18 juin 2026 | Mise à jour le 18 juin 2026
Près de 11 000 personnes, dont 400 syndicalistes, se réunissent à Madrid, ce jeudi 18 juin, à l'appel de la Confédération européenne des syndicats (CES), de la Confédération syndicale des commissions ouvrières (CCOO) et de l'Union générale des travailleurs (UGT). Objectif : afficher une unité sans faille face aux défis sociaux et économiques auquel doit faire face le Vieux Continent. La revalorisation des salaires, la sécurité de l'emploi et un investissement durable dans les services publics sont au cœur de leurs revendications.
La rencontre, organisée au Palacio Vistalegre, dans le sud-ouest de la capitale espagnole, vise à promouvoir « un modèle économique différent », résume la Confédération européenne des syndicats (CES). Un modèle fondé sur des salaires décents, des emplois de qualité, le respect des droits des travailleurs et des investissements publics ambitieux. Madrid n'a pas été choisie au hasard : l'Espagne présente aujourd'hui une vitalité économique remarquable, fruit de politiques syndicales audacieuses. « Plusieurs mesures portées par les syndicats espagnols ces dernières années ont fait leurs preuves et inspirent désormais l'Union européenne », explique Unai Sordo, secrétaire général des Commissions ouvrières (CCOO). Parmi elles : la hausse du salaire minimum, la stabilisation de l'emploi par des fonds publics en période de crise, ou encore la sauvegarde des services publics.
Des choix qui ont démontré leur efficacité sociale et économique. Preuve en est : avec une croissance de 2,8 % du PIB en 2025 (selon l'Institut national de la statistique espagnol) et un taux de chômage tombé à 9,93 % au dernier trimestre 2025 – un niveau inédit depuis dix-sept ans –, l'Espagne, quatrième puissance de la zone euro, affiche des résultats enviables. Pourtant, le rassemblement à Madrid reste avant tout un acte revendicatif. « Même si notre pays connaît une croissance historique, une hausse des salaires moyens et une productivité en progression, les défis persistent », souligne Unai Sordo. Parmi les exigences portées par les syndicats : l'augmentation des salaires, une meilleure redistribution des fruits de la croissance européenne, le renforcement des services publics dans des sociétés vieillissantes ou encore des politiques du logement accessibles à tous – un enjeu systémique qui touche la plupart des capitales européennes.
Un rempart face à l’extrême droite
Sur la scène internationale, le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez s'est distingué en résistant à la logique guerrière de Donald Trump, notamment dans sa croisade contre l'Iran, et en condamnant sans ambiguïté la guerre menée par Israël à Gaza. Sur le plan intérieur, Madrid prend le contre-pied des politiques anti-migratoires et sécuritaires portées par l'extrême droite européenne. « L'Espagne fait figure d'exception en Europe », affirme Pepe Alvarez, secrétaire général de l’Union générale des travailleurs (UGT). Grâce aux négociations collectives, le pays a pu mettre en œuvre des mesures progressistes, tant au niveau national qu'international. Exemple marquant : le plan de régularisation des sans-papiers, lancé le 14 avril 2026, qui pourrait concerner jusqu'à 500 000 personnes.
« La CGT est présente à Madrid pour réaffirmer sa détermination à lutter contre les politiques antisociales de l'extrême droite, explique Fabienne Rouchy, chargée des questions internationales au sein de la centrale française. C'est l'ennemie numéro un du monde du travail. Partout où elle s'installe, elle attaque les libertés syndicales, affaiblit la démocratie – y compris dans les entreprises – et concentre les richesses entre les mains d'une minorité. » Des propos qui résonnent avec une actualité brûlante : le sommet du G7, qui s’est tenu à Évian du 15 au 17 juin, a accueilli Donald Trump et d'autres dirigeants mondiaux qui défendent, au plan intérieur, des logiques protectionnistes mais dérégulatrices à l’international. Un contraste saisissant avec les valeurs portées par les syndicats européens.
Défendre un certain modèle social
Dès lors, deux mouvements s’opposent : d'un côté, la dérégulation du capitalisme globalisé et financiarisé (illustrée par la signature controversée, en janvier 2026, de l'accord de libre-échange Mercosur, menaçant des milliers d'emplois) ; de l'autre, la volonté syndicale de construire une Europe sociale. Pour Pepe Alvarez, la priorité est claire : « Il faut garantir une répartition équitable des richesses, renforcer l'État-providence (l’accès au logement, des services publics de qualité, la protection sociale…), et investir dans un modèle industriel robuste. Cela passera par une autonomie stratégique de l'Europe, en réduisant sa dépendance aux marchés et aux grandes entreprises. »
Son homologue des CCOO, Unai Sordo, va plus loin : « L'Union européenne fait face à un défi existentiel : soit elle approfondit son intégration politique pour promouvoir le modèle social européen, soit sa fragmentation nous mènera au déclin, à la perte d'influence et à l'appauvrissement des peuples. Le syndicalisme européen défend une autonomie stratégique non seulement comme choix économique, mais comme projet de civilisation. Et la seule façon d'obtenir l'adhésion des citoyens à l'Europe, c'est de réaffirmer qu'elle incarne un modèle social, la protection des droits et la paix. »