10 mars 2026 | Mise à jour le 10 mars 2026
Fermeture prochaine d'un site des sirops Teisseire en Isère, jusqu'à 900 emplois menacés chez dans le Pas-de-Calais même en cas de reprise du verrier… Baptiste Talbot, membre du bureau confédéral de la CGT, chargé de la coordination des luttes, dénonce la facilité à licencier en France. Il propose un dispositif de sauvegarde des usines et revendique une véritable stratégie industrielle.
Quelles sont les causes principales des suppressions d'emplois ?
Il est devenu assez facile de licencier dans notre pays. On a également des aides publiques massives, mais très largement sans contrepartie, soit une forme de subventionnement général des suppressions d'emplois. Pour exemple, Sanofi, en 20 ans, en a supprimé 12 000. Il y a aussi le coût du capital : le taux de marge est passé de 28 % en 2015 à 32 % en 2025. La consommation est comprimée par l'austérité salariale et la précarisation. Enfin, de plus en plus de fonds vautours achètent des boîtes, en essorent la richesse et s'en débarrassent.
Que revendique la CGT ?
Des mesures d'urgence sont indispensables, comme le renforcement – en baissant son seuil de mille à cinquante salariés – de la loi Florange, qui oblige une entreprise qui ferme un site industriel à rechercher un repreneur. Deuxièmement, il faut, du local au national, un dispositif pour sauvegarder les sites, qui associe ministère de l'Économie, préfectures, syndicats, Banque publique d'investissement, Caisse des dépôts, Banque de France… Nous insistons sur la nationalisation, notamment de secteurs stratégiques.
La place des représentants des salariés doit être renforcée dans les tribunaux de commerce, où les patrons gèrent leurs petites affaires entre eux. Dans les entreprises, les salariés doivent avoir un pouvoir d'intervention : remise en place des comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail, droit de veto sur l'utilisation des aides publiques, place plus importante dans les conseils d'administration…
Dans la commande publique, des clauses sociales et environnementales doivent permettre une priorité au « Made in France » ou au « Made in Europe ».
Cela suppose des décisions politiques fortes…
Une harmonisation européenne fiscale, sociale et environnementale serait une réponse au défi du dumping social. Pour la France, la CGT porte l'idée d'un ministère de l'Industrie, de l'Énergie et de l'Environnement, qui mènerait une politique de planification nationale et par filières industrielles et par territoires, avec participation des organisations syndicales. Le Parlement et les élus locaux devraient également avoir leur place dans ce pilotage et les outils de financement public fléchés vers la réindustrialisation.
La CGT organise des Rencontres du Made in France, le 26 mars. De quoi s'agit-il ?
Le slogan est « Produire local, agir global ». La préservation, le développement et la relocalisation des industries répondent aux besoins sociaux et environnementaux. Nous voulons mettre en valeur les batailles industrielles que nous avons menées (Valdunes, Duralex, Fonderie de Bretagne, La Chapelle d'Arblay, la centrale de Gardanne, Vencorex…), voir ce qui a fonctionné ou non, les leviers à conquérir…
Le deuxième temps serait un moment de débats et de confrontations avec le gouvernement, le patronat et les institutions financières publiques, sur les responsabilités de chacun.