6 juillet 2026 | Mise à jour le 6 juillet 2026
Du 2 au 4 juillet, chefs d'entreprises, politiques, représentants syndicaux (dont Sophie Binet) se sont retrouvés à Aix-en-Provence pour les Rencontres économiques. « Rendez-vous de réflexion et de débat incontournable du monde économique en France et en Europe », comme le proclame (tout seul) le Cercle des économistes sur le site de l'événement, cette édition était surtout l'occasion pour le patronat de présenter leurs doléances aux candidats à la présidentielle – à l’exception notable de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, qui n'étaient pas invités. Baisses de cotisations, énergies fossiles, retraites par capitalisation… les plus riches de France ont crié leur désir de cesser d'être rackettés par des travailleurs avides de leurs millions. Florilège des meilleures sorties.
« Si on arrête toutes les énergies fossiles ici, il fera toujours aussi chaud, cela ne réglera rien. »
Voilà qui est osé mais qui arrangerait bien Patrick Pouyanné, le directeur général de TotalÉnergies qui a prononcé cette phrase lors d'un débat le 4 juillet, appelant les Français à « regarder la réalité en face ». C’est oublier toutefois que 80 % des émissions de gaz à effet de serre proviennent de la combustion d'énergies fossiles, dont 30 % pour le pétrole, fonds de commerce de TotalÉnergies à travers le monde. La veille du débat, sur Franceinfo, le climatologue François Gemenne semblait débunker par anticipation la sortie de Pouyanné : « Tant que nous resterons à ce point dépendants des énergies fossiles, nous ne réduirons pas le changement climatique et nous ne le limiterons pas ». En attendant, un nouvel épisode caniculaire commence en France.
« La retraite par capitalisation, (…) est nécessaire et (…) les Français ont compris l'utilité au regard de la hausse du nombre de plans d'épargne retraite. »
La retraite par capitalisation est aux Rencontres économiques ce que la chanson Wonderwall est à un concert d'Oasis : une incontournable rengaine. Aussi, l'audience n'aura pas été surprise d'entendre Ross McIness, le président de Safran, louer ce système de financement des pensions qui laisse le marché privé spéculer sur l'argent des cotisations. Patrick Martin, président du Medef, a repris le refrain lors de son débat face à Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. Pour les deux hommes, peu importe qu'au Chili, où la retraite par capitalisation est en place depuis 1981, 74 % des retraités touchent une pension inférieure au salaire minimum. Cela n’as pas d’importance non plus que les fonds de pension des pays membres de l'OCDE aient perdu 3,3 trillions de dollars à la suite de la crise financière de 2008. Non, on s’en fout, « il faut un système par capitalisation » martèle Patrick Martin, car les retraites par répartitions seraient devenu impossible à financer, et que la population vieillit, et qu’il faut être plus productif… Today, is gonna be the day…
« La prochaine catastrophe, après la pandémie de Covid et la guerre en Ukraine, ce sera la catastrophe financière, on y va tout droit. »
La menace prophétique de Bruno Retailleau ne donne pas tout à fait « la patate » que Patrick Martin dit vouloir procurer à tout le monde à l’occasion de ces Rencontres. Mais à en croire le Vendéen, il est urgent de réduire la dette publique et, en tant que candidat à la présidentielle, il se propose de prendre les rênes de ce dossier, comme il le faisait des chevaux du Puy du Fou où il était cavalier bénévole. S'il part en joute contre la dette, on imagine bien que ce ne sera pas à coup de taxe Zucman ou de fiscalité sur l'héritage, mais comme le commande le patronat français, en rognant sur les « dépenses ». N'en déplaise aux « inquisiteurs fiscaux » que dénonçait Patrick Pouyanné.
Alors qu'en juin, la ville d'Angers était plus chaude que Dubaï, il semblerait toutefois qu'une catastrophe climatique risque de poser problème avant l’éventuelle banqueroute française. Mais sur les investissements pour la transition écologique, Bruno Retailleau ne risque pas pour autant d'avancer au galop.
« On devrait utiliser notre dette pour financer notre réarmement et on l’utilise pour financer les retraites. »
Nicolas Dufourcq, directeur général de BPI France, en a marre de payer pour les vieux alors que son argent pourrait servir à fabriquer des armes ! On lui rappellera néanmoins que le déficit du régime des retraites était de 1,7 milliards en 2024, et qu’on l’attend autour de 5 milliards pour 2025, selon le Conseil d’orientation des retraites (COR). Ce qui n'est pas zéro, certes, mais ne pèse pas grand-chose face aux 436 milliards d'euros que l'État va investir dans l'armée d'ici à 2030. Donc que monsieur Dufourcq se rassure, personne ne manquera de missile.
« Moi, j'avais le sentiment d’avoir devant moi un président de la République. »
Philippe Aghion, « prix nobel d'économie » en titre, avait des yeux tous rêveurs devant le charisme néolibéral de Sébastien Lecornu, qui est intervenu jeudi 2 juillet à ces Rencontres. Et pour cause, le chercheur de 69 ans adore l'économie de marché. Il est un fervent défenseur de la « destruction créatrice », un concept de l'innovation octogénaire, qui nous vient de l’économiste Joseph Schumpeter, que l'on aimerait bien voir détruit créativement. Pour rappel, le prix Nobel d'économie est un « faux » prix Nobel, dont le vrai nom est « Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel », créé par l'institution pour mettre en valeur la doctrine néolibérale. À ce jeu-là, Philippe Aghion est en effet très bon. D'ailleurs, il était conseiller d'Emmanuel Macron, donc c'est probablement un peu grâce à lui que la dette publique a explosé et que vous travaillerez au moins jusqu'à 64 ans. Alors, heureux ?