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ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR

« Parcoursup détruit nos rêves » : ces bacheliers qui désespèrent après deux années de suite sans vœux validés

11 août 2026 | Mise à jour le 11 août 2026
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« Parcoursup détruit nos rêves » : ces bacheliers qui désespèrent après deux années de suite sans vœux validés

« À la CGT, nous sommes en faveur de la disparition de la plate-forme Parcoursup », rappelle Rémy Reynaud, de la CGT Éduc’action.

Bacheliers depuis 2025, certains jeunes n'obtiennent pas, pour la deuxième année consécutive, l'orientation souhaitée sur Parcoursup. Déterminés à concrétiser leur projet professionnel, ils déplorent un manque d'accompagnement de la part des équipes de la plate-forme, à contre-courant de la communication ministérielle.

Cette année encore, Laura tentera de décrocher une formation dans le domaine de la santé via Parcoursup, « médecine, BTS diététique, etc. » En 2025, elle avait fait chou blanc après avoir obtenu son bac général avec les spécialités mathématiques, physique-chimie et HGGSP (histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques). « Il ne restait que des licences comme la musicologie ou la philosophie. C'était une période extrêmement difficile où j'ai beaucoup pleuré, où je me demandais ce que j'allais devenir », confie-t-elle. Malgré une inscription sur la plate-forme dès l'ouverture de la phase principale d'admission (2 juin-11 juillet 2026), ses vœux sont actuellement toujours en attente lors de la phase complémentaire (11 juin-10 septembre). Bis repetita. « Je suis beaucoup plus anxieuse car je sais à quel point la procédure est éprouvante. »

Tracy est dans une situation similaire. Armée de son bac techno ST2S (sciences et technologies de la santé et du social), elle désespère d'étudier la biologie. « Récemment, j'ai été suivie par un centre d'information et d'orientation (CIO). J'ai pu échanger avec une technicienne de laboratoire. D'après les conseillers, ça devait valoriser mon dossier et me permettre d'intégrer une école à la rentrée 2026… » Son silence témoigne de la suite des événements. « Parcoursup détruit nos rêves. » « C'est une chance de pouvoir postuler sans avoir à se déplacer. Mais je n'ai aucune confiance dans le système », nuance Gwendoline. Son bac pro services aux personnes et animation dans les territoires prend la poussière. « Pour la seconde fois, je ne suis acceptée dans aucun institut de formation en soins infirmiers (Ifsi), sans explications. J'ai pourtant un bon profil ! »

Devant l'impossibilité de commencer leurs études, toutes trois ont intégré le marché du travail ces douze derniers mois. « J'ai enchaîné plusieurs postes dans la vente », rembobine Laura. « J'ai passé mon Bafa, avant de travailler dans le primaire avec les enfants », répond Tracy. « J'enchaîne les missions d'intérim dans l'agroalimentaire », expose pour sa part Gwendoline. Sorties du système, elles ont peur de s'embourber dans un métier loin de leurs aspirations. Combien d'ex-lycéens sont coincés dans un scénario similaire ? « Nous ne disposons pas de ce type de données », réplique le ministère de l'Éducation nationale.

Accompagnement défaillant

Selon les communiqués de presse du ministère de l’Enseignement supérieur, 1 046 000 candidats ont confirmé au moins un vœu sur Parcoursup, dont 660 000 lycéens (+10 000 comparé à 2025). Toujours selon la même source, les candidats sans solution à l'issue de la phase principale sont joints par les équipes de la plate-forme ou peuvent saisir une commission d'accès à l'enseignement supérieur (CAES) jusqu'à quatre ans après l'obtention du bac de français. Un accompagnement précieux… sur le papier. « L'an dernier, une conseillère Parcoursup m'a contactée afin de faire le point, ça n'a pas vraiment aidé. Et je n'ai jamais eu de réponse de la CAES ! », déplore Laura. « Avec ma mère, nous avions dû appeler les équipes de la plate-forme, ainsi que les écoles, sans résultat », regrette Tracy. Elles hésitent à solliciter ces mécanismes à nouveau.

« Les candidats qui s'en sortent le mieux sont issus de familles disposant d'un important capital culturel. Ceux qui discutent de leur orientation avec leurs parents, qui eux-mêmes ont accès aux bonnes informations et comprennent comment le système fonctionne », éclaire Rémy Reynaud, de la CGT Éduc'action. « À part me rappeler de m'inscrire, et lire avec moi les consignes à l'écran, les miens ne peuvent rien faire de plus », souffle Gwendoline.

« Ce n'est plus seulement l'élève et ses résultats qui sont analysés, mais tout son environnement ! Bénévolat, loisirs, etc. Il faut savoir se vendre. C'est une vision entrepreneuriale. L'absence de hiérarchisation des vœux allonge aussi la durée du traitement des dossiers », livre le sociologue Alban Mizzi. « Le vrai problème, à la base, c'est le manque de places en formation. Or, la loi est claire : tous les bacheliers ont le droit d'accéder aux études supérieures ! »

Rémy Reynaud souligne un autre obstacle. « Parcoursup était censé abolir le principe de filières au lycée général (ES, S, L). Or, elles existent toujours par le biais des spécialités ! Nous constatons que les candidatures les plus attractives, aux yeux de l'enseignement supérieur, sont celles avec les spécialités maths, physique et SES. Par le bouche-à-oreille, ça se sait. » Le cas de Laura vient pourtant nuancer, sinon contredire, le propos. « À la CGT, nous sommes en faveur de la disparition de la plate-forme », résume le syndicaliste.

Effet d'aubaine pour le secteur privé

Selon la psychopédagogue et coach scolaire Brigitte Prot, « il est important de ne pas quitter le système scolaire si le vœu souhaité n'est pas accordé. Mieux vaut accepter quelque chose puis essayer de se réorienter dès octobre. En général, des opportunités se débloquent en fin de premier semestre, quand les étudiants abandonnent leur parcours ».

Reste l'option des formations privées. En 2026, elles représenteraient environ 43 % de l'offre totale sur Parcoursup. « Labellisées ou non, elles cachent un souci majeur : le manque d'investissements dans le public. Ça reste des entreprises qui réalisent des bénéfices sur la détresse des jeunes, avec une part de risques : diplôme non reconnu, fermetures brutales d'établissements, etc. », tranche Rémy Reynaud.

« J'ai envisagé cette piste. Mais ça représente un budget de 5 000 à 8 000 €… Je ne sais pas si je suis prête à contracter un prêt étudiant pour financer mes études », réfléchit Laura. « S'il le faut, je retenterai Parcoursup en 2027, voire une quatrième fois et davantage ! Je suis déterminée à intégrer le cursus qui me plaît et je ne compte pas abandonner », affirme-t-elle. De son côté, Tracy mise sur les désistements à la rentrée, sans grande conviction.

Jonathan Konitz