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INDUSTRIE

« L’État a toujours les cartes en main » : Sophie Binet s'insurge après le refus de reprise de Vencorex

26 mars 2026 | Mise à jour le 26 mars 2026
Par | Photo(s) : BAPOUSHOO
« L’État a toujours les cartes en main » : Sophie Binet s'insurge après le refus de reprise de Vencorex

Sophie Binet.

Ce jeudi 26 mars, la CGT organise ses assises du Made in France a proximité de la plateforme chimique Vencorex, en Isère. La veille, le tribunal des activités économiques de Lyon avait refusé la proposition de reprise de ce site industriel vieux de 120 ans, portée notamment par d’anciens salariés du groupe et la CGT. Sophie Binet dénonce l'inaction de l'État ainsi que l'entre-soi entretenu au sein des tribunaux de commerce.

Le projet était « sérieux », d'après le ministre de l'Industrie Sébastien Martin. Reprendre Vencorex pour en faire Exalia, « et fabriquer du chlore, de la soude et de la javel, qui permettent de traiter notamment l'eau potable, d'alimenter l'industrie agroalimentaire et de fournir le nucléaire » explique Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, dans une interview pour le Dauphiné Libéré – mise en ligne le mercredi 25 mars à la veille de l’ouverture des assises du Made in France de la CGT à Pont-de-Claye en Isère – « avec à la clé, 14 emplois immédiatement, 120 emplois fin 2027, une montée en charge progressive, et la possibilité de 500 emplois à un horizon plus lointain ». Un plan soutenu par les entreprises encore présentes sur le site, la Banque publique d'investissement (Bpi), la caisse des dépôts, les acteurs locaux… Insuffisant pour le tribunal de commerce – aussi appelé tribunal des activités économiques désormais – de Lyon, qui a plutôt opté pour l'offre d'un ferrailleur qui propose de démanteler les infrastructures du site.

« C’est une honte, c’est le symbole de la casse organisée de notre industrie » s'est insurgée Sophie Binet sur ICI Isère, « Vencorex c’est 450 emplois directs, plus de 5000 emplois indirects, depuis sa fermeture les plans de licenciement s’enchaînent sur la plateforme chimique notamment, les salariés ont réussi à déplacer des montagnes et à réunir autour de leurs projets des élus, des entrepreneurs, la BPI qui pour une fois avait sorti le carnet de chèques, et le tribunal de commerce privilégie des liquidateurs plutôt qu’un projet industriel solide ».

« Il faut de vrais instruments de financement de l'économie »

Une catastrophe industrielle pour la région et pour les anciens salariés, dont la responsabilité incombe à l'État, pour la secrétaire générale : « Il a toujours les cartes en main pour empêcher la catastrophe et peut nationaliser Vencorex et le revendre à Exalia » affirme-t-elle dans le Dauphiné Libéré, « il faut de vrais instruments de financement de l'économie. La BPI est une banque publique, elle doit être au service d'une stratégie industrielle. Enfin, l'État doit jouer son rôle dans la planification de l'économie, et de l'industrie et doit arrêter la politique du chèque en blanc. Aujourd'hui, la seule chose que fait l'État, c'est de donner des aides pour les plus grandes entreprises, 211 milliards d'euros distribués sans condition ni contrepartie chaque année et qui pourraient être un levier majeur d'intervention sur l'économie. »

Par ailleurs, Sophie Binet appelle à réformer les tribunaux de commerce ou, selon elle, pour le moment, les patrons « décident seuls » et « préfèrent les projets qui ne privilégient pas l'emploi ». En effet, les juges consulaires, qui statuent sur le sort des entreprises au sein d l’instance, sont des commerçants, artisans ou chefs d’entreprises élus par leurs pairs.

Cette annonce défavorable à Vencorex et ses salariés intervient au moment où la CGT publie des chiffres, relayés ici par L’Humanité, particulièrement sombres pour le monde du travail. Fin 2025, la Confédération dénombrait ainsi 100 000 emplois menacés ou supprimés depuis 2023, dont la moitié environ dans l'industrie. D’après le calcul actualisé dernièrement par le syndicat, on compte désormais plus de 60 000 emplois industriels actuellement en péril.