Sirop d'érable, étoiles et colère sociale : quand le syndicat des Métallos québécois envoie un courrier à la NASA

Passagère à bord d'Artemis II.
Si les astronautes de la mission spatiale Artemis II ont à présent la tête dans les étoiles, après avoir fait le tour de la Lune, difficile d'en dire autant des travailleurs de la Coopérative Citadelle de Plessisville au Québec. En effet, ces salariés ont, eux, bien les pieds sur terre, et font le piquet de grève depuis le 18 mars.
« Les travailleurs de Citadelle ne demandent pas la lune. Ils demandent le respect », s'est insurgé le Syndicat des Métallos dans un communiqué, et dans un courrier envoyé à la NASA et à l'Agence spatiale canadienne. L'organisation, syndicat le plus important du secteur privé au Québec, représente les travailleurs qui ont fabriqué le sirop sélectionné pour la mission spatiale Artemis II. Plus exactement, c’est le spationaute canadien, Jeremy Hansen qui a choisi d’en embarquer avec lui. Or, les salariés qui ont rendu possible la production de cet élixir sont donc en grève illimitée depuis déjà trois semaines dans l'espoir de faire changer leurs conditions de travail délétères.
Travail « sous une température avoisinant les 13 degrés Celsius », surveillance « en continu par des caméras qui zooment et enregistrent les moindres gestes » des travailleurs, des « mesures disciplinaires » décidées unilatéralement ou encore des plaintes pour harcèlement psychologique « ignorées »… Derrière le vernis de la coopérative Citadelle qui se présente, toujours selon le syndicat des Métallos, comme « fondée sur des valeurs de respect, d'intégrité et d'esprit d’équipe », la réalité est beaucoup moins reluisante.
Ne pas se faire sucrer leurs droits
Avec ce courrier à la NASA, les travailleurs du site souhaitent rappeler les raisons de leur mobilisation alors que leur convention collective est échue depuis décembre 2024, et qu'ils sont sans contrat de travail depuis le 1er janvier 2025. Les employés de Citadelle, qui embouteille et distribue le sirop de plus de 1000 acériculteurs de la province, ont voté à 72 % pour une grève illimitée afin de dénoncer un sentiment de sécurité au travail « constamment compromis » et des conditions de travail qui sont telles « que le roulement de personnel atteint 70% sur deux ans. »
Aux médias, Andrée Archambault, vice-présidente du Syndicat des Métallos, section locale 7885, a critiqué ce coup de pub pour une coopérative qui ne respecte pas ses employés : « Avoir donné une tribune à notre sirop d’érable, comme ça, sur un plan international, et même interspatial en fait, je pense que ça suscite en nous un peu un message que, en réalité, c’est secondaire ce qu’on revendique ».
De son côté, l'Agence spatiale canadienne affirme que les produits sélectionnés témoignent de l’identité nationale canadienne en respectant les critères de la NASA et qu’elle ne cautionne pas pour autant les organisations qui les produisent. Une hérésie pour le syndicat des Métallos qui invite la NASA et l’Agence spatiale canadienne à « s’assurer que leurs prochains partenariats commerciaux reflètent les valeurs qu’ils souhaitent projeter au pays comme dans l’espace. »