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Économie

Incendies en Gironde : l’été volé des saisonniers

25 août 2026 | Mise à jour le 25 août 2026
Par | Photo(s) : Valéry Hache / AFP
Incendies en Gironde : l’été volé des saisonniers

Des saisonniers installant une terrasse (Photo d'illustration).

Alors que le tourisme représente 7 % du PIB du département, le mégafeu de cet été, qui a ravagé plus de 42 000 hectares de forêt entre Saumos et Le Porge, a eu des conséquences sur le travail des saisonniers œuvrant dans le commerce, l'hôtellerie-restauration et les campings. Sur le terrain, la CGT a rappelé les fondamentaux du droit et a conseillé des travailleurs poussés à la démission par leur employeur.

En tractant début août sur le marché de Lacanau pour sensibiliser les saisonniers à leurs droits, Gill Fourteau, syndicaliste à la CGT et AESH dans l’Éducation nationale, a eu un aperçu de la manière dont les incendies en Gironde, qui ont conduit à l'évacuation temporaire de 4 000 vacanciers de la commune, ont brouillé le quotidien de ces travailleurs. « Des patrons leur ont demandé de démissionner ou leur ont proposé des ruptures de contrat. Comme bon nombre d’entre eux sont jeunes et méconnaissent leurs droits, ils ont accepté. Certains se sont retrouvés sans logement du fait de l'évacuation des campings. D'autres encore ont filé plus au sud en camion aménagé pour tenter leur chance ailleurs. À ma connaissance, rares sont les employeurs qui se sont arrangés pour maintenir leur contrat via l'activité partielle. »

Le CDD saisonnier ne prend pas fin automatiquement

Alors que le mégafeu ravageait plus de 42 000 hectares dans un département où le tourisme représente 7 % du PIB et mobilise près de 50 000 emplois en temps normal, la CGT s'est efforcée de veiller au respect des droits, et notamment ceux des plus précaires, parmi lesquels les saisonniers qui œuvrent dans le commerce, l'hôtellerie-restauration, les campings… Dans une note diffusée sur son site, le syndicat rappelle, entre autres, que « le CDD saisonnier ne prend pas fin automatiquement. En cas de catastrophe naturelle (incendie, évacuation, arrêt de l'activité), le contrat de travail est suspendu, mais il continue d'exister. La rupture anticipée du CDD est donc une exception, pas la règle ».

La réalité a été tout autre pour des employés d'un supermarché à Lacanau, incités à signer une rupture anticipée d'un commun accord… sans qu'il y ait d'accord. « Mon contrat courait en théorie du 6 juillet au 23 août. Le 26 juillet, la direction m'a présenté une rupture anticipée d'un commun accord en me laissant entendre que c'était comme un licenciement. En me renseignant auprès de l'inspection du travail, je me suis rendu compte que ce n'était pas conforme au droit, et que cet acte s'apparentait à une démission de ma part », raconte Joaquim (le prénom a été modifié). Pas moins de 23 saisonniers sur 74 de cette grande surface située à Lacanau ont ainsi acté la fin de leur contrat, souvent par méconnaissance. Océane (le prénom a été modifié), elle, a protesté. « J'ai refusé de signer le contrat que la direction me proposait, et qui entérinait ma démission. Le supermarché a été contraint de me garder, mais j'ai le sentiment de l'avoir payé. Alors que je devais être affectée à un rayon en particulier, j'ai été polyvalente, je travaillais un jour aux fruits et légumes, un autre en charcuterie, puis en caisse. J'ai embauché certains matins à 4 heures pour faire de la mise en rayon, sans être payée en horaires de nuit. »

Précarité aggravée

Cet été volé risque d'aggraver la précarité des saisonniers à l'année, déjà confrontés à la galère de faire valoir leurs droits au chômage – il faut cumuler cinq mois de contrat exclusivement saisonnier au cours des vingt-quatre derniers mois –, ainsi que celle des étudiants, qui comptent sur les jobs d'été pour financer leurs études. C'est le cas de Simone (le prénom a été modifié), étudiante en master à Rennes, qui comptait sur l'été pour pallier la division par deux du montant de sa bourse, de 3 000 à 1 500 €. « Mon contrat devait se poursuivre jusqu'au 23 août, mais j'ai été contrainte d'arrêter avant, pour des raisons personnelles. J'ai gagné 1700 € en juillet. »

Lorsque son chef lui a mis la pression pour démissionner, la jeune fille s'est tournée vers la CGT, qui lui a conseillé de rappeler à son employeur l'existence de l'activité partielle. Un dispositif pris en charge par l'État, qui permet de toucher 60 % de sa rémunération brute. Le gouvernement l’a exceptionnellement élargi fin juillet aux saisonniers dont le contrat n'avait pas encore commencé, à condition notamment d'avoir travaillé chez le même employeur en 2024 et 2025. Quelque 8 000 saisonniers en Gironde étaient potentiellement concernés. Impossible à ce jour de savoir combien ont vraiment bénéficié de la mesure.  Dans son plan de reconstruction post-incendie de 100 millions, le gouvernement prévoit d'en verser 10 millions au département de la Gironde.