19 août 2026 | Mise à jour le 19 août 2026
En dix ans de présidence Macron, le coût de la vie étudiante a augmenté de plus de 35%, selon une enquête du syndicat Unef. Cette précarité résulte de choix politiques assumés, qui creusent les inégalités sociales et ciblent particulièrement les étrangers.
Sale temps pour les étudiants, dont les conditions de vie se sont nettement dégradées en dix ans de Macronie. Tel est le constat accablant de la dernière enquête de l'Unef (Union nationale des étudiants de France) sur l'évolution du coût de la vie étudiante publiée en août 2026, et qui évalue à 35% la hausse du coût moyen depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron à l'Élysée.
La précarité, une politique assumée
Le syndicat étudiant dénonce « une précarité qui est installée durablement ». « La précarité n'est pas un accident de la politique gouvernementale, elle en est devenue le résultat assumé ». Baisse du nombre de boursiers sur critères sociaux, passés de 696 983 en 2017 à 661 686 en 2024 selon le ministère de l’enseignement supérieur, logements étudiants insuffisants, hausse des frais d'inscription universitaire pour les étrangers extra-communautaires… La jeunesse est la cible d'une attaque en règle, sans compter que la baisse des aides personnelles au logement (APL), dès 2017, la hausse des loyers, des transports, de l'alimentation, des soins les affectent plus particulièrement. Selon l'enquête de l'Unef, déduction faite des aides éventuelles, les étudiants doivent assumer 1 300 euros de charges mensuelles, soit 74 euros de plus par mois qu'en 2025. Dans le détail, c'est le logement qui plombe les budgets serrés. Le loyer est en moyenne de 627,11 euros dans le privé, de 857 euros en Ile-de-France. La publication de l'enquête coïncide avec celle d'un rapport de l'Inspection générale des finances et de l'inspection générale des affaires sociales qui préconise de calculer les APL des étudiants en fonction du revenu de leurs parents, pour réaliser 4,2 milliards d'économies sur dix ans. Une vieille lune qui, si elle était suivie d'effet, pourrait pénaliser 350 000 étudiants.
Un jeune sur trois renonce à se soigner
La hausse du coût de la vie a des conséquences très concrètes sur le quotidien des étudiants, qui renoncent parfois à se soigner, à se nourrir correctement, voire à étudier. « Aujourd'hui, ce sont plus de 50 % des étudiants qui déclarent sauter régulièrement des repas pour des raisons financières. Le doublement des franchises médicales éloigne un peu plus les jeunes d'un accès réel aux soins, alors qu'un étudiant sur trois renonce à se soigner faute de moyens », rappelle l'enquête de l'Unef. En outre, de plus en plus d'étudiants sont contraints de travailler en parallèle de leurs études, ce qui accroît les risques d'échec. « Jamais le décalage entre les discours présidentiels sur la jeunesse et la réalité vécue par les étudiants n'a été aussi flagrant », écrit l'Unef.
Promesses non tenues
« Entre la réforme inachevée des bourses, l'insuffisance de logements étudiants, les repas à un euro déployés sans moyens, la liste est longue des promesses non tenues », déplore Manon Moret, secrétaire générale de l'Unef. Cette dernière détaille : « Le premier volet de la réforme des bourses, arraché en pleine mobilisation pour les retraites, s'est traduit par une modeste revalorisation de 37 euros par mois. Puis, plus rien, au motif des difficultés financières de l'État. Emmanuel Macron s'était engagé à faire construire 60 000 logements étudiants supplémentaires avant la fin de son premier mandat : 15% sont sortis de terre ; moins de 6% des étudiants ont aujourd'hui accès à un logement Crous (Centre national des oeuvres universitaires et scolaires). Quant au repas à un euros, le gouvernement ne met que 50 millions sur la table quand il en faudrait 120 pour généraliser la mesure ».
Ce mépris pour la jeunesse « s'inscrit dans une logique plus large de désengagement de l'État de ses missions de service public dans l'enseignement supérieur », relève encore l'Unef. « Plutôt que de créer suffisamment de places à l'université pour absorber le boom démographique [des années 2010, ndlr], les gouvernements successifs ont préféré organiser une sélection qui ne dit pas son nom avec Parcoursup notamment, et qui profite aux établissements privés. Autre mesure discriminatoire, la hausse des droits d'inscription pour les étudiants étrangers extra-communautaires », abonde Vincent Martin, pour la Ferc-CGT.
Bienvenue en France
Cédant aux sirènes de l'extrême droite, le gouvernement a en effet instauré la préférence nationale à travers son plan Bienvenue en France, en multipliant par quinze les frais d'inscription universitaire des étudiants étrangers. Soit 2 895 euros par an en licence et 3 941 euros en master. Saisi par les organisations syndicales opposées à ce plan, le Conseil constitutionnel avait réaffirmé en octobre 2019 le principe de gratuité de l'enseignement supérieur public, sans exclure la possibilité pour les universités de percevoir des droits « modiques » d'inscription. Résultat, selon l'enquête de l'Unef, « le coût de la vie pour un étudiant étranger primo arrivant est supérieur de 95,31 % à celui d'un étudiant français non boursier, et de 145,21 % avec un étudiant boursier ». Par ailleurs, la loi de finances de 2026 a supprimé les APL pour les étudiants étrangers.
Tri social
Le sort inégalitaire réservé aux étudiants étrangers extracommunautaires pourrait n'être qu'un ballon d'essai avant une hausse généralisée pour tous, un rapport remis lors des Assises du financement des universités clôturées en juin préconise de multiplier par cinq les frais d'inscription. « Cette étude révèle un enseignement supérieur toujours plus inégalitaire, où l'accès aux études, à la réussite et à l'émancipation dépend toujours davantage de l'origine sociale et géographique des étudiants plutôt que de leurs aspirations. L'enseignement supérieur qui devrait constituer un outil d'émancipation collective se transforme progressivement en une chambre d'enregistrement des inégalités sociales », conclut l'Unef. Selon les statistiques du ministère de l'enseignement supérieur, en moyenne sur 2022-2023 et 2024, 36 % des enfants d'employés et ouvriers âgés de 25 à 29 ans déclarent détenir un diplôme d'enseignement supérieur, contre 68 % des enfants de cadres et de professions intermédiaires. 3 % des premiers déclarent détenir un diplôme d'une grande école contre 11 % des seconds. « La précarité des étudiants va de pair avec l’enseignement supérieur et la recherche, dans un état catastrophique. Il faut se demander à quoi doivent servir les universités : fabriquer des jeunes employables ou des citoyens émancipés », conclut Frédérique Bey, pour la Ferc-CGT.