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mobilisation

Fermeture de Dumarey : dans la Loire, les salariés en grève accusent leur patron, un « Bernard Tapie belge »

29 mai 2026 | Mise à jour le 29 mai 2026
Par | Photo(s) : DR Jean-Pierre Rodriguez
Fermeture de Dumarey : dans la Loire, les salariés en grève accusent leur patron, un « Bernard Tapie belge »

À Andrézieux-Bouthéon, dans la Loire, 95 % des 260 salariés sont en grève depuis l’annonce de la fermeture de leur usine.

Les 260 salariés de l'entreprise Dumarey Powerglide, située à Andrézieux-Bouthéon, dans la Loire, ont appris fin mars que leur usine allait fermer d'ici à la fin de l’année. Leur sort n'est pas sans rappeler celui de l'autre site du groupe, à Strasbourg, qui s'apprête à licencier 327 personnes. Dans la Loire, les salariés se mobilisent pour alerter sur leur sort.

Ce 26 mai, les salariés de Dumarey Powerglide d'Andrézieux-Bouthéon, dans la Loire, ont entamé leur troisième semaine de grève. Pas moins de 95 % des 260 salariés ont répondu à l'appel de l'intersyndicale, qui réunit la CGT, la CFDT et la CFE-CGC. « Il n'y a plus de production. La première semaine, quelques camions sont entrés dans l'usine, mais il n'y avait personne pour décharger ou faire des bons de réception. Depuis, aucun camion n'est venu », constate Jean-Pierre Rodriguez, délégué syndical CGT.

Fin mars, lors d'un CSE extraordinaire, les salariés de cette entreprise qui produit des boîtes de vitesses pour poids lourds ont appris la fermeture du site. Interrogée, la direction de Dumarey Bouthéon pointe un « contexte de déclin structurel du marché et d'intensification de la concurrence ». « La chute du chiffre d'affaires de l'usine de Bouthéon, malgré toutes ses tentatives de diversification, a rendu cette décision inévitable », ajoute-t-elle auprès de NVO.fr.

Trois alertes économiques émises

En 2023, le groupe belge Dumarey a racheté l'usine d'Andrézieux-Bouthéon à l'allemand ZF  avec pour projet d'orienter l'activité vers le rétrofit de bus (le remplacement du moteur diesel par une version électrique alimentée par de l’hydrogène décarboné, ce qui prolonge la durée de vie du véhicule tout en supprimant ses émissions polluantes). Un engagement sur la garantie de l'emploi est pris jusqu'à décembre 2027.
 L'entreprise ZF, qui devait progressivement se retirer pour produire ses propres boîtes de vitesses, est restée cliente.

« On s'est interrogé quand nous avons constaté qu'il n'y avait toujours pas de force commerciale… Nous avons émis trois alertes économiques ! Nous sommes une des premières usines robotisées, nous avons des machines performantes, un savoir-faire pointu sur les pignons de boîtes de vitesses… Ils ont laissé crever le bébé », se désole le délégué syndical. L'élu pointe un « manque de vision industrielle » du propriétaire, Guido Dumarey, homme d'affaires parfois surnommé par la presse le « Bernard Tapie belge ».

« Un seul produit nous faisait vivre »

La fermeture du site d'Andrézieux-Bouthéon n'est pas sans rappeler le sort de celui de Strasbourg, qui se joue en parallèle. « Il y a trois ans, nous étions 600 salariés. L'an dernier, il y a eu un premier PSE concernant 234 personnes (dont 70 volontaires). L'activité devait redémarrer. En janvier, on nous a annoncé la fermeture de l'entreprise et le licenciement des 327 derniers salariés entre juin et décembre », rappelle Malek Kirouane, délégué syndical CGT sur le site de Strasbourg. Dans cette entreprise où 74 % des salariés ont plus de 50 ans, le syndicaliste est inquiet : la majorité de ceux qui ont été licenciés l'an dernier ne sont pas parvenus à retrouver un emploi.

Interrogée par NVO.fr sur la stratégie du groupe, la direction répond : « La décision concernant Bouthéon repose sur des facteurs industriels et économiques propres au site, et non sur une logique de désengagement géographique. » Un constat un peu léger, selon Malek Kirouane : « ZF, notre principal client, représentait 85 % de notre chiffre d'affaires. Nous savions qu'un seul produit nous faisait vivre, la boîte à huit vitesses, et que nous allions cesser de le produire. Mais rien n'a été entrepris pour le remplacer. » L'élu souligne en outre que le rachat du site d'Andrézieux-Bouthéon s'est fait avec les ressources du site de Strasbourg.

Négociations en cours

En Alsace, l'an dernier, une grève de douze jours avec blocage du site avait permis aux salariés d'obtenir de meilleures conditions de PSE. « Nous avons notamment gagné 20 000 à 50 000 € d’indemnités supra-légales selon l'ancienneté, ainsi qu’un congé de reclassement de dix ou douze mois, suivant l'âge. Mais nous n'avons pas pu améliorer les conditions pour les licenciements actuels. », ajoute Malek Kirouane.

Dans la Loire, la grève (prévue jusqu'à début juin, date de la prochaine réunion avec la direction), l'arrêt de la production et la sensibilisation des élus locaux semblent débloquer les négociations en cours. « La direction s'est mise en lien avec notre avocat, elle a avancé la date de la prochaine réunion de PSE… C'est signe que cela avance, même si nous ne tombons pas encore d'accord sur les conditions du PSE », constate Jean-Pierre Rodriguez.