube, après le spectacle. Et puis, à titre personnel, c'est vraiment une nouvelle vie pour moi.
Pensez-vous que l'histoire pourrait être enseignée autrement en France ?
L'écueil de l'histoire, c'est que l'on doit avaler des dates, alors qu'elle sert surtout à expliquer pourquoi le présent est comme il est. C'est un espace de réflexion pour comprendre notre monde. Mais pour avoir de bons cours d'histoire, il faut que les profs travaillent dans de bonnes conditions. Sans ça, même les meilleurs n'y arriveront pas.
En tournée actuellement avec son spectacle 300 000 ans, et au Théâtre de la Madeleine, à Paris, à partir du 17 septembre 2026.