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Accord de paix entre les États-Unis et l'Iran

« Le régime iranien, qui traversait sa pire crise de légitimité, sort renforcé de la guerre, avec un nationalisme exacerbé »

23 juin 2026 | Mise à jour le 23 juin 2026
Par | Photo(s) : Capture d'écran France 24
« Le régime iranien, qui traversait sa pire crise de légitimité, sort renforcé de la guerre, avec un nationalisme exacerbé »

Selon Thierry Coville, chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste de l’Iran, « Israël va tout faire pour susciter une réaction iranienne et faire capoter les négociations ».

La signature à distance, mercredi 17 juin, d'un protocole d'accord de paix entre l’Iran et les États-Unis a ouvert la voie à des pourparlers en vue d'un accord final dans un délai de soixante jours, renouvelable. Avec quelles conséquences pour cette région du monde ? NVO.fr fait le point avec Thierry Coville, chercheur à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), spécialiste de l'Iran.

Quelles conséquences peut avoir le protocole d'accord de paix signé entre l'Iran et les États-Unis ?

Pour rappel, ce protocole fixe un cadre à de futures négociations, ce qui n'est déjà pas si mal vu le degré de méfiance entre les deux parties. Parmi les engagements pris, l'Iran rouvre le détroit d'Ormuz ; en contrepartie de quoi, les États-Unis lèvent le blocus sur les ports iraniens. En outre, Washington doit suspendre les sanctions sur les exportations iraniennes de pétrole et de produits pétrochimiques, ce qui suppose que l'Iran pourra en vendre à tout le monde. Le protocole prévoit ensuite une période de soixante jours pour négocier, notamment sur le programme nucléaire iranien.

Le protocole d'accord prévoit aussi l'arrêt des combats au Liban. Or Israël va tout faire pour susciter une réaction iranienne et faire capoter les négociations. Dans la perspective des élections législatives, qui auront lieu en octobre, le Premier ministre Benyamin Netanyahou ne veut surtout pas arrêter les combats au Liban. Au risque de créer une mésalliance avec les États-Unis.  L'autre principale difficulté réside dans l'opposition américaine : des néoconservateurs sont furieux de cet accord car, selon eux, leur pays ne doit pas négocier avec l'Iran, qui doit « capituler », tandis que les démocrates fustigent une « guerre pour rien ».

Parmi les engagements figure aussi un fonds de 300 milliards de dollars, qui doit permettre la reconstruction de l'économie iranienne…

C'est assez difficile de savoir quelle peut en être la portée, dans la mesure où rien n'est dit quant à son financement. Je vois assez mal les pays de la région mettre au pot. Est-ce que cela peut permettre à des capitaux étrangers d'investir dans l'économie iranienne ? Cela supposerait que les États-Unis lèvent les sanctions qui frappent Téhéran, mais rien ne garantit que le Congrès américain aille dans ce sens. Obama avait trouvé un subterfuge avec la suspension des sanctions, ce qui avait permis à Boeing de vendre des appareils à l'Iran.

L'autre difficulté, notamment sur le nucléaire iranien, c'est que ce sont des questions très techniques et, côté américain, les négociateurs Jared Kushner et Steve Witkoff ne sont pas vraiment des experts dans ce domaine…

Quel est le bilan de cette guerre pour l'Iran ?

Paradoxalement, le régime iranien, qui traversait sa pire crise de légitimité depuis la Révolution, avec des manifestations massives en décembre 2025, puis janvier 2026, en sort renforcé par un sentiment nationaliste exacerbé. Les Iraniens se sont sentis insultés par les déclarations de Trump, qui prétendait vouloir détruire leur civilisation. Ils ont très vite eu le sentiment que cette guerre, déclenchée en dehors de toute légitimité vis-à-vis du droit international, visait à les affaiblir. Des infrastructures civiles, des ponts, des universités, des écoles, des laboratoires de recherche ont été détruits, ce qui s'apparente à des crimes de guerre.

Si l'Iran a fait la démonstration de ses capacités de résistance, l'économie va très mal. Les autorités iraniennes estiment le coût des destructions à près de 270 milliards de dollars. L'inflation est à un niveau sans précédent (près de 80 %), deux millions de personnes ont perdu leur emploi à cause de la guerre, le taux de pauvreté a progressé. En parallèle, la répression s'est poursuivie, avec des exécutions régulières de manifestants arrêtés en  janvier dernier. Il y a comme un vide politique, avec un pouvoir incapable de répondre aux aspirations légitimes du peuple à un État de droit, à la démocratie et à une normalisation des relations avec le reste du monde.

Comment cette guerre peut-elle rebattre les cartes dans cette région du monde ?

Elle va indéniablement faire date dans la géopolitique de la région. Les pays arabes, furieux vis-à-vis de cette guerre qu'ils n'ont pas voulue, se sont rendus compte que les États-Unis étaient incapables de les protéger. Les Émirats arabes unis, la Turquie, le Pakistan et le Qatar, qui ont joué un rôle clé dans les négociations, vont probablement vouloir construire un nouvel axe régional ; des pays du Golfe vont réfléchir à d'autres routes d'acheminement des marchandises pour limiter leur dépendance au détroit d'Ormuz. C'est notamment le cas d’un projet entre Riyad et Ankara, pour créer un couloir terrestre pour l'acheminement des marchandises entre les pays du Golfe et l'Europe.