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MÉDIAS

Chez Prisma Media, un PSE en forme de saignée

26 mai 2026 | Mise à jour le 26 mai 2026
Par | Photo(s) : Laurent Hazgui/Divergence
Chez Prisma Media, un PSE en forme de saignée

Le milliardaire 
Vincent Bolloré 
pousse son projet réactionnaire dans 
les médias du groupe 
(Le JDD, CNews, Europe 1, etc.)
 et dans l’édition.

Le groupe de presse, propriété du milliardaire Vincent Bolloré, a annoncé un projet de plan dit « de sauvegarde de l'emploi », qui aboutirait à la suppression de 40 % des effectifs du groupe. Un carnage auquel s'opposent les syndicats, dont le SNJ-CGT. Un article à retrouver dans notre mensuel Ensemble du mois de mai 2026. 

La nouvelle est tombée comme un coup de massue. Le 30 mars, la direction de Prisma Media a annoncé un nouveau projet de plan dit « de sauvegarde de l'emploi » (PSE) d'une ampleur sans précédent. Au total, 261 postes sont menacés de suppression, ce qui représente 40 % des effectifs de l'entreprise. En 2024, une rupture conventionnelle collective avait déjà abouti à la disparition de 27 postes, tandis qu'en juillet 2025, un premier PSE en avait éliminé 54. En somme, Prisma Media n'en finit pas de saigner son propre groupe, ­leader de la presse magazine française. Quitte à agir de manière déloyale. « Nous avons attaqué l'accord de 2025 parce que, le lendemain de la consultation du comité social et économique [CSE], la direction avait annoncé le rachat de deux titres de presse à CMI France – France Dimanche et Ici Paris – et l'arrivée de 37 salariés », précise Emmanuel Vire, délégué syndical SNJ-CGT. Le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé la validation de l'accord pour une irrégularité de la procédure ­d'information du CSE en décembre 2025. Une décision dont, sans surprise, la direction de Prisma Media a fait appel.

Danseuse idéologique

Le groupe, propriété de l'homme d'affaires Vincent Bolloré, envisage l'arrêt de plusieurs titres, comme GEO Histoire, Ça m'intéresse Histoire, Docteur Good, ou des titres jeunesse comme Dora et Mini-Loup. La direction invoque des difficultés économiques, alors que Prisma Media réalisait encore, en 2025, un chiffre d'affaires de 302 millions d'euros et un résultat opérationnel positif de 6 millions d'euros. « À côté de ça, Le JDD et Le JDNews perdent 7 ­millions d'euros par an, note Emmanuel Vire. On voit bien qu'il y a un deux poids, deux mesures entre les titres de Prisma Media et ceux qui servent de danseuse idéologique à Vincent Bolloré. » Le milliardaire, devenu l'actionnaire majoritaire de Prisma Media en 2021, n'a jamais hésité à pousser son projet réactionnaire dans les journaux du groupe, avec le cardinal – intégriste – Robert Sarah à la une de Paris Match[avant sa vente à LVMH, NDLR] oul'interview de la journaliste de CNews Christine Kelly dans Femme actuelle.

Les pigistes oubliés

Ce projet de PSE frapperait au cœur les journalistes. Il est prévu d'en sacrifier 90, ce qui ramènerait leur nombre à 200, alors qu'ils étaient encore 440 en 2021. En outre, il n'est même pas prévu que les journalistes rémunérés à la pige (payés à l'article) soient inclus dans le PSE, alors que, comme le rappelle Fabienne Hauchart, pigiste depuis plus de vingt ans à Prisma et élue SNJ-CGT au CSE, « certains magazines de Prisma sont écrits quasi entièrement par des pigistes ». Depuis 2023, des consignes ont été données aux chefs de service pour réduire les volumes de piges et baisser les tarifs, quitte à recourir à de jeunes journalistes moins coûteux. La méthode a bien fonctionné, puisque le groupe, qui employait, en 2019, 997 pigistes avec un bulletin de salaire pour une masse salariale de 6,5 millions d'euros par an, ne recourait plus l'an dernier qu'à 482 pigistes, pour une masse salariale de 2,4 millions d'euros. « C'est un “plan social” à bas bruit qui se déroule depuis des années, dénonce Emmanuel Vire. Nous allons lutter pour que les pigistes soient inclus dans le PSE et que le périmètre des licenciements soit réduit. »