19 mai 2026 | Mise à jour le 19 mai 2026
Signataire de la tribune anti-Bolloré et aujourd'hui blacklistée par Canal+, l'actrice appelle ses pairs, dans un entretien accordé à « l'Humanité », à se rassembler par le syndicalisme et à réfléchir à un nouveau modèle de financement du cinéma français.
Présidente de la République dans la série à succès de Canal+ Baron noir, Anna Mouglalis est désormais, comme plus de 1 200 professionnels du secteur, dans le collimateur du groupe, après avoir signé une pétition qui dénonçait la mainmise de son actionnaire majoritaire, Vincent Bolloré, sur le cinéma français.
Dans un entretien accordé à l'Humanité lundi 18 mai, l'actrice affirme toutefois que cette mise à l'écart ne date pas de la publication de la tribune. « Personnellement, ça fait un moment que je ne travaille plus avec Canal+. Depuis la fin de la série Baron noir, je n'ai plus reçu de proposition de leur part », rapporte-t-elle. Elle lie cette absence de collaboration à ses prises de position publiques et à ses engagements de ces dernières années : « Lorsqu'on exprime une parole féministe, militante et engagée, des portes se ferment. »
Anna Mouglalis critique également la décision du président du directoire de Canal+, Maxime Saada, de ne plus travailler avec les signataires de la tribune du collectif Zapper Bolloré. « J'ai l'impression que c'est l'exemple typique et patriarcal du “bon père de famille” qui dit : “Ah, si c'est comme ça, punition !” C'est une démonstration de pouvoir de quelqu'un qui réagit comme une personne blessée et susceptible », déclare-t-elle.
« Arrêtons d’avoir peur »
Face à l'influence croissante du milliardaire conservateur Vincent Bolloré dans le secteur culturel – médias, édition, cinéma… –, l'actrice appelle les professionnels du cinéma à s'inspirer du mouvement des auteurs de Grasset. Pour elle, une réponse collective passe notamment par la syndicalisation : « Il est important que les gens de la profession se syndiquent. C'est comme cela qu'on pourra sauver ce système culturel qui rayonne, y compris à l'étranger. »
Lors des 130 ans de la CGT, Anna Mouglalis avait d'ailleurs confié à La Vie ouvrière être syndiquée à la CGT depuis près de deux ans. « J'ai choisi la CGT parce que ses combats sont les miens : contre les violences faites aux femmes, les idées d'extrême droite, la réduction des droits, la confiscation de l'argent public des collectivités locales ; enfin, tous ces projets qui détruisent le vivre-ensemble. »
Face aux offensives de l'extrême droite contre les institutions culturelles, notamment le Centre national du cinéma (CNC), et à l'influence croissante de Vincent Bolloré, Anna Mouglalis alerte sur le climat qui traverse le secteur : « Nous ne sommes pas prêts si l'extrême droite arrive au pouvoir. Arrêtons d'avoir peur, même si je comprends bien qu'il soit plus difficile pour certains camarades de prendre la parole. La peur n'empêche pas ce qui est déjà à l'œuvre. »