7 mai 2026 | Mise à jour le 7 mai 2026
Par
Yannis Angles | Photo(s) : BenDuKiwi via Wikimedia Creative Commons
L'an dernier, plusieurs centaines de personnes s'étaient réunies pour la Fête populaire organisée par la CGT. Cette année, Hervé Simon, le nouveau maire RN de Saint-Avold, en a décidé autrement. Officiellement pour des raisons de sécurité. Officieusement, selon les organisateurs, pour des raisons politiques.
À Saint-Avold, en Moselle, la fête est finie depuis l'arrivée, en mars dernier, du nouveau maire RN, Hervé Simon. L'élu a décidé d'interdire l'organisation de l’événement lancé par l'union locale CGT de Saint-Avold et baptisé la « Fête populaire ». Dans un courrier adressé à Christian Porta, syndicaliste CGT, le premier édile justifie sa décision par des questions de sécurité liées à « l'affluence » attendue lors de cet événement organisé dans un parc municipal.
Une raison que le syndicaliste peine à comprendre : « C'est pourtant le lieu le plus sécurisé pour ce type d'événement. Il y a très peu d'entrées, aucune voiture ne peut accéder au site, et on peut facilement bloquer les accès pour gérer les flux, comme on l'avait déjà fait l'année dernière. »
Cette fête devait en effet connaître sa deuxième édition cette année. Elle s'était déjà tenue, dans les mêmes conditions, l'an dernier, sans poser le moindre problème à l'ancienne municipalité. Dans ce bassin minier, c'était même la première fois depuis de nombreuses années qu'une initiative syndicale parvenait à rassembler plusieurs centaines de personnes autour d'un moment à la fois festif, populaire et politique, autour de concerts, débats sur la Sécurité sociale et discussions autour de l'histoire du mouvement ouvrier.
« Cet argument ne tient pas »
« C'est une fête populaire et une fête des travailleurs. Il y a des animations pour les enfants, des jeux, des maquillages, des spectacles, des débats, de quoi boire et manger. On invite aussi les organisations syndicales, politiques et associatives à tenir un stand pour se faire connaître », détaille Christian Porta. Malgré l’interdiction, la CGT refuse de renoncer à l’événement et tente de trouver des alternatives. « On a volontairement proposé un autre lieu, où une kermesse doit se tenir quelques semaines avant notre fête, explique le responsable syndical. Comme ça, s'il refuse encore, on pourra démontrer que ce n'est pas seulement une question de sécurité. »
Car, pour le syndicat, cet argument ne tient pas. Très vite, une autre explication s'est imposée. « Il y a un double facteur. D'abord, j'ai été candidat aux municipales à la tête d’une liste de gauche. Ensuite, le Rassemblement national déteste la CGT, c'est dans ses gènes », assure-t-il. L'édile s'est défendu sur France 3 Grand Est en affirmant : « Pour moi ce n'est pas une question de politique. Les syndicats ont le droit d’organiser des manifestations et jamais je les empêcherai. »
Mais depuis l'arrivée de maires d'extrême droite dans plusieurs villes, les attaques contre les contre-pouvoirs et les syndicats se multiplient. Il y a quelques jours, Dany Paiva, nouveau maire RN de Liévin, dans le Pas-de-Calais, envisageait ainsi de supprimer la cérémonie du 1er Mai organisée chaque année par la municipalité en hommage aux travailleurs, aux mineurs, ainsi qu’aux 42 victimes du coup de grisou du 27 décembre 1974.
Solidaires face au RN
À Carcassonne, Christophe Barthès, élu maire RN le 29 mars 2026, multiplie également les offensives contre les contre-pouvoirs locaux : suppression de subventions à la Ligue des droits de l'homme, tentatives d'intimidation de lycéens, retrait d'accréditations à la presse locale ou encore suppression de la mise à disposition de locaux municipaux pour les syndicats.
« Au début, je pensais qu'ils éviteraient de montrer leur vrai visage à cause de la présidentielle qui approche, poursuit Christian Porta. Mais le RN ne contrôle pas ses élus locaux. C'est un peu comme lorsqu'ils présentent des candidats, dès qu'on creuse, on découvre derrière le vernis des types avec des casquettes nazies par exemple. » Une allusion aux nombreuses révélations – sur les candidats RN aux élections municipales ou législatives – publiées ces dernières années par plusieurs médias, dont Mediapart, Libération ou StreetPress.
Pour faire face à ces attaques, associations et syndicats locaux ont décidé de s'organiser collectivement. « Dès que le RN est arrivé à la mairie, on a réuni toutes les organisations locales pour créer un réseau, discuter, s'organiser et répondre ensemble à chaque attaque », explique-t-il. L'objectif : construire un front commun face à l'extrême droite. « On mènera des actions unies. Et si, demain, le maire RN décide de s'en prendre à l'un d'entre nous, personne ne sera seul », conclut Christian Porta.