13 mai 2026 | Mise à jour le 13 mai 2026
Dans les universités françaises, la mobilisation contre l'augmentation des frais d'inscription des étudiants étrangers, voulue par le gouvernement, ne faiblit pas. Face à la contestation, l'exécutif a fait un (tout petit) premier pas, en annonçant une hausse du nombre d'étudiants exonérés de cette mesure. « Une mise en scène », selon la CGT Paris-1.
Une année de licence à 2 895 €, contre 178 € aujourd'hui. Et pour le master, comptez 3 941 € par an, au lieu de 254 €. C’est ce que Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, annonçait en avril dernier vouloir mettre en place par décret pour 90 % des étudiants étrangers hors Union européenne… ces derniers devant ainsi débourser jusqu'à 16 fois plus que leurs camarades de promotion. Mais, devant la bronca, le ministre a (un tout petit peu) rétropédalé ce 12 mai, en assurant que 20 % des étudiants extracommunautaires (au lieu de 10 % initialement) pourraient en être exonérés dans chaque université d'ici à 2028. « C’est une ristourne qui a très peu d'importance, estime Clément Lescloupé, enseignant vacataire et membre de la CGT Paris-I. Ce n'est même pas une concession, c'est une mise en scène. Cela ne change rien au fait que la grande majorité des étudiants extracommunautaires seront touchés. »
L’affaire n’est pas tout à fait nouvelle : les droits d'inscription différenciés pour les étudiants étrangers existent depuis 2019. Mais, si les universités avaient la possibilité d'appliquer cette politique tarifaire spécifique, la majorité d’entre elles ne la mettaient pas en œuvre. En décembre 2025, l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne a cependant annoncé vouloir étendre ces frais d’inscription « à l'ensemble des élèves extracommunautaires à partir de la rentrée prochaine », rapporte Clément Lescloupé. Avec une centaine de ses collègues, l’enseignant vacataire a donc décidé de pratiquer la « rétention des notes » des étudiants chaque semestre. « La grève des enseignements a ses limites : retenir les notes est beaucoup plus efficace. Ce blocage met l'administration de l'université sous pression », explique-t-il. Et en effet, après trois mois de rétention des notes, l'université a revu sa copie. « En février, la direction de l’université a décidé de limiter l'application uniquement aux nouveaux étudiants », raconte-t-il.
Le faux argument budgétaire
Pour défendre son décret, le gouvernement avait argué que cette mesure devrait rapporter près de 250 millions d'euros dans les trois prochaines années. « Mais c’est seulement dans le cas où il y aurait toujours autant de demandes. Or on sait que, dans les universités qui appliquent cette politique, il y a eu une baisse des inscriptions des étudiants extracommunautaires », affirme Clément Lescloupé. Une somme de toute façon bien maigre, selon les syndicats, qui estiment qu’il manque aujourd’hui au moins 8 milliards d'euros pour répondre aux besoins de l'enseignement supérieur public. Pour la CGT, cette mesure n’obéit donc pas à un objectif budgétaire. « Il y a quelque chose de profondément xénophobe : ce n'est pas un hasard si on cible les étudiants étrangers. Tout un contexte général vise à les mettre au ban, on pense notamment aux différentes lois restreignant l'accès aux visas ou encore à la réduction des APL. »
Malgré le récent revirement du ministre, la mobilisation ne semble pas près de s'arrêter. Une partie des salariés de Paris-1 Panthéon-Sorbonne ont d’ailleurs manifesté, mardi 12 mai, devant le ministère de l’Enseignement supérieur et annoncé qu’ils comptaient remettre en place la rétention des notes pour ce dernier semestre. Avec l'espoir que leur lutte ait des répercussions à l’échelle nationale : « Si on arrive à faire reculer la présidence de l'université Paris-1, on pense que cela fragilisera le projet ministériel dans sa globalité », espère Clément Lescloupé.